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Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone:
cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos.
Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.
Fierté. Que sait-on de Burial, au juste ? Deux albums impressionnants en même pas six mois. C’est tout. Presque pas d’interviews (des trucs laconiques pour le blog de Kode 9, musicien et boss de son label Hyperdub). Et, surtout, aucune photo. Le garçon a renoncé au dernier moment à concéder une session pour la couverture du magazine anglais The Wire. Son image, ce sont ses sons. Il jure ne savoir faire que ça : tailler dans la matière en studio, nuit après nuit. Alors tant pis pour les Anglais qui voient, depuis un an, Burial comme «la meilleure chose qui soit arrivé à l’électronique depuis Aphex Twin», et le dubstep comme une nouvelle fierté nationale.
Le genre, essentiellement britannique, vient venger à la fois les cocus de la jungle, d’une electronica (celle de Pole ou Monolake) tombée dans la redite, des raves en hangar, et les adeptes du grime, dérivé garage de la jungle uniquement prisé en Albion. Mais les soirées grime, trop blacks pour les autorités, ont été tuées dans l’œuf. Et les premiers contrats signés à prix d’or ont immédiatement bousillé l’âme du mouvement. Le cadavre était encore chaud quand, en 2005, Kode 9 et Digital Mystikz se sont mis à concevoir cette hypothèse de dub à la lisière de la techno (le dubstep est une question de son, pas de rythme : atmosphérique ou hardcore, il se décline) et parsemé de voix toastées. Les enfants de Lee Perry et de Maurizio. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, dans sa boutique Hardwax à Berlin, Maurizio a décidé de défendre le dubstep, davantage que la minimal allemande : avec son projet Rythm & Sound, il en était le père blanc.
Dureté. Or le dubstep est blanc, pour le moment (sauf les toasters : Paul St Hilaire, Spaceape) et problématiquement masculin (presque pas une fille sous la capuche!). Blanc et anonyme, comme son pape absent : Burial. Mais la puissance du garçon tient au fait qu’en dépit d’un anonymat qui rappelle l’authenticité des parrains techno, sa musique n’a pas perdu pour autant son caractère social. Bien que ses morceaux soient pour la plupart atmosphériques, semi-instrumentaux, ils disent parfaitement ce qu’est l’Angleterre d’aujourd’hui, sa dureté rentrée.
Si Burial incarne une relève, ce serait celle de The Streets, voire des Specials. Un des plus beaux titres d’Untrue ne s’appelle pas pour rien In McDonalds . Et tout ça sans faire chanter autre chose que des sirènes. Des vocaux étranges, androgynes, irritants à la première écoute, qui se révèlent être les attaches d’une écriture toute construite par tessitures de basses et beat secs. Car, très vite, ces voix s’évaporent, ne forment pas des phrases, mais se glissent là en séquences, qui déjà s’éteignent. Burial a une si étrange façon de faire mourir un beat, là en plein morceau…
Inépuisable. Le dubstep a donc son héros malade, et déjà son chef-d’œuvre, ce Untrue inépuisable. En trois années, le genre a grossi : il affiche ses petits maîtres, ses seconds couteaux (Skream, Cult of the 13 hour), ses labels (Tempa, Hyperdub). Kode 9, qui a porté toute l’histoire sur ses seules épaules, théorisant sur son blog, montant soirées, label, produisant des tubes (Dig , sur la compil soul-jazz Box of dub volume 2 : une bombe) risque de se faire tondre la laine sur le dos. Car juste derrière Burial, on voit surtout émerger Shackleton (et son compère Appleblim), un Londonien qui pourrait venir du Pakistan tant ses rythmiques s’enracinent en Orient avant qu’il ne les passe ensuite au filtre amaigrissant techno. Son label, Skull disco, a sorti huit maxis (réunis en un double cd ultrarecommandé), dont un Apocalypse Mix de dix-huit minutes de Blood in my Hands, confié au pape chilien de la minimal techno Ricardo Villalobos : du Coppola sur vinyle (and i see the tower fall… fall..), une plongée en apnée au cœur des ténèbres. Terrifiant et splendide : le titre expérimental que tout le monde joue, de Berlin à Ibiza !
Autre signe d’ouverture, Shackleton a signé un remix imparable pour les Justice anglais, Siman Mobile Disco. Quant à Burial, il a concédé une première ouverture vers un autre monde que le sien en remixant Bloc Party. C’est son fan n°1, Thom Yorke, qui doit être vert. En quelques semaines, la révolution dubstep vient de gagner ses premières positions.