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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Printemps de Bourges

Par Joe el Misterioso :: vendredi 18 avril 2008 à 07:30 :: Musique

Cali soulève le Printemps de Bourges.

Au moment de passer à l'acte, Cali annonce la couleur : rouge. Poings levés, il y a de la manif dans l'air. Le Phénix, grand chapiteau du Printemps de Bourges, accueille le 17 avril au soir près de  6000 spectateurs, cela fait une bonne base pour commencer les hostilités.

Chemise noire, mèche en bataille, le chanteur de Perpignan attaque par Mille cœurs debout, "Nous serons tous ensemble", etc. Au quart de tour, les gradins se lèvent et voilà le public berruyer embarqué dans une aventure où la guerre d'Espagne sert de terreau à la solidarité avec Baba Traoré, le jeune Malien qui s'est noyé à Joinville-le-Pont le 4 avril en tentant d'échapper à un contrôle de police.

Cali court comme un chat, il sillonne la scène, s'y couche, s'y agenouille, quand il ne la quitte pas pour prendre un bain de foule, départ à pied micro en main, retour à l'aveuglette, porté par des épaules amies, puis allongé, nageant une drôle de brasse sur la marée humaine.

Transposer l'intimité d'un album sur la scène n'est pas un problème pour ce grand brun à la voix en cassure. Tout lui sert, parce qu'il possède une énergie extravagante, et il actualise. Les lycéens sont dans la rue, Cali leur dédie sa chanson L'Espoir, contenue dans le disque du même nom sorti ce printemps.

Il soutient les caissières de Carrefour plutôt que leurs PDG aux parachutes dorés, préfère la compagnie de Ségolène Royal (présente la veille à Paris, pour son concert du Zénith) à celle des membres du gouvernement de Nicolas Sarkozy (Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication en visite au Printemps de Bourges).

Cali est une déferlante. Il embarque une jeune fille du public, l'enlace en chantant Sophie Calle N° 108 – une lettre imaginaire qu'il a ajoutée à Prenez soin de vous, la série de textes sur la rupture amoureuse recensée par l'artiste Sophie Calle pour son exposition, actuellement présentée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris. La trompette joue façon Aranjuez, il y a des sons de charrango sud-américain.

Boîte de nuit éphémère La salle déchaînée a repris en cœur le "la la la" d'Elle m'a dit, tube précédent, comme elle criera à tue-tête vers la fin du récital le fameux C'est quand le bonheur. Richard Kolinka, ex-batteur de Téléphone, qui accompagne cette nouvelle tournée de Cali, jette élégamment ses baguettes par-dessus bord tout en appliquant à la hache les règles du rock binaire. Au final, Cali ouvre une boîte de nuit éphémère, dix minutes de Dolorosa en néo-disco, tendance house music. Et il en reste encore qui rechignent à quitter les lieux.

Le public du Phénix vient de passer cinq heures à écouter de la musique sous chapiteau, c'est vertueux. A 19 heures, Moriarty, puis Yael Naïm et ses millions de téléchargement de la chanson New Soul. Et avant Cali, vedette du soir, Thomas Dutronc qui, jusqu'en 2007, était un secret partagé par les amateurs de jazz.

De sa filiation avec Françoise Hardy (maman) et Jacques Dutronc (papa), il était peu question lorsqu'il jouait de la guitare auprès de Romane ou Biréli Lagrène, ou qu'il passait quasi incognito avec le trio AJT au club de jazz Le Houdon. Puis vint un disque, publié sous son nom, Comme un Manouche sans guitare (ULM/Universal Music).

Sur cet album moitié instrumental façon swing manouche et moitié chanson, Thomas assume clairement sa filiation avec Jacques. Voix proche, fantaisie des textes tout aussi proche. Le tout plutôt bien troussé, plaisant.

Mais à la scène, ce jeudi soir à Bourges, toute la finesse est restée en coulisses. Thomas Dutronc en fait trop, dans le mimétisme vocal et gestuel, dans le recours à la dérision lors d'intermèdes inutiles et peu originaux (un coup sur les patrons, un coup sur Carla Bruni), dans une manière frontale d'aborder la musique, à vive allure à la moindre occasion. Le swing en prend un coup.

Reste un moment de grâce, durant une reprise d'airs des Triplettes de Belleville, le film d'animation de Sylvain Chomet. Ça vole, ça virevolte… et malheureusement ça s'enlise dans une variation disco pataude. En espérant qu'il s'agit là d'un accident de parcours, d'un emportement face à une salle imposante, plus que d'une volonté ferme de Thomas Dutronc.

Véronique Mortaigne et Sylvain Siclier, Le Monde

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Commentaires

Le mercredi 18 juin 2008 à 00:14, par orchestre jazz tarbes
Cali est un vrai phénomène, inénarrable !

Bel article ;)

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