L'équipée sauvage des Red
Hot Chili Peppers
Stéphane Davet, Le
Monde
Si une telle clameur s'élève de l'arène de Bercy pour
accueillir, le 8 juin, les Red Hot Chili Peppers, c'est qu'en plus de vingt ans
d'existence le quatuor californien a su enrichir son orgie de rythmes d'une
palette d'émotions capable de fédérer les quadras comme les moins de vingt ans.
Acteur majeur de cette évolution, le guitariste John Frusciante se singularise,
sur scène, de son trio de camarades.
Au chant, à la basse et à la
batterie, Anthony Kiedis, Flea et Chad Smith aiment faire bondir leurs corps
d'athlètes tatoués. En les regardant danser, on se souvient d'un groupe voué, à
ses débuts, à l'extase hédoniste. En quête d'adrénaline, leur musique
additionnait l'euphorie du rock, du rap et du funk. Leur guitariste s'appelait
alors Hillel Slovak, mort en 1988 d'une surdose d'héroïne.
Son remplaçant, John
Frusciante, n'a pas la carrure d'un surfeur. Quand les autres exhibent leurs
muscles, ce barbu christique cache ses bras (marqués de cicatrices de brûlures)
sous une chemise de bûcheron, tel un gringalet grunge égaré au milieu des
frimeurs d'Hollywood. Ce New-Yorkais d'origine tournoie, s'écartèle, se laisse
habiter par sa guitare.
HARMONIES
NEURASTHÉNIQUES
A la fin des années 1980,
et surtout à partir de BloodSugarSexMagic (1991), premier vrai triomphe des Red
Hot, Frusciante a introduit de la fragilité dans l'art festif du groupe. Dans
les premiers disques du groupe, la basse jouait un rôle moteur. A Paris ou dans
le dernier (double) album du quatuor, Stadium Arcadium, le guitariste tient une
place plus centrale.
Devant quatre écrans vidéo mobiles et un mur de lumière,
son registre passe d'un groove aigu à des solos acid rock dignes du début des
années 1970, d'une mélodie pop à des harmonies neurasthéniques, écho de R.E.M.,
du blues ou de ses propres dépressions (de 1992 à 1997, John Frusciante avait
quitté le groupe pour cause de mal-être).
Bien sûr, Flea peut encore matraquer sa basse en virtuose,
Anthony mitrailler un rap frénétique, mais ce sont les fêlures du guitariste qui
attirent ses camarades vers plus de mystère (Flea jouant de sa basse comme d'une
guitare acoustique, Anthony chantant sa désillusion) dans des chansons comme
Otherside, Scar Tissue, Californication ou des titres récents comme Snow (Hey Oh
!) ou Dani California. A un moment, tous se retirent même pour laisser
Frusciante chanter une reprise de Simon & Garfunkel, For Emily, Whenever I
May Find Her, qui révèle l'émotion déchirante de sa voix.
Un problème technique perturbera le guitariste presque
jusqu'à la crise de nerfs. Mais l'équipée sauvage en repartira d'autant plus
soudée. Jusqu'à l'apothéose finale, enchaînant ballade (Under the Bridge) et
hymne charnel (Give it Away).
A Paris, au Palais omnisports de
Bercy, le 9 juin (complet)
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