Daft Punk, fastueux
crescendo électro
Stéphane Davet à
Belfort, envoyé spécial pour Le Monde
A 2 heures et demie du
matin, l'immense pelouse qui s'étend au pied de la grande scène des Eurockéennes
est encore noire de 30 000 personnes.
Le 30 juin, la journée
d'ouverture de la dix-huitième édition du festival belfortain, qui se terminera
le 2 juillet, a jusque-là déroulé des concerts d'une excitation assez routinière
(Anaïs, Deftones, Arctic Monkeys, The Strokes). Mais on pressent qu'un événement
se prépare derrière le grand rideau sombre. Daft Punk vient de lancer sa
première tournée mondiale depuis près de dix ans. Et ce concert est leur seule
date française.
Le duo formé par les Français Thomas Bangalter et
Guy-Manuel de Homem-Christo (Le Monde du 30 juin) a longtemps fait de la
surprise un mode de fonctionnement. Dans les deux premiers albums (Homework et
Discovery), la découverte de leur musique s'accompagnait nécessairement de
l'étonnement de nouveaux sons et images, mettant en scène leur anonymat via la
naissance d'alter ego cybernétiques. Cette course à la sensation, doublée d'un
don pour les défoulements extatiques, en avait fait des stars internationales de
la génération house et techno.
En 2005, un troisième album
(Human After All) mettait en sourdine cette quête de spectaculaire et décevait
en conséquence. Leur retour sur scène correspond à une remise à niveau de leur
capacité de surprendre.
A la tombée du rideau
apparaît une pyramide, au sommet soulevé comme un chapeau. Retentissent soudain
les cinq notes qui, dans le film Rencontres du troisième type, servaient à
dialoguer avec les extra-terrestres. Sanglés de cuir, coiffés de casques
intégraux futuristes, les Daft prennent alors les commandes en haut du
monument.
TENDUS VERS
L'EFFICACITÉ
Ce ne sont encore que des
contre-plongées de lumières blanches et des lignes blafardes, projetées au son
du mot "robot" épelé au Vocoder, mais la limpidité de la puissance numérique et
la cohérence graphique impressionnent déjà.
Tout n'ira ensuite que
crescendo. Certes, on retrouve l'art originel du groupe, né de l'observation des
meilleurs DJ. Dans leurs ordinateurs, ils ont stocké toutes leurs musiques
mixées dans l'instant, tendues vers l'efficacité de l'impact dynamique et de la
danse. Le duo reste statique sur son perchoir, mais les sons et lumières
fusionnent et virevoltent avec une époustouflante magie. Dans la première
demi-heure, c'est une ruche de néons, de figures dessinées sur des écrans
géants. Puis la pyramide elle-même s'anime d'une géométrie en trois dimensions,
embarquée dans un voyage sidéral.
A chaque seconde son
ébahissement : un concert inoubliable, que des milliers de spectateurs cherchent
à immortaliser sur leur téléphone portable.
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