Quand CBS avait montré par inadvertance le sein de Janet
Jackson, lors de la finale du championnat de football américain, en 2004, son
actionnaire Viacom avait dû payer 550 000 dollars d'amende. L'addition sera
nettement plus sévère désormais. Mercredi 7 juin, la Chambre des représentants a
voté une loi, le Broadcast Decency Enforcement Act, qui multiplie par dix le
montant des amendes en cas de diffusion d'images ou de paroles jugées
indécentes.
Auparavant adopté à l'unanimité par le Sénat, le texte est
passé à une très large majorité de 379 voix contre 35. Rarement d'accord,
républicains et démocrates se sont entendus pour défendre une mesure populaire
dans une grande partie des Etats-Unis, à quelques mois d'une importante échéance
électorale. Le président George Bush s'est aussitôt félicité d'un vote qui
"renforce les familles".
Chaque station pourra être condamnée à une somme maximale de
325 000 dollars par infraction contre 32 500 dollars précédemment. Dans le
système audiovisuel américain, les grandes chaînes sont distribuées par des
stations locales qui leur appartiennent ou qui leur sont affiliées par contrat.
En février, une centaine de stations CBS ayant diffusé un épisode de la série
"Without a trace" ("Portés disparus") mettant en scène une orgie d'adolescents
ont été condamnées à payer chacune 32 500 dollars, soit au total une amende
record de plus de 3,3 millions de dollars.
LE POIDS DES CHRÉTIENS
CONSERVATEURS
La loi interdit aux chaînes hertziennes et aux radios de
programmer des émissions indécentes ou comportant des grossièretés entre 6 et 22
heures. La violence n'est pas soumise à des restrictions, mais la Commission
fédérale des communications (FCC) prépare un rapport sur la question. Pendant
longtemps, les amendes se sont principalement appliquées à la radio - ce qui a
décidé l'animateur Howard Stern à partir dire ses obscénités sur la radio
numérique Sirius, qui n'est pas soumise à la tutelle de la FCC. Mais "l'incident
de garde-robe" de Janet Jackson a provoqué un tollé qu'ont largement exploité
les mouvements chrétiens conservateurs, bien représentés à la Maison Blanche et
au Congrès.
Le plus influent est le Parents Television Council (PTC), qui
a clamé victoire après le vote - alors que cette association conservatrice
réclamait des amendes beaucoup plus lourdes. Sur son site Internet
(parentstv.org), injures et scènes à connotations sexuelles sont disséquées et
même... montrées sous forme d'extraits vidéos. Un avertissement prévient les
parents que l'extrait contient des passages suggestifs. Ils sont ensuite invités
à envoyer une lettre de protestation par courrier électronique à la FCC. Le PTC
fournit également les coordonnées des sénateurs et des représentants par
circonscription, et la liste de tous les sponsors des émissions
incriminées.
Sous la pression de ces organisations, le nombre de plaintes
a fortement progressé, passant d'une centaine en 2000 (pour un montant total
d'amendes de 48 000 dollars) à 1,4 million de plaintes en 2004 (8 millions de
dollars d'amendes), avant de régresser en 2005. Les quatre principaux réseaux de
télévision (ABC, CBS, Fox et NBC) ont décidé d'attaquer en justice certaines
décisions de la FCC. Son président, Kevin Martin - ancien conseiller de la
Maison Blanche - a dévoilé son prochain objectif : "permettre aux parents de
choisir les programmes qui arrivent dans leurs foyers". M. Martin veut permettre
aux consommateurs de refuser certaines chaînes du câble dont le contenu échappe
au contrôle de la FCC.