Festival des Inrocks.
Sean
Lennon, 31 ans, présente son second album ce samedi sur scène.
«Je suis prudent,
j'apprends lentement»
Par Nick KENT, Libération.
Sean Lennon dimanche à
22 h 30 à la Boule noire, 120, bd Rochechouart, 75 018. CD: «Friendly Fire»
(EMI)
«S'il m'arrivait un
jour d'envisager l'héritage artistique de mon père comme quelque chose que je
dois égaler ou surpasser, je serais très malheureux, parce que c'est impossible.
Ma mère m'a élevé dans un environnement où dessiner, jouer de la musique,
fabriquer des trucs peu importe le moyen d'expression faisait partie
intégrante du quotidien. Elle-même est une artiste multimédia qui n'a jamais
douté de son talent, et ça a déteint sur moi dès l'âge de 6 ans. Je suis
simplement les traces de mes parents. Je me sens incroyablement fier d'être Sean
Lennon, le fils unique de John et Yoko. C'est stimulant, pas
intimidant.»
Bloc-notes. Ainsi parle Sean Lennon, dans un hôtel
chic de Montparnasse, sans regarder son interlocuteur. A la place, il fixe d'un
oeil vide sa propre image dans un miroir et, tenant à la main un bloc-notes et
un crayon, dessine son autoportrait. C'est une étrange manière de converser,
mais elle semble lui convenir. «L'art, c'est de la
thérapie, lâche-t-il. Dessiner est ma façon de méditer. Je suis du
genre perturbé et très anxieux, j'imagine que c'est ce qui me pousse à créer
autant.» Toutefois, seule une infime partie de ses «créations» a été rendue
publique à ce jour : «Je suis prudent, et j'apprends
lentement», admet-il.
Sean Lennon, 31 ans,
vient de sortir son deuxième album solo, huit ans après Into the
Sun, resté globalement ignoré. Ce premier opus, espiègle et éclectique,
manquait de personnalité et de cohérence. A l'inverse, Friendly
Fire, rempli de mélancolie et d'introspection, est l'oeuvrette d'un
chanteur-compositeur osant enfin révéler sa nature vulnérable. Initialement
prévu comme un projet solo à base d'ordinateurs, le CD a radicalement changé de
direction musicale lorsque Lennon a rompu avec sa fiancée, l'actrice «rebelle»
d'Hollywood Bijou Phillips, fille du leader des Mamas & Papas, John
Phillips. «Avoir le coeur brisé a inspiré l'essentiel de Friendly Fire.
Bijou et moi avons vécu une relation assez tragique. Elle a couché avec mon
meilleur ami, qui est mort peu après. J'ai fait une dépression nerveuse. Elle
est très talentueuse, mais possède un caractère impossible, vraiment tumultueux.
Le disque traite de la désintégration de l'amour, de la disparition de l'idéal
romantique. Déception, trahison... ce genre de choses.»
Starlettes. Ces thèmes sont encore plus présents
dans le DVD accompagnant Friendly Fire , une série de vidéos (une par
chanson) où apparaissent des starlettes telles Lindsay Lohan et Asia Argento.
Car Lennon Jr semble également attiré par deux mondes a priori incompatibles,
pour le moins étrangers, celui de l'art underground et celui des gamin(e)s
célèbres d'Hollywood. «Lindsay est vraiment douée, plaide-t-il avec
ferveur. Même Paris Hilton est un phénomène intéressant, pour moi en tout
cas.»
Dimanche à Paris, Sean
Lennon sera accompagné de la moins glamoureuse Yukka (autre ex-fiancée), du
groupe Cibo Matto, et de Harper Simon, fils de Paul. L'héritier Lennon se
produisant régulièrement sur scène (souvent de façon anonyme) depuis des années,
il sera intéressant de voir comment ce jeune homme introverti capture (ou pas)
l'attention sur scène. «Je ne souhaite pas développer une carrière, ni
devenir plus "vendeur" . Seulement progresser en dessin et en
composition musicale. Je veux exceller dans tout ce que j'entreprends. Telle est
ma vision du succès.»