Les Victoires en
chantant.
Riche en petits événements et mettant en avant les prestations
artistiques plus que les parlottes, la 22ème cérémonie des Victoires de la
musique a tenu en grande partie ses promesses et d’une certaine façon donné
raison à Michel Drucker qui d’emblée enfançait le clou : «C’est le plus grand
concert de l’année, comme seul le service public peut en proposer».
Un concert varié, avec ses
hauts et ses bas, ses sensations fortes - un hommage délicat à la grande Gréco,
l’évocation aussi de chers disparus, un Michel Polnareff saisi en live en fin de
Bercy pour une Victoire d’honneur et un petit rappel au piano - avec aussi ses
enthousiasmes justifiés ou un peu inconsidérés...
Et en premier lieu il faut
bien le dire d’assez consistantes satisfactions... régionales. Avec la
Montpelliéraine Emilie Simon qui, depuis trois ans, à chaque fois nommée, ne
revient jamais les mains vides. Son album "Végétal" est ainsi récompensé par la
Victoire du meilleur album electro. Quant à Olivia Ruiz, originaire de
Carcassonne, elle semblait déjà squatter, avant le début de l’émission le fameux
service public. Aperçue sur la 3, la revoici sur la 2, comme exemple de la
relève, de ces jeunes pousses tant attendues. En plein milieu du cirque d’hiver,
belle salle qu’elle aura à dompter en mai, elle lâche tranquillement que «c’est
plus grave de rater un concert que de rater une Victoire»…En voilà une de
Victoire qui lui échoit pour le meilleur concert de l’année. Bravo à La Femme
Chocolat qui n’a pas ménagé son énergie au cours d’une belle tournée marathon.
Et puis en voilà une deuxième, comme meilleure artiste féminine de l’année.
Nagui vers 20h50, d’abord
déguisé en blonde à robe rouge saluait comme pour se mettre à l’abri la présence
du ministre de la Culture qui aura, ce n’était pas prévu, l’occasion de prendre
la parole. Mais pas plus d’une minute, comme le représentant des Intermittents à
qui il répondait. Un peu la routine de fin de mandat, mais c’estpas sûr.Pas mal
ce système du gong pour éviter de trop longs dérapages ou les remerciements à
toute la planète. Même si Agnès Jaoui n’en appréciat pas le principe elle a eu
le temps de savourer le bonheur d’une Victoire (musiques du monde) pour son
premier album.
C’est Bénabar le toujours
très bien nommé (trois fois cette année) qui nous lançait la première
invitation. La pole position ici est un peu ingrate, c’est celle du chauffeur de
salle. Mais cette fois, le public lui rendait justice pour la meilleure chanson
de l’année.
Diam’s, devenue en assez
peu de temps la cheftaine incontestable de la tribu Hip-Hop et qui semble s’être
un peu arrondie depuis l’an dernier. Le survêt actuellement le plus agité et le
plus souriant sur le marché.
Signe des temps, le premier
trophée était remis à Kamini et à la co-réalisatrice de son clip. Qui se dit ici
grâce aux internautes qui ont aidé à faire connaître ce petit film fleurant bon
la "culture plouc" et réputé être le moins cher de l’histoire de la vidéo
musicale… peine le temps de savourer qu’Abd Al Malik nous emmène déjà du côté de
Gibraltar. Une des révélations de l’année, catégorisée dans les musiques dites
urbaines.
La deuxième Victoire de la
soirée va à Tryo pour un dixième anniversaire en vingt titres captés à
l’occasion d’un concert très haut en couleurs.
Tout roule donc comme sur
des roulettes mais Katerine, plus rose que jamais et comme un petit bégaiement
de l’histoire, revient couper un peu le son… avec l’aide, pour la chorégraphie,
de la Montpelliéraine Mathilde Monnier.
Un peu de fantaisie dans
cette soirée si bien organisée, il était presque temps… Impossible ensuite de ne
pas être impressionné par la présence de Miss Dominique, la soul-sister de la
soirée avant que M, décidément enfant gâté n’empoche la Victoire de la meilleure
musique de film. En compagnie de Guillaume Canet, et malgré le gong, il a même
le droit d’exploser un peu la minute fatidique…
Après avoir vérifié que
Grand Corps Malade n’allait pas si mal que cela et qu’on avait bien «besoin par
les temps qui courent des valeurs de fraternité», suivait évidemment un gros
plan sur le ministre de la Culture qui «aime beaucoup la musique». Nagui a eu
beau nous expliquer que le décor était celui d’un concert et pas celui d’une
émission, la télé, ça reste la télé. Et c’est ça qui est chouette. Comme est
assez agréable la réelle présence de tous ces valeureux artistes de variété qui
honorent ce grand rendez-vous du show-biz en venant par exemple rendre en
chansons un petit hommage à la Greco. Et on comprend vite à ce moment-là qu’on
n’est pas encore couché. Au fait, c’est quand Polnareff?
J.-F.B, Midi
Libre
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