Quatre années pour une
métamorphose à Montpellier.
En entrant samedi dans les
salles, en courant des couloirs et des espaces d'accueil où volumes et lumière
éclatent en ampleur et subtilités, se souviendra-t-on du musée Fabre, étriqué,
sombre, pesant de solennité et d'austérité et dont l'élégance même des galeries
originelles s'était estompée ?
Ce souvenir ravivé, verra-t-on resurgir
alors le même lieu livré à l'appétit des engins de chantier, éventré et d'où
jaillirent des mois durant la flèche de grues immenses, pierres et fondations
dénudées à la masse, ouvertures béantes ?
Probablement pas.
De l'un,
comme de l'autre, il n'y a pas de trace, derrière les façades toilettées de
l'ancien collège jésuite, de l'hôtel Massilian et ses rajouts, de l'aile XIXe.
En quatre années et demie, on a métamorphosé ce lieu, effacé contraintes et
erreurs. Imaginé au musée une enveloppe nouvelle, doublant sa surface en
octroyant 5 500 m² aux collections présentées au public.
Pourtant, à
l'origine du projet, la balance hésita entre un agrandissement et une
reconstruction, ailleurs. Finalement, c'est la médiathèque qui fut rebâtie, à
Antigone. Mais sans doute la tâche eut-elle été facilitée si les architectes
étaient partis d'une feuille blanche, le défi était considérable, en effet.
Comment trouver une logique dans l'assemblage d'édifices disparates, dont les
étages ne sont pas sur les mêmes plans et compliquent l'accessibilité des
personnes à mobilité réduite ? Comment y organiser un parcours cohérent et
chronologique ? Sans oublier, qu'il fallait offrir aux œuvres d'art les
conditions de conservation dignes dont elles ne bénéficiaient pas jusque-là,
restituer à ce collège XVIIe, cet hôtel XVIIIe leurs charmes fatigués par les
années.
Élue par un jury où figurait Pierre Soulages, l'équipe lauréate
du concours, associant un Montpelliérain, Emmanuel Nebout, au cabinet bordelais
Brochet-Lajus-Pueyot, sut s'affranchir de ces obstacles, donner au musée une
monumentalité qu'il n'avait pas. Elle apparaît dans cette entrée, face à
l'Esplanade, où la Portée de Daniel Buren vient saisir le visiteur par la main,
le hall d'accueil creusé sous une ancienne cour, l'atrium sous sa verrière
perdue dans les nuages, où les pas nous ramènent toujours, la salle des
expositions temporaires, cœur du musée.
Mais ces travaux spectaculaires,
où jusqu'à 200 ouvriers s'affairèrent, ont plus prosaïquement offert de la
fonctionnalité au musée. En le dotant d'un système régulant l'atmosphère pour
préserver ses collections. En mettant celles-ci en scène comme jamais elles ne
furent. Jusqu'à oublier l'enveloppe de pierre et béton.
Ollivier LE NY,
Midi Libre
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