Une ouverture avec un
fort absent serbe.
La
bronca, samedi soir, le directeur du Festival du cinéma méditerranéen,
Jean-François Bourgeot l'a lui-même réclamée. Sans doute fut-elle du coup un peu
moins douloureuse... Il n'empêche, l'absence d'Emir Kusturica, invité-vedette de
cette édition, attendu pour l'avant-première de son film "Promets-moi", et une
rencontre le lendemain avec le public, a ressemblé fort à un subit
camouflet. Pour le public, qui espérait la plus grande star du cinéma d'auteur
européen (avec Almodovar), comme pour le festival, qui a cru au talent du
réalisateur serbe dès son premier long métrage (Te souviens-tu de Dolly Bell
? a été programmé au Cinemed en 1982) et s'est vu soudainement privé de son
plus beau levier médiatique. Et ce, dès l'ouverture !
Pourtant, hier,
Jean-François Bourgeot n'a avoué ni colère ni amertume. « Je programme 206
films, je ne vais tout de même pas m'effondrer dès le premier !, sourit-il.
Je suis juste déçu. Car je n'avais pas invité Kusturica pour qu'il se fasse
applaudir pendant un quart d'heure après son film (au passage, comment lui en
vouloir après avoir vu un film comme Promets-moi ?). J'espérais beaucoup
de la rencontre avec le public, qu'il nous parle de son art, qu'il nous dise où
il en est de son désir de cinéma. Et d'insister : je suis déçu parce que j'estime que le Cinemed est un
festival vraiment légitime pour accueillir Kusturica et l'entendre parler de
cinéma... »
À côté de Jean-François Bourgeot, Thierry Laurentin ne
cherche pas à dissimuler son embarras. Directeur des ventes et de la
programmation chez Mars Distribution (également fondateur de Big Sky, agence de
diffusion cinématographique basée à Montpellier et accessoirement ancien
directeur adjoint des cinémas Diagonal), c'est à lui qu'incombe la promotion en
province du film d'Emir Kusturica et l'organisation de sa présence. « C'est
un film que l'on montre très peu, explique-t-il, car c'est un film qui se vit très
physiquement, dans la spontanéité. Il perdrait à trop de perceptions critiques
analytiques. Qui plus est, Kusturica, c'est un nom, un auteur comme il y en a
peu dans le cinéma, qui ne doit pas être banalisé. »
Va pour le film
donc mais quid de l'homme ? On sait qu'il n'existe pas, chez nous, de clause
dans les contrats d'artiste les obligeant à assurer la promotion de leurs œuvres
(aux États-Unis, cette disposition, systématique, est incluse dans le cachet)
mais on pouvait penser qu'il attacherait quelque importance à un festival qui
l'a soutenu, déjà invité et qui a promu, plus que d'autres, le cinéma de
l'ex-Yougoslavie.
« Je lui en ai parlé en personne, il y a trois
semaines, et il m'a dit : "T'inquiète pas", raconte Thierry
Laurentin. Je l'ai eu à
nouveau au téléphone le 21 octobre et il m'a dit qu'il se faisait une joie de
venir à Montpellier avec sa femme. Mais le 23 octobre, on a appris "par la
bande" qu'il était annoncé en même temps ailleurs. On a réussi à le joindre et
il nous a répondu : "Je vais voir ce que je peux faire".
Puis plus rien.
» Totalement accro à ses bringues rock'n'roll avec le groupe No Smoking
Orchestra (pas tout à fait les Stones, cela dit), il aurait donc préféré jouer
du côté de Tunis. Bon. « Kusturica aime sa liberté, il vit dans son monde,
son village, avec sa famille, ses amis, son groupe... S'il sait être très
simple, très cool quand on le voit, il est aussi très indépendant. Mais c'est
parce qu'il est comme ça qu'il fait ce cinéma unique qu'on aime tant. »
Du
coup, prudent, Mars Distribution a calé les prochaines avant-premières de
Promets-moi la veille des concerts du No Smoking Orchestra ! « Voilà
ce que j'aurais dû faire, s'exclame Jean-François Bourgeot, le programmer
aussi en concert au Zénith ou, tiens, à Berlioz. » Il plaisante.
Jérémy BERNÈDE
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