Docu. Télé locale à succès, «telenovelas» à foison, potins de miss au JT.
Zapping sur les écrans colombiens
par Marie-Hélène MARTIN, Libération
ARTE, samedi 18 à 14 h 45. «Toutes les télés du monde», série. Aujourd'hui : «La télévision des Colombiens».
Dans la série Toutes les télés du monde, sorte de zapping international désormais bien connu, nous voici en Colombie. Face caméra, un ouvrier explique : «Les hommes politiques se prennent tous pour Superman, Batman ou Tarzan mais au final, ils ressemblent tous à Cheeta.» C'est maintenant au tour d'un couple de filles, suivi de deux garçons enlacés : «Respectez l'homosexualité, s'il vous plaît !» et ils s'embrassent à pleine bouche. Ça se passe dans les rues de Bogota, où CityTV a installé des bornes interactives munies de caméras. Dans un pays gangrené par les narcotrafiquants et en proie à la guérilla, la chaîne locale de Bogota invite ainsi le passant à s'exprimer librement, à faire lui-même sa télévision. Un succès : petites annonces ou cris du coeur, 10 000 messages sont enregistrés par semaine.
Autre succès et fierté nationale : les telenovelas, un sport télévisé que l'on croyait réservé au Brésil et dont la Colombie est devenue récemment le leader mondial. La Veuve de la Mafia ou encore Saga une version locale du Parrain sur fond de filles et de paysages sublimes s'exportent fort bien, avec ses gros bonnets (hommes et soutien-gorge) et ses morts violentes en pagaille...
On retrouve dans les JT, avec le même attrait morbide de la caméra pour les cadavres, les cris et les larmes, sans aucune distinction, qu'ils soient le fait des attaques de la guérilla ou le résultat des massacres des paramilitaires. Particularisme colombien : le dernier tiers du journal du soir s'attache à des infos-ragots futiles délivrées par des reines de beauté. «Une tradition mafieuse», analyse Miss Colombie 1992, qui ne manque pas d'esprit. Il faut attendre minuit pour trouver la seule émission d'investigation du paysage audiovisuel colombien : Contravia, aidée par des fonds européens et portée depuis des années, malgré les menaces de mort, par le journaliste Hollman Morris. «La mort est dans l'agenda de la vie», dit-il simplement.
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