Le groupe français
"rinôçérôse" conquis par le Japon et les Japonais
TOKYO (AFP) - Le groupe
électro-rock français "rinôçérôse", invité fin juillet du "Woodstock" annuel
japonais, le Fuji Rock Festival dans les montagnes du centre du Japon, a réalisé
un vieux rêve en jouant devant le public nippon dont la discipline et
l'enthousiasme l'ont surpris et séduit.
"On souhaitait depuis longtemps venir
au Japon, pays qui nous a toujours fascinés. Hélas, jusqu'à cette année toutes
les portes nous étaient fermées même si nous existons depuis 10 ans," expliquent
à l'AFP les Montpelliérains Patou Carrié et Jean-Philippe Freu, les deux piliers
et têtes pensantes de ce "collectif musical" au périmètre variable.
"Tout est
devenu possible depuis que la firme Apple a choisi l'un de nos titres, Cubicle,
extrait de notre 4e et dernier album Skizophonia, pour accompagner la publicité
de son baladeur iPod Nano", se réjouit Patou.
"rinôçérôse" (sans majuscule),
qui tire son nom du titre, ainsi orthographié, d'un tableau réalisé par un
peintre fou, Gaston Duf, dans les années 50, a pu constater sur le terrain la
relation de cause à effet entre la pub iPod et leur accès à la scène au
Japon.
L'usage d'une musique à des fins promotionnelles est en effet sur
l'Archipel l'un des meilleurs tremplins pour hisser un artiste au sommet des
charts.
Confrontés pour la première fois au public japonais, qui connaît bien
leurs albums, dans un contexte un peu perturbant (en plein jour, en début
d'après-midi), les leaders de "rinôcerôse" se disent très étonnés à la fois par
l'enthousiasme et par la rectitude collective dont les Nippons font
preuve.
"Notre public de prédilection est le public latin, espagnol, très
festif. Mais je crois que les Japonais ont été magiques et ont dépassé les
autres par leur manière de recevoir la musique, leur énergie. Je n'imaginais pas
un accueil à ce point enthousiaste", précise Patou.
"Ils sont en même temps
déstabilisants", renchérit Jean-Philippe.
"Les Japonais ont ceci de très
particulier qu'ils réagissent formidablement, au quart de tour, dès que la
musique démarre. Mais dès qu'on arrête, passés les applaudissements
retentissants, ils sont 20.000 à se taire en attendant le morceau suivant, comme
à un concert de musique classique", narre-t-il.
"Nous avons également été
très impressionnés par le souci des Japonais de préserver l'environnement. Je
n'imagine pas qu'on puisse organiser en Europe un tel festival en plein air,
pendant trois jours, avec autant de monde (plus de 100.000 personnes) sans
retrouver des monticules de canettes et de gobelets en plastique. Au Fuji Rock
il n'y avait pas un papier par terre", souligne-t-il.
"Il utilisent même des
cendriers de poche pour ne pas laisser tomber leurs cendres sur l'herbe",
s'empresse d'ajouter une accompagnatrice du groupe.
Psychosociologues de
métier, occupation qu'ils tiennent à conserver pour "garder les pieds sur
terre", Patou et Jean-Philippe n'ont pas non plus manqué de porter un regard
professionnel sur ces Japonais bourreaux de travail "capables d'oeuvrer 11
heures de suite en avalant seulement quelques sushi à la va-vite", selon
Jean-Philippe.
"Nulle part nous n'avons eu droit à un rythme aussi soutenu
avec un souci insensé de ponctualité et une rigueur absolue. Tout est minuté,
préparé, y compris dans un contexte ludique", complète Patou, qui, passionnée
par la psychologie des groupes, estime que les Français ont peut-être trop
développé la tendance inverse.
"En revanche, je pense que nous avons sans
doute une qualité que n'ont pas les Japonais, celle de l'improvisation, de faire
comme on le sent, de nous adapter en fonction du contexte",
tempère-t-elle.
Shoe Nakamura, directeur artistique japonais du label V2
auquel appartient "rinôçérôse", avoue en effet avoir été extrêmement sévère avec
ses invités pour "tenir le planning": au Japon, même les stars n'arrivent jamais
en retard.
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