Trois
siècles d'histoire de la folie à Montpellier.
Presque trois siècles : de 1714,
date des premières cellules d'isolement pour malades mentaux, à aujourd'hui,
Robert Dumas, pédiatre retraité, plonge dans l'histoire de la psychiatrie. Un
voyage étonnant, au fil d'un livre de 200 pages publié cet été chez Sauramps
médical.Du temps ancien des pavillons à celui, actuel, de la
sectorisation, de la camisole de force d'hier aux médicaments les plus récents,
Dumas reprend minutieusement chaque étape.
A
Montpellier, tout a commencé en... 1713 : suite à un meurtre perpétré par un
déséquilibré, la ville décide de construire des loges pour « enfermer les
fous » à l'Hôtel Dieu Saint-Éloi, le long de l'actuelle rue de la
Providence. « La psychiatrie vient de très loin, non pas du soin mais de la
peur qu'inspirait la maladie (...) les malades mentaux ont été traités comme des
êtres malfaisants qu'on punissait », rappelle en introduction l'actuel
directeur du CHU Alain Manville. L'asile départemental de Font d'Aurelle,
l'ancêtre de la Colombière, n'accueillera pas ses premiers patients avant...
1909. Les travaux avaient été réceptionnés en 1907. Un siècle plus tôt, en 1810,
les malades mentaux sont envoyés au dépôt de mendicité, rue Auguste-Broussonnet,
« destiné à recevoir les inadaptés sociaux, les aliénés, les filles-mères,
les prostituées ». Puis, en 1820, au dépôt de police. De 22 malades en 1827,
on passe à 207 en 1864, 600 en 1893 alors que l'asile a été construit pour
accueillir 200 personnes. La Colombière comptera jusqu'à 1 900 lits dans les
années 50, mais à peine plus de 300 aujourd'hui, alors que l'établissement
achève un plan de restructuration.
L'évolution la plus spectaculaire
touche aux soins. Sans remonter à Hippolyte Rech ou Calixthe Cavalier qui, au
XIXe siècle, troquaient saignées et sangsues par des bains tièdes suivis de
brutales douches froides ou lançaient des études comparatives des urines des
hommes sains et des malades mentaux, Françoise Molénat, devenue une référence
incontournable en matière de pédopsychiatrie, relate son quotidien effrayant
auprès des enfants dans sa thèse d'internat, en 1975. « D'identité, mis à
part le problème de la folie, l'enfant n'en a guère (...) L'enfant n'a rien à
lui (...) C'est la valse des slips flottants, des chemises informes (...) Ils
gèlent l'hiver (...) dînent à demi-nus (...) Il ne reste qu'un moyen d'exister
et de se faire entendre, le symptôme, déchirer ses vêtements, se mutiler,
tapisser sa chambre d'excréments, se balancer sans fin (...) Faire le fou. »
C'était il y a trente ans à peine.
La prise en charge des enfants est
encore balbutiante : il a fallu attendre 1962 pour qu'ouvre un service
spécifique, c'est aussi à cette époque que les malades commencent à sortir des
pavillons, que de nouveaux médicaments et de nouveaux traitements, le
psychodrame, la relaxation, succèdent à la camisole de force, aux chocs au
cardiazol, aux injections d'insuline...
La Colombière aura ses ateliers, sa
salle de cinéma (170 places), son équipe de foot et même un club de supporters
en 1969, deux ans plus tôt, une équipe a été engagée en championnat de France...
Les grandes heures de la psychothérapie "institutionnelle", avant une énième
réorganisation des soins.
Sophie GUIRAUD
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