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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Bloody concert

Par Joe el Misterioso :: jeudi 10 juillet 2008 à 10:15 :: Musique

My Bloody Valentine, décibels à gogo.


Seize ans après la dernière tournée de My Bloody Valentine, on applique désormais le principe de précaution. A l'entrée du Zénith, à Paris, où se tenait, le 9 juillet, l'unique concert français du quatuor britannique, une paire de bouchons d'oreille est distribué à chaque spectateur. Une façon de déclarer aussi que ce groupe culte du rock bruitiste est de retour tel qu'en lui-même.

Ce come-back inattendu - aucun nouvel album n'est prévu prochainement - n'a rempli que la moitié de la salle parisienne. En Angleterre, MBV vient de jouer cinq soirs à guichets fermés au Roundhouse de Londres.

Inspirés par les expériences des Américains de Sonic Youth et par les mélodies hérissées de larsen des Ecossais de Jesus & Mary Chain, Kevin Shields (guitare, chant), Colm O'Ciosog (batterie), Debbie Googe (basse) et Belinda Butcher (guitare, chant) ont représenté la quintessence d'une "noisy pop" ou "pop bruyante", populaire outre-Manche au croisement des années 1980 et 1990.

Son statut de groupe-clé, MBV ne le doit pas à son répertoire de chansons ni au charisme (inexistant) de ses membres, mais à sa faculté de mettre en son le vacarme. Des années d'inactivité n'ont en rien modifié cette maîtrise de l'impact sonique. Dès les premières secondes du concert, les flots électriques s'enchevêtrent avec la précision d'une partition ciselée dans la lave.

Tout est affaire de contraste entre ambiance lysergique et déflagration frénétique, fragilité brumeuse des voix et violence implacable de l'instrumentation. Kevin Shields avait travaillé les albums Isn't Anything (1988) et surtout le mythique Loveless (1991), avec la minutie maniaque d'un Phil Spector ou d'un Brian Wilson de la distorsion. Au point de basculer ensuite dans un mystérieux mutisme, seulement interrompu par quelques travaux de production, des compositions pour le film Lost in Translation, de Sofia Coppola, et une performance déclamatoire de Patti Smith (le récent double album live, The Coral Sea).

Sur la scène, baignés d'images en phase avec leur quête d'altération des sens, les deux guitaristes demeurent d'une immobilité que les Anglais qualifient de "shoegazing" (celui qui "regarde ses chaussures" en jouant), au contraire de la bassiste et du batteur, véritables moteurs à explosion du groupe.

Kevin Shields se plaint de la puissance limitée de l'amplification imposée en vertu des normes en vigueur dans les salles françaises. On a pourtant l'impression que le lieu n'a jamais autant tremblé sous les décibels. En particulier quand, au moment du You Made Me Realise final, le quatuor façonne un tunnel de bruit blanc, évoquant irrésistiblement les réacteurs d'une fusée au décollage. Devant l'assaut, le son en façade est à plusieurs reprises coupé par les techniciens du Zénith. Ce qui n'a pas empêché les oreilles, même protégées, de siffler sur le chemin du retour.

Stéphane Davet, Le Monde

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