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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Desobeir...

Par Joe el Misterioso :: lundi 08 octobre 2007 à 11:04 :: Eco/Politique

De la désobéissance civile.

Vous voulez vous opposer ? Faites un stage :

Mercredi 10 h 30, parking du Parc des expositions de La Teste-de-Buch, en Gironde, entre le Jardiland et deux entreprises de fenêtres et volets en bois ou aluminium. Sur le bitume, des camions-écoles manoeuvrent au ralenti. Derrière, une demi-douzaine de tentes Quechua forment un village, surmontées du drapeau arc-en-ciel des pacifistes italiens. Une petite troupe est assise en cercle sur des chaises de jardin en plastique, près d'un bassin de décantation. Ils sont une vingtaine, contactés via le Net, à suivre le stage de désobéissance civile : durant trois jours, ils vont s'initier à l'action directe non violente.

Personne ne donne son nom de famille, personne ne pose trop de questions sur les parcours des autres : moins on en sait, moins on pourra en raconter en cas d'arrestation. Les "désobéissants" n'ont en commun qu'une conviction : il faut /"retrouver le chemin des luttes"/. Pour deux raisons : l'urgence écologique et l'élection de Nicolas Sarkozy.

Ils ont tous repéré la voiture des RG stationnée à l'entrée du parc et l'hélicoptère qui effectue son ballet de surveillance. Pas question pourtant de plonger dans la paranoïa. S'opposer, ils savent. Ils ont l'expérience des luttes écolos, du fauchage d'OGM ou d'un collectif du Réseau d'éducation sans frontières. Mais les pétitions et les manifs /"traditionnelles" /les ennuient ; ils veulent /"être plus efficaces"/ et /"ludiques"/. Depuis décembre 2006, c'est le quatorzième stage organisé gratuitement par une poignée d'activistes regroupés sur le site Desobeir.net.

Chacun se présente, se lève, donne son prénom et un signe distinctif, rejoint par un autre qui se reconnaît dans cette description, puis donne la main à son voisin. Les stagiaires s'exécutent avec une joie enfantine. Xavier a déjà voté Chirac /"à sa grande honte"/, Simon /"a vécu à l'étranger"/, Sarah /"aime bien l'escalade"/, Roselyne est /"objecteur de croissance"/ parce qu'elle /"aime la simplicité volontaire"/, Mireille n'/"aime pas les grands discours"/, Prisca est faucheuse volontaire. Les tenues sont babas cool sans excès : jean délavé, caleçon à fleurs ou saroual, cheveux relevés chez les filles ; pulls noirs zippés ou sweats à capuche, crâne négligemment rasé ou catogan pour les garçons. Tous "no logo", évidemment.

Il est temps pour les animateurs - des bénévoles - d'aborder le processus d'apprentissage, où va se distiller l'esprit /"impliquant"/ de la non-violence. Un axe est esquissé sur le sol avec abscisse et ordonnée :/ "violent"///"non violent"/, /"je ferais"///"je ferais pas"/. Les activistes doivent se placer sur le diagramme en fonction de leur perception de l'acte décrit et de leur capacité à agir /"en conscience"/ : faucher un champ d'OGM, faucher le même champ en présence de l'agriculteur, pénétrer une base militaire en coupant le grillage, séquestrer le patron d'une grande firme d'OGM...

/"C'est violent de bousiller un champ sous les yeux de l'agriculteur, mais je le ferais quand même"/, remarque Patrice, 50 ans, paysagiste à Arcachon. Face à une base nucléaire, /"faut bien se défendre avec ce qu'on a"/, assure Gwen, 18 ans, revenue d'une année passée en Irlande.

Retenir un PDG, /"c'est une atteinte à la personne, mais, si on m'en démontre l'utilité, je le fais"/, continue Prisca./ "Ça dépend du groupe,/ /j//'ai besoin d'avoir confiance"/, tempère Hélène, 25 ans, munie d'une maîtrise de français langue étrangère. Doucement émerge une conscience du risque, de l'utilité de l'action entreprise.

L'insulte gratuite comme moyen d'action rencontre moins de succès : /"Tout le monde a le droit de travailler, même si je me vois pas bosser dans le nucléaire",/ estime Christophe, saisonnier dans les vignes de Lot-et-Garonne. /"Tout dépend du poste occupé. Je le ferais pas contre un ouvrier payé au smic, mais si c'est un cadre qui sait que ce qu'il fait est potentiellement dangereux, alors..."/, ose, de sa voix grave, Mathieu, 25 ans, arboriste. /"Pour moi, un mec qui dort dans la rue, c'est de la violence sociale qui m'agresse plus"/, tranche Simon, belle gueule de 21 ans, une licence de "socio" en poche.

*16 HEURES.*

La troupe s'essaie à divers jeux de rôle de confrontation avec les forces de l'ordre. Hésiter, se poser des questions face à un cordon de gendarmes mobiles, c'est sain et même encouragé. Chez les désobéissants, il n'y a pas de chef. /"Faut pas s'engager dans une action pour plaire à un ami. La non-violence c'est une réflexion, une stratégie où il doit y avoir du plaisir, du bonheur"/, conseille Yannick, un père au foyer à la tête d'oiseau déplumé. Quand les CRS dispersent une manifestation, mieux vaut leur tomber dans les bras que /"leur taper dessus"/, continue-t-il. /"C'est plus efficace, le flic n'a pas l'habitude, ça le désarçonne !"/

*19 HEURES.*

C'est l'heure du dîner, autour de longs tréteaux. Un groupe, essentiellement féminin, a préparé de grands saladiers de carottes et de choux râpés. Sous la bâche blanche, accrochés à une cordelette par des pinces à linge, les gobelets où chacun a écrit son prénom s'égouttent. On parle de Malcolm X, Mandela ou Jean-Marie Muller, philosophe français de la non-violence. Mais aussi de la marche anti-G8 à Rostock en juin. Simon en était : "/ J'y suis allé en suivant mes potes sans réaliser qu'on allait à la baston. Heureusement que les non-violents étaient là."/

Hélène surveille son couteau de près : pour cette végane - végétarienne qui ne consomme ni ne porte aucun produit d'origine animale -, pas question que la lame entre en contact avec le pâté en boîte posé sur la table. /"Ça me démonte que, dans un rassemblement décroissant, on mange de la viande"/, bougonne-t-elle. La casquette posée de travers sur ses cheveux châtains, cette brune gironde explique qu'elle est /"sur la route"/ depuis six mois : elle n'a plus envie /"de //travailler pour un patron ni de toucher de l'argent de l'Etat"/. Ce qu'elle apprécie ici, c'est qu'/"on va au bout des choses, c'est pas du blabla"/. La soirée s'achève dans les volutes bleues des "pétards" qui circulent.

*JEUDI, 9 H 30.*

On commence en se réfugiant sous un hangar. La nuit sous la tente a été froide et les mains se figent sur les gobelets de café. Au programme, la préparation complète d'une action contre un convoi transportant le missile 51 au centre d'essais des Landes. L'opération doit être à la fois pacifiste et efficace, professe Ben, cheminot.

Logistique, sécurité, repérage, vérification de l'itinéraire emprunté, contact juridique en cas d'arrestation, soutiens locaux, moyens de communication alternatifs au portable suspect d'être sur écoute - /"le mieux, c'est de donner un nom de code à l'action comme "on va aux champignons cet après-midi""/, précise Jean-Claude, un postier arborant un tee-shirt /"Made in Tchernobyl"/. Il faut aussi veiller à la distribution des rôles pour que chacun sache ce qu'il doit faire - les /"peace keepers"/ calment le jeu, les /"anges gardiens"/ ravitaillent les activistes... /"C'est vachement important"/, prévient Yannick.

*12 HEURES.*

Les stagiaires ont tout /"listé"/, la faim se fait sentir. Un tour de table appelé/ "la cérémonie du thé"/ permet à chacun de dire comment il a vécu l'action. /"Exprimer ses émotions évite les malentendus"/, insiste Jean-Charles. L'émotion du moment est plutôt aux bâillements. C'est l'heure de la sieste sur l'herbe.

*19 HEURES.*

Après un repas toujours aussi succinct, on passe à l'atelier /"désescalade"/. Ou comment désamorcer les situations de violence à l'intérieur du groupe. Celle qui jaillit quand on est surpris en train de taguer un panneau publicitaire ou qu'on déploie quand on essaie de se dégager lors d'une arrestation. Le groupe doit s'interroger sur les moyens de faire retomber la tension et garder une image pacifique,/ "parce que le flic reste un être humain"/. Les stagiaires hésitent : /"On s'enfuit ?"/, lance Hélène. /"Surtout pas, ça crée de la perturbation dans le groupe. Entraîne les autres à s'asseoir/, répond Ben. /Le but est de réfléchir à ce moment où la situation peut vous échapper et l'anticiper."/ L'assemblée agite les mains en l'air pour manifester son accord : le langage des sourds-muets est de rigueur dans les réunions désobéissantes.

*VENDREDI 10 HEURES.*

C'est l'heure d'apprendre les /"techniques de blocage"/. Pour faire durer une action le plus longtemps possible avant de se faire déloger par les forces de l'ordre, quelques ficelles sont nécessaires. Le matériel est posé à terre : un antivol de moto en U, une chaîne, des tuyaux de canalisation en PVC, des cordelettes... Jean-Claude se plaque contre une grille supposée être celle d'une centrale nucléaire, passe l'antivol à son cou - /"ça passe l'envie aux policiers de tirer dessus. Pour vous libérer, ils doivent //passer à la meule chirurgicale /(outil dont se servent les médecins pour ouvrir les plâtres)/."/ Pour terminer l'exercice, un conseil : en cas d'occupation prolongée, prévoir une couche /"pour les besoins pressants"/.

Plus loin, un groupe s'essaie à /"la tortue"/. Assis en petit cercle, pieds et bras emmêlés sous les jambes, il forme un "pack" impossible à soulever. Autre "outil", un tuyau de PVC muni d'une vis transversale permet de bloquer deux activistes par les bras. /"La méthode de résistance passive passe par une exposition du corps, mais maîtrisée"/, précise Ben. Des fous rires ponctuent les exercices. Les animateurs commencent à fatiguer : /"Vivement lundi, /souffle Jean-Charles, /qu'on reprenne le boulot !"/

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-963830,0.html


Sylvia Zappi

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Commentaires

Le jeudi 25 octobre 2007 à 02:22, par Xavier
Merci de cette pub que tu nous fais en reproduisant ici l'article du Monde sur nos stages. Précisions : nous ne sommes pas spécialement des hippies, nous sommes même très différents les uns des autres, mais ce qui nous anime est similaire : nous voulons nous battre avec les armes de la non violence et de la désobéissance civile contre l'injustice sociale et la destruction de l'environnement. Si c'est aussi votre cas, rejoignez nous !

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