Rock en Seine laisse
couler la polémique.
Sur fond de controverse sur
les tarifs, le festival francilien affiche une fréquentation en hausse et fait
ses comptes.
Par Mathilde Carton,
Libération.
Malgré un soleil qu’on
n’attendait plus et une programmation des plus lourdes, Rock en Seine s’annonce
déficitaire pour sa cinquième édition. François Missonnier, organisateur du
festival, parle d’un «bilan paradoxal».
De fait, si la
fréquentation n’a jamais été aussi importante (65 000 personnes ce week-end
contre 57 000 l’an dernier), la formule 2007 entendait bien drainer 5 000
personnes de plus, pour une édition étendue à trois jours au lieu de deux.
François Missonnier ne donne pas de précision chiffrée du déficit, étant donné
«le nombre de paramètres encore inconnus». Malgré tout, et heureusement
pour nos oreilles, Rock en Seine sera reconduit l’année prochaine sur le même
modèle. Alors d’où vient ce trou ?
Tarif. Les
têtes d’affiche, parmi lesquelles Björk, Arcade Fire ou encore Tool, ont-elles
été trop gourmandes ? Difficile d’obtenir une réponse claire, sinon que la part
du budget artistique est d’environ 40 % sur les 3,5 millions d’euros de budget
total. Autre cause de déficit évoquée : le prix des places (42 euros la journée,
98 euros les trois jours). Dada de guerre du député UMP de Seine-et-Marne, Yves
Jégo, les tarifs de Rock en Seine seraient «prohibitif» par rapport aux
autres festivals français de même acabit : les Vieilles Charrues coûtent 30
euros la journée ou 66 euros les trois jours quand les Solidays présentent leur
laisser-passer pour trois jours à 44 euros. «Rien ne semble en effet
justifier un écart aussi conséquent, écrit Yves Jégo sur son blog. A
l’heure où le Premier ministre a annoncé sa volonté d’expérimenter la gratuité
de l’accès aux grands sites culturels, il me semblerait intéressant que des
manifestations aussi subventionnées que Rock en Seine puissent offrir des tarifs
plus accessibles aux milieux les plus modestes et prennent en compte
l’impossibilité pour de nombreuses familles franciliennes d’accéder à ce type de
prix.»
Un coup de chaud rapidement
refroidi par Christine Albanel, ministre de la Culture, qui elle, a bien aimé
Rock en Seine, surtout samedi soir où elle est venue dodeliner au son des Rita
Mitsouko. Yves Jégo serait allé à l’encontre de la «fierté nationale»,
selon un conseiller de communication du ministère de la Culture. Et d’ajouter :
«C’est déjà difficile d’avoir un important festival de rock, alors quand
Rock en Seine propose des têtes d’affiche internationales, on ressent un
sentiment de fierté française, quand bien même c’est la gauche qui est à
l’initiative du projet. Madame Albanel ne comprend pas qu’on décrédibilise un
festival qui a autant de soutiens.» Quant au prix, tout est affaire de
«subjectivité, quand on sait que le moindre concert à Bercy est à 40 euros
minimum» . Argument également repris par la gauche : «Le prix n’est pas
aberrant en soi, explique Jean-Paul Huchon, président de la région
Ile-de-France et instigateur de Rock en Seine, d’autant qu’avec les chèques
culture mis en place, 2 000 jeunes ont bénéficié de places à 5 euros la
journée.»
Jean-Paul Huchon confirme que
la région Ile-de-France restera le principal soutien du festival, à hauteur de
600 000 euros. Il dénonce par ailleurs une polémique purement interne à l’UMP :
« Vous n’imaginez pas Jégo en défenseur des opprimés, quand même ? Il
prépare simplement les élections régionales de 2010. Karoutchi [chef du
groupe UMP au sein du conseil régional d’Ile-de-France, ndlr] et Albanel
lui ont rabattu le caquet. C’est un pas de clerc.»
Gratuits. Si
pour l’UMP, Yves Jégo se fourvoie, c’est paradoxalement le seul, en critiquant
les tarifs festivaliers, à défendre l’idée de culture populaire, voire
populiste, prônée par Nicolas Sarkozy. A l’image des concerts gratuits du
14 Juillet, le député patronne le festival Montereau Confluences
(Seine-et-Marne) : pour 10 euros, 25 000 spectateurs ont pu applaudir sur deux
jours Michel Delpech, Axelle Red ou encore Doc Gynéco. Madame Albanel, invitée à
l’édition 2008, a promis de faire un saut. Si d’ici là elle a fini de se
déhancher sur Marcia Baila.
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