Iggy Pop et les Stooges,
rockers inoxydables
Stéphane Davet, Le
Monde
Corbis Outline
Iggy
Pop, le chanteur des Stooges
Beaucoup de téléspectateurs
français ont dû récemment se demander quel était ce papy musculeux qui, au saut
du lit, hurlait au téléphone "Je veux être ton chien" ("I wanna be your dog")
dans une publicité pour l'opérateur de téléphonie mobile SFR. Les rockers, eux,
ont dû se pincer en voyant Iggy Pop, 59 ans, une de leurs icônes, se faire
réveiller et raccrocher au nez par un quidam téléchargeant sa
musique.
Choqués ou réjouis de voir un héros de l'extrémisme rock en
vedette d'une campagne grand public, les fans auront noté une erreur sur l'écran
du portable que vante la pub : la chanson n'est pas tirée d'un disque d'Iggy
Pop, mais du premier album des Stooges. Ce groupe sauvage, formé à Ann Harbor
(Michigan), près de Detroit, par James Osterberg, alias Iggy Pop, Ron Asheton
(guitare), Scott Asheton (batterie) et Dave Alexander (basse), a publié en 1969
son premier opus, The Stooges, puis, en 1970, l'époustouflant Fun House (1970)
qui posaient les canons d'une radicalité, mère de tous les courants les plus
durs (heavy metal, punk, hardcore) du rock.
En 2003, trente ans après
leur séparation, les Stooges se reformaient sous l'impulsion du chanteur et des
frères Asheton qui, quelques mois avant, avaient tenté quelques concerts - ratés
- sans Iggy (notamment aux Transmusicales de Rennes). Le 8 mai, la bande
débarque au Zénith de Paris, où elle avait déjà ravivé sa légende en juillet
2004, avant d'écumer plusieurs festivals français pendant l'été
2005.
On retournera voir les
Stooges sans hésiter, tant avait impressionné leur aptitude à retrouver leur
tranchant primitif. Certes, Scott et Ron Asheton ont pris des allures de motards
obèses. Mais accompagnés d'un nouveau bassiste, Mike Watt (ex-Minutemen), et du
saxophoniste originel, Steve Mackay, les frangins matraquent les riffs vicieux
et les frappes psychotiques qui stylisaient, dès les débuts du groupe, blues
blanc et hédonisme trash.
UN BLOC D'ÉNERGIE
BRUTE
Iggy, lui, est resté une
liane de muscles. Après avoir survécu à tous les excès, il est devenu une des
attractions les plus courues du grand cirque rock. Malgré les cicatrices - dont
une blessure mal soignée à la hanche qui semble accentuer sa cambrure -,
l'animal dégage une énergie volcanique et continue d'incarner les extases et les
dangers de cette musique.
"Iggy a arrêté les drogues
il y a des années et il ne fume plus, explique son tourneur français Alain
Lahana. Il ne fait plus de longue tournée. Il se concentre sur des festivals et
des dates isolées pour se donner à fond à chaque concert." La reformation des
Stooges semble avoir encore dopé cette vitalité. "Ils sont comme une bande de
gosses, confie Lahana. Mais le jour du concert, Iggy ne mange pas, ne dit pas un
mot avant d'entrer en scène. Il se prépare pour être un bloc d'énergie brute,
comme s'il jouait sa peau."
Renouées à l'occasion de
l'enregistrement d'un album solo du chanteur, Skull Ring, les relations entre
Iggy et les frères Asheton répondent aussi à l'air du temps. Car, dans les
années 2000, le rock a retrouvé des couleurs. Et comme à chaque fois que les
guitares se font plus urgentes, on évoque les mânes du gang d'Ann
Harbor.
Pour les jeunes militants
de ce retour de la fée électricité, en particulier pour les White Stripes de
Jack White, originaires également du Michigan, le groupe d'Iggy Pop est un
idéal. Une admiration que les Stooges font fructifier : un concert du groupe est
facturé le double de ce que coûtait récemment le chanteur en
solo.
"Le rock est redevenu
tendance, estime Vincent Léorat, directeur général adjoint de Publicis,
responsable de la campagne publicitaire de SFR, et Iggy Pop est un des rares qui
incarne le mythe de cette musique avec intégrité. Une petite étude de notoriété
nous a montré que, si les gens n'achetaient pas toujours ses disques, ils
connaissaient le personnage." Les téléchargements de son back catalogue auraient
augmenté depuis la diffusion de la pub. Et un film retraçant sa vie devrait
sortir en 2007, avec l'acteur Elijah Wood (le Frodon du Seigneur des anneaux)
dans le rôle d'Iggy Pop.
Prochaine étape de cette
reformation, l'enregistrement d'un album, déjà bien avancé. Produit par Steve
Albini (Pixies, Nirvana) et Jack White, le disque devrait sortir en 2007. "Nous
avons beaucoup expérimenté, confiait récemment Iggy Pop au magazine Billboard.
Nous nous retrouvions tous les deux, trois mois pour bosser nos trucs pendant
quatre, cinq jours. Petit à petit, nous nous sommes mis à de plus en plus nous
ressembler."
Iggy Pop & The Stooges au Zénith, 211, avenue
Jean-Jaurès, Paris-19e. Mo Porte-de-Pantin. Tél. : 01-44-52-54-56. Lundi 8 mai,
à 19 h 30. 42 euros.
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