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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Oktobre en Octobre

Par Joe el Misterioso :: mardi 30 octobre 2007 à 13:15 :: Général
Reportage

Succès pour le festival Oktobre à Montpellier

 
Le Théâtre des Treize Vents, à Montpellier, Centre dramatique national (CDN) du Languedoc-Roussillon, présente chaque année, depuis 1999, un festival de théâtre consacré aux écritures contemporaines, Oktobre. Et si, en 2006, il avait dû se tenir en une seule semaine, il a cette année retrouvé sa durée originale, deux fois quatre jours. Après les adaptations de romans (du 17 au 20 octobre), la seconde partie provient, pour la quatrième année consécutive, d'Europe de l'Est, avec en particulier Sad Songs from the Heart of Europe et son extraordinaire interprète, l'actrice lituanienne Aldona Bendoriuté (jusqu'au samedi 27).

Dans un théâtre refait à neuf, chaleureux en ce mois d'octobre ensoleillé mais frileux, il y a beaucoup de monde, preuve pour le directeur des Treize Vents, Jean-Claude Fall, qu'il y a une "explosion du théâtre", notamment à Montpellier : "Aujourd'hui, tout confondu (opéra, orchestres, théâtres...), on touche plus de 700 000 spectateurs." Pourtant, les budgets stagnent, dit-il, depuis quinze ans.

Jean-Claude Fall se réjouit que le travail d'ouverture qu'il mène au CDN depuis dix ans donne des résultats : "Nous avons un taux de fréquentation moyenne de 97 %." Il a constitué un "embryon de troupe" pour lutter contre un paradoxe : "Aujourd'hui, le seul artiste d'un théâtre est le directeur. On est passé dans les CDN de l'offre d'espaces et de moyens aux troupes à une interdiction sous-jacente d'engager des comédiens." Or, "qui invite-t-on dans les festivals internationaux ? Des troupes !". Qui dit troupe dit aussi répertoire, et certaines oeuvres sont données depuis quatre ou cinq ans. Bien sûr, la troupe des Treize Vents participe largement au festival Oktobre.

Les représentations durent rarement plus d'une heure, les lieux dispersés dans et autour du théâtre (chapiteau, salles de répétition) sont petits, le public est proche des comédiens, parfois même amené à se mêler à eux (autour d'une immense table pour Pluie d'été d'après Marguerite Duras). Impossible d'échapper à cette intimité, cette proximité du jeu, des acteurs.

Mais, si cela fonctionnait fort bien pour Roxane Borgna, somptueuse, imprévisible et follement drôle Ariane de Belle du Seigneur, d'après Albert Cohen, ou pour Thierry Gimenez, impayable Victor Baton venu de Mes amis, d'Emmanuel Bove (dans un duo parfaitement juste avec l'accordéoniste Marc Perrone), ce fut moins réussi pour Fanny Rudelle, confrontée à Enfances, de Nathalie Sarraute, trop intériorisée, trop proche de la lecture, trop statique dans de beaux éclairages.




Oktobre, Théâtre des Treize Vents, domaine de Grammont, Montpellier. Tél. : 04-67-99-25-00. Tarif unique 10,50 euros. Sur Internet :
www.theatre-13vents.com
.

Martine Silber, envoyée spéciale pour Le Monde

 

Vues sur pays de l'Est entre espoirs et désillusions.

Le festival Oktobre des écritures contemporaines baisse le rideau sur un théâtre direct et poignant

Il avait fallu le bruit des bombes, il y a peu, sur le continent européen, pendant la guerre en ex-Yougoslavie, pour ébranler l'opinion publique occidentale.La "troisième" guerre des Balkans avait valu zoom avant, zoom arrière et aux Casques bleus de débouler tous les soirs dans nos salons à l'heure de la soupe.

Aujourd'hui, dans des pays de l'Est à peine plus éloignés, point de guerre armée meurtrissant les populations dans leur chair. Mais combien de bouleversements politiques, philosophiques et économiques, internes ou imposés par la globalisation, blessant les populations dans leur âme, leur identité, leur individualité même ? Pas de fracas d'explosion, pas ou peu de sang, pas d'interventionnisme occidental pacificateur. Donc pas d'images à diffuser en prime time. Des vies défaites, des espoirs envolés, des rêves brisés, sans doute y en a-t-il assez dans nos pays douillets. Pour combien de temps encore ?

Ce sont toutes ces questions et bien d'autres que soulèvent, depuis maintenant trois ans, le festival Oktobre et sa seconde semaine consacrée au théâtre des pays de l'Est de l'Europe. On y découvre, par exemple cette année, Fuck you Eu. ro. Pa, un monologue de Nicoleta Esinencu, jeune auteur moldave, aussi griffu que des frontières barbelées au temps de la guerre froide. Inutile d'être expert en géopolitique pour mesurer tous le sens de ses propos. La trentenaire ne s'embarrasse d'aucun message caché pour décrire la perte de repères de toute sa génération, coincée entre des traces de l'ancien régime communiste encore visibles et des promesses de bien-être matériel insaisissables. La mise en scène allusive de Dag Jeanneret et l'interprétation à fleur de peau de Sarah Fourage montrent combien ce texte a dû leur remuer les tripes pour relayer l'interrogation : « Qu'y a-t-il de pire : la maladie ou les remèdes ? »

Avec Le russe sans douleur (méthode) un « cabaret dramatique, politique, linguiste et lyrique », d'Anton Kouznetsov, on abandonne la virulence et l'humour noir pour tourner le regard vers « Ailleurs l'herbe est-elle plus verte ? » Autodérisoire, ironique, mélancolique parfois, l'artiste n'en regarde pas moins son pays droit dans les yeux tout en racontant comment et pourquoi il a dû le fuir. Juste pour des menaces de mort. Un véritable sujet de JT de 20 h.

Ch. GAYRAUD

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