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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Animal Collective live

Par Joe el Misterioso :: jeudi 01 novembre 2007 à 14:16 :: Musique

Animal Collective ramène bien sa fraise.
 
Rock. Concert parisien du combo américain azimuté pour la sortie du CD «Strawberry Jam».

Philippe Azoury, Libération
     
Si Animal Collective était une peinture, on saurait. L’art brut, celui des fous, dont ils disent se sentir proches. S’il s’agissait d’une pièce, elle relèverait du Théâtre de la cruauté, leurs live, des représentations à l’asile. Et si Animal Collective se mangeait, ce serait amer, un fruit surréaliste, fourré de lames de rasoir. Mais voilà, Animal Collective fait des disques, des disques difficiles à décrire. Cela fait sept ans qu’il en va ainsi, jusqu’à aujourd’hui où le groupe américain à géométrie variable (duo ? quatuor ? entité ?) incarne plus que tout autre l’avant-garde. Comme avant eux Sonic Youth ou Aphex Twin. C’est chaque fois la même histoire : la rencontre de la pop avec la nature, la sauvagerie, le bruit, l’expérimentation. Tout ce qui va à l’encontre de l’harmonie.

Pépins. Toutefois, de l’avis général, la musique d’Animal Collective ne ressemble à nulle autre sur Terre, ni à rien d’avant eux. Toutes proportions gardées, on voudrait dire les Beatles mais avec les pépins, ou les Beach Boys avec tellement de sable dans les mains que ça en grippe la machine. Strawberry Jam, 6ème ou 7ème album (on ne sait plus, entre les albums solos de Panda Bear, admirables, les prods pour Vashti Bunyan, folkeuse quinqua de retour sur le tard, et les disques de concert avec pochettes de différentes couleurs), ne désarme pas. Si l’on reconnaît les grands disques aux désaccords qu’ils suscitent, là c’est Byzance.

Un ami que les cantines tordues d’Animal Collective jusqu’alors gavaient se dit perdu une fois encore, mais ravi – «comme dans un labyrinthe». Un autre, fan de la première heure, les délaisse en voyant la reconnaissance pointer, mais sur un bon mot : «Ça sent la déconfiture de fraises.» Il y a des deux. Strawberry Jam véhicule tant d’idées à la seconde qu’il en devient épuisant. L’aborder d’une traite est une gageure. Mais il a ses tubes, plus beaux que ceux de Sung Tongs ou de Feels, les deux précédents albums, plus pop : Fireworks, titre freaks comme à la foire, jusqu’à ce que le cheval de bois s’emballe. Cuckoo Cuckoo démolit une sonate au piano pour étudiant de solfège. Chores avance partout et nulle part. Et les voix mêlées, celle d’Avey Tare et de Panda Bear – même leurs pseudonymes sont des aventures –, hurlent comme quand on se coince un testicule dans une fermeture Eclair. Les rythmiques sont des satires de rythmes, elles sonnent maintenant comme des gifles.

Aiguilles.
On écoute cela ému, avec l’impression de s’enfoncer des aiguilles sous les ongles. C’est selon. Eux s’en foutent, live ils sont déjà ailleurs (ou pire, là encore, les avis divergent, selon l’humeur et le degré de tolérance expérimentale) : laptops, guitares, batteries, ils ne jouent quasiment que des inédits. Ce soir, à la Villette, les Animal Collective seront masqués, ou peut-être pas. De toute facon, ils ne ressemblent à rien, sinon à des mecs du Maryland qui se seraient connus en 6ème et qui continuent à semer la pagaille.

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