La perte d'un grand frère.
ENTRETIEN :
Jean-Paul Montanari, directeur du festival
Montpellier-Danse, voit dans la disparition de Maurice Béjart le départ d'un
grand frère... « Nous avons vingt ans d'écart et quelque chose de fort nous
liait bien au-delà de nos relations professionnelles. Nous avons tous les deux
perdu un proche à cause du Sida. Dominique Bagouet en ce qui me concerne, Jorge
Donn pour lui. Et nous nous parlions de nos vies de façon très personnelle...
» Un lien très fort et depuis 1994, l'année de la première venue de Maurice
Béjart à Montpellier, une évidente fidélité et complicité entre les deux
hommes.
« Je n'ai pourtant pas compris tout de suite
que c'était lui qui avait été mon déclencheur. Celui qui a fait ma vocation à
m'occuper de la danse. Alors que j'en suis un admirateur depuis la fin des années 60, quand
j'ai rencontré sa danse à Avignon. C'est l'humanité entière qu'il nous
présentait. C'est un homme qui se laissait volontiers traverser par toutes les
cultures et toutes les mystiques. Aujourd'hui il est évident pour moi qu'il est
l'inventeur social de la danse contemporaine française. Il est un pionnier, un
fondateur qui a su fédérer plusieurs générations autour du désir et de la
danse... » Les souvenirs sont nombreux, mais spontanément Jean-Paul Montanari
évoque cette intervention fameuse de 94. « Il était là, place de la Comédie, un
micro à la main, pour dire des poèmes de René Char. C'était un grand moment.
Intime avec six mille personnes... En mars dernier, il a tenu à accompagner la
représentation de "Zarathoustra". Il était là, à l'opéra Berlioz, et il a salué
le public. Sa dernière ovation à Montpellier... » En revanche, n'attendez pas de
Jean-Paul Montanari un hommage particulier pour la prochaine édition de
Montpellier-Danse. Il n'aime pas trop le procédé.
Mais le hasard de la programmation fait
parfois bien les choses. Le ballet de l'Opéra de Paris, qu'on n'avait pas vu à
Montpellier depuis des lustres, sera là en février 2008. Pour une série de
représentations d'une des oeuvres maîtresses du chorégraphe disparu, Le Boléro.
La danse, art de l'éphémère par excellence, a
aussi ses jalons inusables.
J.-F. B.
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