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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Neil Young live

Par Joe el Misterioso :: vendredi 15 février 2008 à 16:01 :: Musique

Critique.

Les deux visages de Neil Young.

Difficile d'imaginer que l'homme qui vient d'offrir près de deux heures et demie de musique si intense sur la scène du Grand Rex, jeudi 14 février, a manqué de succomber à une rupture d'anévrisme en 2005. On sort ébloui, groggy, du premier des deux concerts que donne Neil Young dans le théâtre cinéma-parisien, uniques étapes françaises de sa mini-tournée européenne intitulée Continental Tour. Peu d'artistes de cette génération (62 ans en ce qui le concerne) sont capables de prendre autant de risques et de remettre leur titre en jeu devant un public qui se renouvelle à chacun de ses passages.

Au Grand Rex, le Canadien a rassemblé les deux faces de sa personnalité (la voix féminine et fêlée de la prairie canadienne et du Laurey Canyon californien, mais aussi le terroriste sonique dont le mouvement grunge a fait son parrain). Cette dualité quasi schizophrénique (Neil Young seul et paisible, puis accompagné et furieux) ramène exactement à un de ses chefs-d'oeuvre, l'album Rust Never Sleeps, qui, en pleine tornade punk (1978), lui avait permis d'échapper au cimetière des vieux hippies.

RUADES ÉLECTRIQUES

Elle fait aussi écho à l'esthétique d'un dernier album, le très réussi Chrome Dreams II, où Neil Young varie les styles et les humeurs, de la ballade rustique au larsen maîtrisé. Une impression d'inventaire renforcée par l'aspect composite du trio qui l'accompagne : Ben Keith (pedal steel, claviers, guitares) était membre des Stray Gators, qui ont enregistré Harvest (1972) ; le bassiste Rick Rosas a participé à l'héroïque tournée Bluenotes de 1988. Quant au batteur Ralph Molina, il est le seul rescapé du groupe historique de Neil Young, Crazy Horse, avec ses fûts toujours surmontés d'un drapeau pirate.

Place d'abord aux ballades. Sept guitares et un banjo sont disposés en cercle sur une scène qui a envahi toute la profondeur en absorbant les coulisses. Elle tient à la fois du studio de répétition, de l'atelier d'artistes et du joyeux foutoir avec ses lettres de chrome cloutées et sa statue d'Indien en bois brut. Dès From Hank To Hendrix, la voix immaculée, l'harmonica et la guitare affirment leur présence, captivent tous les sens. Et le choix du répertoire contente tout le monde : trois titres d'Harvest, mais aussi des raretés (Ambulance Blues ou Journey Through The Past, jouée sur un piano de bastringue, prétexte à une évocation de sa grand-mère qui travaillait à l'entrée d'une mine de cuivre au Canada et recensait ceux qui n'étaient jamais remontés).

Après l'entracte, la charge est sonnée. Sous des lumières rouges et jaunes, le guitar hero se lance dans des ruades électriques, fait hurler et grésiller sa Gibson, défie le temps qui passe. No Hidden Path, récente chanson, devient un morceau de bravoure de près d'une demi-heure. Le folksinger sensible s'est métamorphosé en cavalier de l'Apocalypse.


Prochain concert : vendredi 15 février au Grand Rex (complet).

Bruno Lesprit, Le Monde

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