Jean-Paul Montanari,
vache sacrée de la culture frêchienne.
PORTRAIT.
Depuis 27 ans Jean-Paul
Montanari se promène, discret, dans les coulisses de la culture montpelliéraine.
Sa fierté : avoir érigé le festival Montpellier-danse en
incontournable.
Il y a d'abord ce physique.
Immuable, dirait-on, depuis 27 ans
qu'on le croise : quelque chose qui touche à un dandysme un peu inquiétant façon
Nosferatu. Il y a cette réputation aussi qu'alimente sa quasi-invisibilité :
jamais un dîner en ville, jamais un cocktail. Un moine-soldat qui le soir écoute
Vivaldi en boucle et ne s'octroirait qu'un luxe : quelques séjours à Marrakech
pour retrouver les senteurs de son Algérie natale. Dans une chambre louée à la
nuitée, précise-t-il pour la rumeur qui le dit opulent. Jolie chambre, beau
riad, mais louée.
Ainsi va Jean-Paul
Montanari, vache sacrée de la culture montpelliéraine, maître de ballet du
Versailles frêchien, plus ancien encore dans l'ordonnancement des fêtes que le
Surintendant Koering. Cette proximité, cette ombre dansante dans celle si
massive de Georges-le-Magnifique lui a d'ailleurs valu le surnom un peu cruel de
"Montalamairie".
Mais Jean-Paul Montanari
n'en a cure : il revendique à l'égard de Georges Frêche «fidélité, amitié,
fraternité. Malgré - et plus encore à cause de - l'annus horibilis qui vient de
s'écouler. Et jusqu'à ce que la Camarde m'emporte, dit-il. Qu'est-ce que ça voudrait dire
l'indépendance ? Je ne suis pas un artiste. Et même les artistes... Michel-Ange
peignait ce que voulait le prince ».
Voilà : évacué ce
récurrent débat montpelliérain sur la garde culturelle qui fait à Georges
Frêche, et jusque sur les bancs des prétoires, un rempart jamais lézardé. Tout
au plus regrette-t-il que la tempête médiatique des derniers mois, au seul nom
de Montpellier rende plus frileux ou plus méfiants les médias
parisiens.
Car pour le reste ce
ne sont pas les satisfactions qui lui manquent : sa Sixtine à lui -aux murs
blancs - c'est cet ancien couvent, ancienne prison pour femmes, devenu Cité
Internationale de la Danse. Son bureau y est monacal mais lumineux. Sa
cathédrale, ce festival Montpellier-Danse qui, avec ses 30000 spectateurs, la
richesse, la hardiesse de sa programmation depuis 27 ans, est devenu le plus
important d'Europe.
Et sa fierté, c'est
cela : avoir façonné un public prêt à se frotter aux plus biscornues expériences
de la danse contemporaine. Le plus récent souvenir est celui, l'an dernier, du
Ah, Ah de Maguy Marin où huit "danseurs" qui ne dansaient jamais riaient
sur scène pendant une bonne heure.
Le public ne broncha
qu'à peine : il est loin le temps où, pour la première venue de Merce Cunnigham,
un spectateur avait crié : « Va apprendre à danser chez Béjart ! » Mais
que ce soit pour Ah, Ah ou pour Béjart justement, Georges Frêche n'a
jamais plaint un sou à une aventure qui ne risquait guère de verser dans
l'électoraliste facilité populaire : la danse fille aînée de la politique
culturelle montpelliéraine.
Le reste est affaire
de chance et de talent de dénicheur. Pour la chance, il y eut la ren- contre
avec Dominique Bagouet, bien sûr : douze ans d'une relation forte, chaleureuse
jusqu'à ce que le sida emporte le chorégraphe en 1992. L'édition 2007, avec de
nombreuses reprises de ses œuvres, lui est « un clin d'œil » : Montanari
n'aime pas le mot hommage.
Le talent de
dénicheur, lui, va de soi : tout ce qui compte, a compté, comptera dans la danse
contemporaine passe par Montpellier. Et quant à ces 60 ans dont le seuil vient
d'être franchi, qu'importe : la silhouette n'a pas changé en 27 ans. Elle
restera bien immuable quelques années de plus (et en tout cas jusqu'aux
municipales de 2008...)
J.V., Midi
Libre
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