De Valparaiso à Montpellier...
Non, ce n'est pas une parodie de la chanson de Beatles qui commence un peu comme ça, et Tchernobyl c'était quelques années plus tard... c'est seulement que le 26 avril 1978 c'est le jour où le sieur Jorge Herrero, aka Joe, el Misterioso a quitté son pays, le Chili...
Et j'avoue que ça me fait tout bizarre de penser à tous ces années ici (sans compter ceux que j'ai vécu là-bas) des années qui m'ont filée entre les doigts et les pattes, avec des hauts et des bas, quelque centaines des concerts et milliers des chansons écoutées, des hectolitres de bière, etc... la vie toute en somme.
Et puis non, je ne suis jamais retourné au Chili depuis ce temps-là... d'abord je ne pouvais pas, asile politique oblige, puis une fois que j'ai eu la nationalité, j'avais pas trop d'argent et aussi d'autres priorités, puis maintenant je n'ai plus trop envie... tout simplement.
Une fois que l'on a tourné la page, je suppose que c'est trop tard... de toute façon, plus que chilien, je me sens plutôt lié à Valparaiso, où je suis né, de même qu'ici, et bien que j'ai la nationalité française depuis 1985 (eh oui) je me sens pas spécialement français, mais je suis quand même lié à Montpellier, ma ville d'adoption... voilà...
En tout cas, heureux d'être ici, parmi vous les oiseaux, vous avez un beau pays, mise à part une extrême droite qui se porte très (trop) bien, mais je ne pense pas qu'un Pinochet verra sa chance ici... avec un ça m'a suffit largement pour le restant de mes jours.
Triste anniversaire... pas
vraiment...
D'ailleurs ça fait longtemps que j'ai fait le deuil sur mon passé.
Reste qu'à chaque année j'ai une petite pensée émue pour le personnage que
j'étais, tout maigrichon (58 kilos) la tête emplie de rêves et ma vie réduite à
une valise avec 20 kilos de bouquins, fringues et autres conneries qui me
pendait au bras. Le poids du passé...
Je me vois encore, très tôt ce matin-là, descendant à toute vitesse les silencieuses ruelles
de mon quartier, sans savoir que c'était peut être la dernière fois que je les
parcourais...
En tout cas, et pour ajouter un peu, surtout pour ne pas me
la jouer trop cool, je dirais qu'il y a des gens qui ont laissé leur peau au
sens propre du terme, autrement dit qu'ils sont morts, faisant partie de cette
triste cohorte des "desaparecidos" une façon polie (?) de dire = torturés à
mort, ou tués tout simplement et sans procès, puis ensevelis quelque part et
déclarés disparus.
Puis il y a aussi ceux partis à temps, en septembre 1973,
tout juste après le coup d'état car ils risquaient leur vie, arrivés dans un
autre pays, à demander l'asile politique, apprendre la langue puis se trouver un
job. Hélas beaucoup on vécu tout ça comme une parenthèse dans leur vie, et ont continué à vivre comme des chiliens, malgré l'exile et ne
souhaitant qu'une chose = retourner au pays.
Puis lorsque le rêve c'est enfin accompli = le dictateur est
tombé en 1991 et l'on peut rentrer au pays, le poil plus gris, la mine souriante et les quelques
larmichettes de rigueur... mais, la vie a continué là-bas sans eux, 18 ans ont passé et le
pays de cocagne n'est plus ce qu'il était... et l'on se sent étranger dans son
propre pays, et en plus l'on a jamais pris la peine de bien s'intégrer dans
celui d'adoption.
Histoire vraie, les amis... alors moi retourner en touriste français... aucune
idée, c'est possible, why not, faut compter 17 heures de vol (en gros) les
saisons sont à l'envers (l'été commence le 21 décembre)...
Peut être pour mes vieux jours, plus vieux qu'actuellement je
veux dire, voilà quoi..
See you et merci pour tout.
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