Compte
rendu.
Lily Allen est-elle un
produit fabriqué du rock ?
Une pléiade de filles de caractère ont ouvert,
jeudi 9 novembre à Paris, le Festival des Inrocks (Le Monde du 10 novembre).
Ainsi, à la Cigale, la Marseillaise d'origine argentine Keny Arkana a chauffé la
salle avec son rap écorché. Habitée par sa révolte, crachant son indignation
devant les injustices du monde libéral, mettant à vif ses propres blessures,
elle pousse sa voix à la limite, au détriment parfois des textes souvent
saisissants de son premier album, Entre ciment et belle étoile.
A l'autre
pôle de la soirée et de l'intention musicale, il y avait Lily Allen, star de
l'été britannique avec son ska-pop : 600 000 exemplaires vendus, outre-Manche,
de son premier opus, Alright, Still. Info ou intox ? On l'a dit découverte
spontanément par le biais de MySpace, le site de partage musical le plus
populaire d'Internet. Mais cette fille de l'acteur anglais Keith Allen était
déjà signée par une multinationale. On dit aussi qu'"oncle Joe Strummer",
l'ancien Clash et grand pote du papa, la faisait sauter sur ses genoux, lui
transmettant sans doute son goût du reggae, quand la demoiselle, d'abord fan de
rap et de r'n'b, n'avait pas écrit une chanson, avant d'être découverte, dans
une boutique d'Ibiza, par un producteur qui lui suggéra sur quel pied
chanter.
Sans préjuger du degré de
fabrication du phénomène, reconnaissons que la demoiselle habillée d'une courte
robe blanche Paul & Joe (le must branché londonien), couverte de breloques
dorées et de fard à paupière pailleté, possède une gouaille cockney qui
crédibilise l'habileté de chansons dosant touches rétros (ska, bluebeat, clins
d'oeil années 1960) et modernité espiègle. Entourée d'une section de cuivres, la
chanteuse au nez mutin fait danser en balançant sur les mecs de réjouissantes
vacheries : le tube Smile, Not Big est présenté comme "une chanson sur les
petits pénis".
Pour connaître le vrai
frisson, il fallait filer à la Boule noire. Dans cette salle attenante à la
Cigale, Joan Wasser (alias Joan As Police Woman) montrait comment une
New-Yorkaise extravertie peut passer des éclats de rire tonitruants aux chansons
soul les plus intimistes. Accompagnée d'une bassiste et d'un batteur, cette
ancienne violoniste, complice de Rufus Wainwright et d'Antony & the
Johnsons, se partage entre clavier et guitare pour des versions plus rêches mais
tout aussi émouvantes, des titres de son album, Real Life.
Festival
des Inrocks, à Paris, Lille, Bordeaux, Strasbourg et Nantes, jusqu'au 14
novembre. www.lesinrocks.com.
Stéphane Davet, Le
Monde
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