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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Silver Mt. Zion news

Par Joe el Misterioso :: mardi 11 mars 2008 à 07:26 :: Musique

Silver Mt. Zion à cordes et à cris.

Postrock.

Le groupe canadien, militant et atypique, sort un cinquième album.
 
Recueilli par SOPHIAN FANEN, Libération : mardi 11 mars 2008
 
Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band. 13 Blues for Thirteen Moons (Constellation/Differ-ant).
 
Fin 2000 à Montréal, Godspeed You ! Black Emperor vient de sortir son manifeste sonore, Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven. Le rock instrumental renoue avec la tension progressive des années 70 en y mêlant des nappes de cordes mélancoliques. Le groupe explose, la musique de la métropole québécoise se retrouve sous les projecteurs mondiaux, et Constellation, le label de Godspeed, vend des centaines de ses disques aux pochettes jusque-là collées à la main. Mais Godspeed attaque déjà son dernier acte, les musiciens sont vite lassés du message politique qu’on veut leur faire porter.
 
Poussés par le guitariste Efrim Menuck, discret meneur perpétuellement caché derrière ses longs cheveux et sa barbe, une partie du groupe se replie vers un projet parallèle : A Silver Mt. Zion. Une respiration pensée sans lendemain, pour faire plaisir à Menuck, qui veut y expérimenter une musique moins cadrée et… parler de la mort de sa chienne. Finalement, parvenu au bout de sa démarche musicale, Godspeed est mis entre parenthèses après un dernier album furieux en 2002, et c’est Silver Mt. Zion qui prend la relève. Instrumental à ses débuts, le groupe se met à chanter et à produire un lent blues folk scandé, prostré devant un mur de son au sens dramatique prononcé. «Plus d’action, moins de larmes» devient le mot d’ordre.
 
Devenu Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band, le collectif sort cette semaine un cinquième album : 13 Blues for Thirteen Moons. Quatre longues pièces chapitrées qui prolongent le durcissement sonore entamé depuis quelque temps et laissent parler les mots, là où les guitares s’exprimaient auparavant. Rencontre avec Efrim Menuck, porte-parole d’un groupe militant et atypique. Thee Silver Mt. Zion a-t-il définitivement pris la place de Godspeed ? Oui, de fait. Godspeed c’était trop de frustration accumulée, un groupe de dix personnes, des concerts complexes. Et puis la réputation du groupe était bien plus grosse qu’il n’était en réalité. Nous étions militants, pas politiques ; au fur et à mesure, il est devenu impossible de modifier l’image que le monde avait de nous. Godspeed n’était pas un porte-drapeau. Nous avions aussi envie d’une musique moins méthodologique, qui laisse davantage de place au hasard et à l’improvisation. Les morceaux de Godspeed étaient très écrits et figés. Silver Mt. Zion est un territoire d’expérimentation permanente. Pour cet album par exemple, nous avons développé les morceaux sur scène avant de les enregistrer. Ce qui a fait naître cette écriture plus directement rock ? Sans doute, mais il y a eu d’autres choses. On a joué avec Patti Smith [en octobre, au festival Pop Montréal, ndlr], puis travaillé avec Vic Chesnutt sur son dernier album et une tournée.
 
Ces expériences nous ont soudé en tant que groupe scénique, alors qu’au départ Silver Mt. Zion était un projet studio. Musicalement, ça change beaucoup de choses. Est-ce ce processus qui, d’album en album, a accentué la place du chant ? Ça, c’est ma partie, et ce disque est plus important que les autres pour moi de ce côté-là. Il est plus dur parce que 2006 et 2007 ont été des années difficiles, pour des raisons personnelles. J’étais très triste et en colère, ce qui ressort forcément. Une impression diffuse traverse les textes, comme une connexion avec le folk et le blues de la dépression américaine des années 1920-1930. C’est une inspiration ? Complètement, il y a du Bessie Smith et du Blind Willie Johnson dans les chansons. Mais aussi quelque chose des premiers albums des Yardbirds, ce blues britannique nerveux, dans le morceau 13 Blues for Thirteen Moons. 1 000 000 Died to Make This Sound est pour sa part directement dédié à tous les musiciens itinérants d’Amérique du Nord, ceux qui expliquaient les problèmes à la population. On essaie de s’inscrire dans cette tradition.
 
C’est votre côté politique ? Ce n’est pas tant de la politique que la vie de tous les jours : la pauvreté, la guerre qu’on ne veut pas, l’aliénation par le travail, les délires bancaires… Ce sont des enjeux sociaux qui ne sont pas assez pris en compte au Canada. J’ai quitté mes parents à 17 ans et pendant trois ans j’avais nulle part où dormir, pas de boulot. La pauvreté est un combat au quotidien.
 
Constellation, label échappé. La maison de disques culte de Montréal continue d’œuvrer à part. S La maison de disques montréalaise Constellation a fêté ses dix ans l’an dernier, avec la discrétion qui la caractérise. Ce qui n’empêche pas de se poser quelques questions sur l’avenir de cette forteresse anachronique, qui, avec ses belles pochettes cartonnées, ses vinyles 180 g (format de luxe) et des albums numériques lâchés à contrecœur, poursuit sa route au milieu du flou intégral qu’est le monde de la musique en 2008.
 
Efrim Menuck : «Constellation n’a pas vraiment changé. Nous sommes toujours une communauté soudée, avec pour seul principe de réinvestir l’argent gagné. Ce qui passe par le financement de notre studio d’enregistrement et la production de groupe locaux.» Une décision a tout de même marqué une réelle rupture ces deux dernières années : Constellation a signé des artistes hors Canada, des Américains. La rockeuse féministe Carla Bozulich, puis le chanteur folk Vic Chesnutt. Et loin du faste des années Godspeed You ! Black Emperor, des noms comme Do Make Say Think (postrock instrumental), Sandro Perri (auteur du beau disque folk Tiny Mirrors en 2007) et Black Ox Orkestar (jazz klezmer) trouvent une visibilité plus large et rompent avec l’enfermement de Constellation dans le rock progressif grandiloquent. La suite ? «On croit au format physique, affirme Efrim Menuck, serein.
 
Ceux qui aiment la musique ne seront jamais heureux avec 3 000 albums dans leur disque dur.»

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