La génération Daft
Punk en scène.
Que ce soit à Londres, le 18 mai dernier dans le
sous-sol surpeuplé du super-club Fabric, ou à Paris, jeudi 7 juin dans une
Cigale surchauffée, chaque fois, la même image se répète. Une grande croix
blanche lumineuse, encastrée dans un mur d'amplificateurs Marshall, objet culte
du rock. Au coeur de cet amas de symboles - religieux, musicaux, graphiques -,
Xavier de Rosnay et Garpard Augé, duo de musiciens électro parisien, au nom lui
aussi chargé de sens : Justice. Leur slogan ? "Justice pour tous." Ils comptent
l'appliquer. Leur premier album, , sorti le 11 juin, est tout entier tourné vers
un objectif : faire de la musique populaire, celle qui leur
ressemble.
Elle paraîtra brutale et effrayante à beaucoup. Elle ressemble
à Frankenstein : des bouts de rock, de variété française, de sons de Boum (1 et
2, avec Sophie Marceau et musique de Vladimir Cosma), greffés à du disco, sur un
squelette techno. "Du bruit découpé, pas forcément très sexy",
reconnaissent-ils.
Et pourtant, Justice l'est, sexy. Ici comme ailleurs,
le duo est porteur d'un même enthousiasme. Celui d'une génération qui a envoyé
balader le bon goût musical et le devoir de réserve avec une désinvolture, une
sincérité et une intelligence bluffante et agaçante. Car Justice agace. Trop
facile, trop vulgaire, déjà vu dit-on, une farce électronique. Ce soir, toute la
critique rock-pop-électro est néanmoins au rendez-vous. Il ne faudrait pas rater
le concert - on ne sait jamais.
Dans la salle, c'est l'hystérie. A Paris
autant qu'à Londres ; on connaît pourtant la supériorité des Britanniques dans
le "lâcher prise". Les mains se lèvent en direction de la croix. C'est une
communion hédoniste à la bande son distordue, saturée, de bout en bout. Une
montée sonique éprouvante physiquement dans laquelle se vautrer relève du
plaisir gratuit. Les gamins eux, se livrent à une joute qui, nous disait Gaspard
Augé, il y a quelques semaines, le laisse rêveur : "Parfois, j'ai l'impression
que les gens ont vu sur Internet les vidéos de mini-émeutes lors de nos soirées,
et qu'ils ne veulent pas nous décevoir." Ce soir, on se battait pour sauter dans
la foule depuis la scène. Du jamais vu dans l'électro.
Ils sont ainsi,
toute une bande de "justiciers", unis dans une même rébellion festive contre le
minimalisme en vogue ces dernières années dans les musiques électroniques. "On
appelle ça la "gougoutte"", plaisante Xavier de Rosnay, en référence à la
torture chinoise... ou à la vieillesse. Ces justiciers se rassemblent à Paris
autour du label Ed Banger (qui, outre Justice, édite Surkin, Sebastian...) ou
Kistuné auquel on doit la révélation des Allemands de Digitalism.
Venus
de Hambourg, Jens Moelle et Ismail Tuefekci, sont les auteurs d'un album
(Idealism, sorti le 4 juin) tout aussi outrancier, tout aussi réussi. Avec cette
même distance de gamins pas dupes, mais encore moins blasés.
Au Brésil,
leur équivalent sont les Bonde do Role, et leur baile funk, mutant local,
revisité électro et hard rock de pacotille.
"Cette génération se
reconnaît unanimement dans deux albums fondateurs, Homework et Discovery (1997
et 2001, Labels/EMI)", réalisés par un autre duo, français, de dix ans leur aîné
: Daft Punk.
En deux disques, Guy-Manuel de Homen-Christo et Thomas
Bangalter ont établi les canons de beauté de cette électro d'aujourd'hui. Tempo
légèrement ralenti, basse implacable, progression sourde, filtrée, pour le
premier album. Carambolage de madeleines pop (de Michael Jackson au hard rock FM
de Van Halen, pour faire bref) et d'animation japonaise pour le second
(Interstella 5555, un film réalisé par Leiji Matsumoto, l'auteur d'Albator,
accompagnait le disque). Il sera très décrié à sa sortie. Ecoeurant disait-on,
déjà. Aujourd'hui, il semble un modèle de sobriété.
"Les "Daft", comme
les Chemical Brothers, Prodigy, ou Baserment Jaxx en Angleterre, ont
dédramatisé, désintellectualisé cette musique, qui n'est que de la musique de
fête après tout, explique Xavier. Alors oui, nous sommes leurs petits frères. Un
grand dadais et un petit moche..." En concert, les Digitalism mêlent certains
morceaux de Daft Punk à leurs propres compositions.
Un hommage de la part
de jeunes gens avides d'émotions courtes, mais fortes, comme un tunnel de pub à
la télévision. Une génération passée maître dans l'utilisation de l'image et du
montage. De leur musique aux pochettes de disques, à leur vestiaire qui mélange
les codes avec malice : fluo techno-pop, blouson noir, basket rap, et souvenir
du collège. Un collage improbable, mais explosif.
Symbole de cette
fraternité festive, les Daft Punk seront en concert, jeudi 14 juin, à Bercy. En
première partie, ils ont invité les Klaxons, petits cousins anglais, porteurs,
avec Simian Mobile Disco notamment, du courant nu-rave, qui célèbrent, du haut
de leur jeunesse, l'esprit du "summer of love" de 1988, lorsque la house music
(dérivée du disco) a déferlé sur la Grande-Bretagne. C'était il y a 20 ans. Les
Daft Punk en avaient 15.
Odile de Plas, Le
Monde
Une série de disques et de
concerts
Disques.
Justice, 1 CD, Ed Banger/Because ;
Idealism, de Digitalism, 1 CD Labels/EMI ; Attack Decay Sustain Release, de
Simian Mobile Disco, 1 CD V2 ; With Lasers, de Bonde do Role, 1 CD
Domino/P.I.A.S. ; Myths of The Near Future, de Klaxons, 1 CD Because ; Bring It
On, de Goose, 1 CD Skint.
Compilations : Ed Banger Rec vol. 2, 1 CD, Ed
Banger/Because ; Kitsuné maison, 1 CD
Kitsuné/Topplers.
Concerts.
Daft Punk : Palais
omnisports de Paris-Bercy, le 14 juin (complet) ; Arènes de Nîmes le 26
juin.
Justice : festival Les Eurockéennes, Belfort, le 29 juin. Festival La
Route du rock, Saint-Malo, le 15 août.
Digitalism : Les Eurockéennes,
Belfort, le 30 juin ; festival Astropolis, Brest, le 3 août.
Bonde do Role :
festival Les Eurockéennes, Belfort, le 29 juin ; Furia Sound Festival,
Cergy-Pontoise, le 30 juin ; festival Sous la plage, Paris, le 1er
juillet.
Klaxons : Palais omnisports de Paris-Bercy, le 14 juin (première
partie de Daft Punk, complet) ; festival Les Eurockéennes, Belfort, le 1er
juillet.
Simian Mobile Disco : Le Point éphémère, Paris, le 28 juin ;
festival Les Eurockéennes, Belfort, le 29 juin ; Dour Festival (Belgique), le 13
juillet ; set de DJ à Montpellier, le 15 juillet.
Goose : festival
Agoraphones, Ferques, le 23 juin ; festival Les Eurockéennes, Belfort, le 1er
juillet ; Dour Festival (Belgique), le 13 juillet ; festival Les Vieilles
Charrues, Carhaix-Plouguer, le 21 juillet ; festival Les 3 Eléphants,
Lassay-les-Châteaux, le 27 juillet ; festival Astropolis, Brest, le 3 août ; La
Dune, Montpellier, le 4 août.
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