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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Benjy Ferree

Par Joe el Misterioso :: mercredi 31 janvier 2007 à 09:35 :: Musique
La malice de Benjy Ferree.

Les jeunes groupes en "The", recyclant ad nauseam la discographie parentale voire grand-parentale vous lassent ? Ecoutez
Benjy Ferree, réjouissante révélation de ce début d'année 2007, qui prend son envol dès son premier album, Leaving the Nest ("En quittant le nid"). Loin des poseurs attirant les couvertures des magazines grâce à leur photogénie et leur garde-robe, ce drôle d'oiseau ne paie pas de mine avec son chapeau de paille et sa moustache. Son visage n'apparaît d'ailleurs pas sur la pochette, intriguante avec cette peinture de personnage coiffé d'un couvre-chef à plume, mi-Robin des bois mi-Guillaume Tell.

L'Américain fait partie de cette famille d'humbles artisans (Andrew Bird, Sufjan Stevens) préférant concentrer leurs efforts sur l'écriture de chansons. Pour décrire la musique d'un inconnu, le plus commode consiste à repérer influences et citations. Ici, aucun nom ne vient spontanément à l'esprit. En dix titres, Ferree impose son univers en brouillant malicieusement les pistes et fait du neuf en s'appropriant des idiomes aussi anciens que le folk et la pop, la country des Appalaches (avec une forte présence du violon) ou le refrain à boire.

Peut-être parce que la vocation de ce musicien trentenaire a été tardive. Attiré par les lumières d'Hollywood, Benjy Ferree a longtemps cru pouvoir embrasser la carrière d'acteur. Aussi sa culture est-elle plus cinématographique (David Lynch, Terrence Malick, François Truffaut via le personnage d'Antoine Doinel) que musicale. Il a fait le baby-sitter et le boute-en-train pour les enfants des stars de Beverly Hills, testant auprès d'eux ses comptines. Depuis, il est employé comme barman à Washington DC.

Si le cinéma n'a sans doute pas perdu grand-chose, la musique a gagné au change. Leaving the Nest regorge de chansons mélodiques et gaies comme des pinsons, le chanteur n'hésitant pas à siffloter au gré de son humeur. Leurs vertus sont la fraîcheur et le naturel, la candeur et la spontanéité. Hollywood Sign a l'évidence d'un single de Creedence Clearwater Revival, dynamisé par un harmonica et adouci par des choeurs doo-wop. L'intro a capella du splendide Private Honeymoon porte la marque de l'enfance (les cantiques baptistes que chantait sa mère au temple) avant de muer en imparable ballade pianistique.

Curiosité, l'album a été produit par Brendan Canty, batteur du groupe Fugazi, réputé pour ses assauts bruitistes. On ne trouvera ici qu'un titre rageur, l'étrange Dogkillers !, isolé dans cet ensemble bucolique. Originaire du Maryland, Etat traversé par la ligne Mason-Dixon, Benjy Ferree puise son inspiration dans la mythologie sudiste. On ne s'étonnera donc pas que l'unique reprise soit empruntée à Johnny Cash, mais à travers un titre obscur, A Little at a Time.

Paradoxalement, s'il faut déterminer une filiation, elle serait britannique : ce pastoralisme fantasmé fait de Benjy Ferree un héritier possible de Ray Davies, le démiurge des Kinks, à l'époque de Village Green Preservation Society. Le compliment n'est pas mince.

Leaving the Nest, de Benjy Ferree, 1 CD Domino/P.I.A.S.

Bruno Lesprit, Le Monde.

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