Rock. Le quatuor anglais de
Leeds décolle avec un premier album rugueux.
Forward Russia, avance
rapide
DR
Par Bruno MASI, Libération.
Forward Russia CD :
«Give Me A Wall» (Dance to the Music/Cooperative Music). En concert le 12
octobre à Bordeaux, le 13 à Angoulême, le 17 à Rennes, le 18 à Lille, le 19 à
Paris (Maroquinerie) et le 20 à Strasbourg.
Pour les quatre Anglais
de Forward Russia, élevés dans la banlieue de Leeds, c'est comme si le
calendrier s'était figé à la sortie des années 70, avant de redémarrer il y a
cinq ans, quand la majorité des groupes de l'hémisphère nord ont dépoussiéré
leurs cassettes des Clash, Sex Pistols ou Joy Division. Le revival semble
aujourd'hui consommé. C'est devenu un cliché médiatique.
Mais pour Katie,
chanteuse batteuse tatouée, le rock joué fort et vite a encore sa raison d'être
: «C'est une affaire d'énergie et d'immédiateté. C'est en
tout cas pour cela que nous sommes ensemble. On se croisait au lycée, ou lors de
soirées. Puis, un jour, on a essayé tous les quatre et la formule a pris tout de
suite. Dans la foulée, on a écumé les clubs de la région. C'est le but de notre
musique : jouer live. Et si pour certains notre son n'est pas d'une originalité
folle, en général la véhémence qu'on y met ne laisse pas
insensible.»
Gourou. En quelques mois, Forward Russia est ainsi
passé des boîtes de Leeds aux scènes de Londres ou de New York. Le parrainage du
gourou radiophonique Steve Lamacq, de Radio One, une double page dans le New
Musical Express, le festival In The City à Manchester, le South by Southwest à
Austin en début d'année, et le Furia Sound Festival en banlieue parisienne ont
consacré le quatuor comme valeur non négligeable.
A bien y regarder, les
aspérités ne sont pourtant pas légion. Parcours des plus classiques (lycée,
beuveries, concerts le samedi), profils typiques (classe moyenne lâchée), et
compositions n'excédant que très rarement les quatre minutes. Mais pourquoi
Forward Russia, quand plusieurs centaines de groupes ont choisi un répertoire
identique et le délient avec la même abnégation ? Sans doute une référence
directe à l'actualité rock de ces dernières années et un son dans l'air du
temps. Katie, Tom (voix, synthé), Rob (basse) et Whiskas (guitare, voix),
passeraient volontiers pour la face B de Franz Ferdinand. On y retrouve les
mêmes séquences édictées par les guitares, et le goût des ruptures et des
boucles.
Mais quand les
Ecossais livrent des albums policés, Forward Russia choisit des chemins plus
sales et cahoteux. Le goût des introductions traînantes et des voix à échos type
Stone Roses, des scansions façon 65daysofstatic, ces bruitistes du nord de
l'Angleterre annoncés comme la relève postrock, dans le sillage de Mogwai.
Vilains
tee-shirts. La réussite de Forward Russia tient aussi à cette capacité
à pousser le volume sonore un peu plus loin que prévu, et à se moquer de
l'habillage arty que d'autres formations s'efforcent d'élaborer. Ici,
pas de look travaillé, à l'exception de vilains tee-shirts faits maison. Pas de
fréquentation en vue, ni de concept-album sophistiqué. Give Me A Wall ,
leur première réalisation, ressemble à un caillou à peine exhumé, un disque
rugueux au son blessant où les titres ne portent pas de noms mais des numéros
lancés à la chaîne (à commencer par Thirteen, single sous EPO encensé
par une presse britannique unanime). Comme l'explique Tom : «On ne voulait
pas donner des fiches de lecture avec nos morceaux, mais laisser de la liberté à
ceux qui nous écoutent. Bref, ne pas leur mâcher le boulot. En plus, si c'est
pour intituler une chanson "J'ai envie de te tuer, maman", autant s'en
passer...»
Pour faire un trackback sur ce billet : http://joezappa.zeblog.com/trackback.php?e_id=85131