Writers Guild of America
Les scénaristes américains votent la fin de la
grève.
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters
Après plus de trois mois de grève, les scénaristes de
télévision et de cinéma se sont prononcés à une écrasante majorité, mardi 12
février, pour la reprise du travail.
"La grève est finie", a déclaré le
président de la branche de la Côte ouest du syndicat Writers Guild of America
(WGA), Patric Verrone, à l'issue d'un vote à bulletin secret à New York et Los
Angeles. Selon lui, 92,5 % des votants ont donné leur accord à la fin du
mouvement social.
DOUBLEMENT DES DROITS D'AUTEUR
Cette consultation, dont
l'issue ne faisait guère de doute, intervenait deux jours après que la direction
de la WGA eut soutenu à l'unanimité un protocole d'accord avec l'AMPTP, le
syndicat des producteurs, sur les termes d'un nouveau contrat triennal.
Les
adhérents de la WGA s'étaient mis en grève le 5 novembre 2007 pour réclamer un
contrat tenant davantage compte de l'exploitation de leur travail sur de
nouveaux supports, comme les baladeurs numériques et Internet. Ce nouveau
contrat prévoit de doubler la part des droits d'auteur leur revenant pour les
films et les séries vendus sur la Toile.
Le tournage de nombreux films gelé
depuis des semaines va désormais pouvoir reprendre. Plus de soixante séries
télévisées ont vu leur tournage suspendu, dont Desperate Housewives et 24 Heures
chrono. Les tournages des films Anges et Démons avec Tom Hanks, Pinkville
d'Oliver Stone et Shantaram de Mira Nair avec Johnny Depp ont notamment été
retardés.
La fin de la grève permettra l'organisation de la cérémonie des
Oscars le 24 février, alors que les Golden Globes, début janvier, avaient été
annulés.
Huelgas y Tele
La grève des scénaristes américains inquiète les chaînes françaises.
a grève des scénaristes américains commence à inquiéter les chaînes de télévision françaises, qui depuis quelques années engrangent l'essentiel de leur audience avec les séries importées d'Hollywood. Le mouvement dure depuis le 5 novembre 2007, mais les scénaristes campent toujours sur leurs positions. Ils réclament notamment des royalties pour la diffusion des films et des séries sur Internet. Faute de scripts, les tournages de toutes séries sont arrêtés. "Les Experts" de TF1, "FBI, portés disparus" de France 2, tout comme "Prison Break" de M6 sont au chômage technique.
"Le plan de crise n'est pas du tout déclenché à ce jour", rassure Laurent Stoch, directeur des acquisitions de TF1. Mais en pratique, le mouvement des scénaristes devrait produire ses premiers effets à l'antenne sur les chaînes françaises dans un an. "Si la grève n'est pas terminée au mois de mai, il faudra vraiment que nous nous posions des questions sur ce que l'on fait en 2009", explique M. Storch. Cette année, "Les Experts" ou le "Docteur Mamour" de "Grey's Anatomy" seront encore fidèles au poste. Grâce au décalage avec les télévisions américaines. Ainsi TF1 va-t-elle démarrer la septième saison des "Experts" début février, au moment où, aux Etats-Unis, les téléspectateurs regardent la huitième saison de cette série policière.
En revanche, dès janvier 2009, "toutes les chaînes du monde entier se retrouveront avec seulement des demi-saisons", déplore le directeur des acquisitions de TF1. La faute aux méthodes de tournage en vigueur à Hollywood. Les vingt-quatre épisodes de chaque saison sont tournés en deux périodes interrompues par les vacances de Noël. "Canal+ a toute l'année 2008 couverte", précise Rodolphe Belmer, directeur général de Canal+. La chaîne cryptée commencera de souffrir en janvier 2009. "La septième saison de "24 Heures" n'a pas été tournée sauf quelques épisodes", révèle M. Belmer. Il prévoit que celle-ci "sera décalée au premier semestre 2009 sur Canal+. Si la grève s'arrête..." "Desperates Housewives", l'autre série phare de la chaîne à péage, devrait ausi pâtir du conflit. La demi-saison dont dispose Canal+ doit être programmée en septembre ou en janvier 2008, mais après, c'est l'inconnu.
OXYGÈNE POUR LA FICTION FRANÇAISE
Pour faire face, les chaînes veulent puiser dans leurs réserves. "Paradoxalement, la grève arrive à un moment où nous avons un maximum de nouvelles séries à mettre à l'antenne", veut croire Arnaud Boucher, directeur de la programmation de M6. Selon lui, "Kyle XY", "Shark", "Dammages" ou encore "Women's murder club" devraient remplacer avantageusement "Prison Breack" ou "NCIS". "Elles ont fait leurs preuves sur les chaînes de la TNT du groupe", insiste M. Boucher. "Kyle XY" ferait partie des meilleures audiences de la chaîne W9, avec près de 600 000 téléspectateurs... très loin cependant des 4, 6 millions de téléspectateurs de "Prison Break" ou des 10 millions de fidèles des "Experts" sur TF1.
En guise de "plan de crise", la Une va se retourner vers les séries françaises. "La grève pourrait apporter une énorme bouffée d'oxygène à la fiction française", annonce M. Storch. Mais aussi au cinéma. TF1 songe à faire passer le nombre de ses soirées cinéma, qui ont été 60 en 2007, à 80. Sur France 2, Sophie Gigon, directrice des acquisitions et de la jeunesse, a cherché d'autres sources d'approvisionnement : "Depuis un an, nous nous sommes tournés vers d'autres marchés : le Canada et les Pays-Bas."
M6 pourrait être la première touchée par la grève. Officiellement, c'est pour "innover en matière de programmation et limiter le piratage", que la chaîne a programmé "Prison Break" avec seulement quelques épisodes de décalage avec les Etats-Unis. Dans quelques semaines, la chaîne sera à court d'épisode. Cela pourrait peser sur ses recettes publicitaires. Le spot de 30 secondes lors de l'écran de coupure de "Prison Break", le plus cher de la chaîne, est facturé 70 000 euros. Sur TF1, le spot le plus cher, dans l'écran de coupure des "Experts", vaut 125 000 euros. "Joséphine ange gardien", de loin la plus performante des fictions françaises, est loin de ces sommets. Le spot le plus cher ne coûte "que" 85 000 euros.
La grève pourrait fragiliser les télévisions généralistes face à des chaînes de la TNT qui ne cessent de gagner des parts de marché.
Guy Dutheil, Le Monde
Calle Santa Fe
CINÉMA • "Rue Santa Fe" : la
très belle histoire d'une défaite.
Le documentaire de Carmen Castillo, qui retrace l'histoire
collective de la gauche chilienne, est un film difficile à classer et relève du
meilleur cinéma, assure El Mercurio. Ce quotidien conservateur, connu
pour avoir soutenu la dictature de Pinochet, ne peut toutefois s'empêcher de se
demander – inquiet – ce qui se serait passé au Chili si la gauche avait
triomphé...
Calle Santa Fe [Rue Santa Fe] nous est
vendu comme l'histoire d'amour de deux révolutionnaires, mais en fait il n'y est
guère question de la relation entre Miguel Enríquez, leader du Mouvement de la
gauche révolutionnaire (MIR) et Carmen Castillo, réalisatrice du documentaire.
Il ne s'agit pas non plus à proprement parler d'une biographie d'Enríquez.
Calle Santa Fe n'est pas facile à classer. Tout commence au 275 de la rue
Santa Fe, à San Miguel (Santiago), où Enríquez vivait clandestinement avec
Castillo. C'est là qu'il a été tué, le 4 octobre 1974. A partir de cette date
clé, la réalisatrice s'efforce de suivre deux fils narratifs : d'une part
l'histoire collective, celle du MIR, et, à partir de là, celle du Chili, dans un
souci de reconstruction de la mémoire historique ; d'autre part l'histoire
individuelle, où Castillo est aux prises avec la culpabilité, les rancœurs et
les doutes de son passé. Ces deux récits ont beaucoup de points communs, et la
tension demeure tout au long des cent soixante minutes que dure le film. Il faut
dire que Calle Santa Fe relève du meilleur cinéma. La réalisatrice sait
ménager les pauses, les silences. Les scènes actuelles sont soigneusement
photographiées, les images d'archives s'avèrent toujours pertinentes. Certaines
séquences sont particulièrement impressionnantes, comme l'action de
"redistribution" dans la población [au Chili, quartier populaire,
bidonville] La Victoria (Santiago), où, en 1984, des jeunes du MIR distribuent
le contenu d'un camion de Super Pollo [producteur de poulets chilien]. Ou bien
celle où Carmen Castillo, encore enceinte de l'enfant qu'elle allait finir par
perdre – à peine un mois après avoir été blessée par une grenade dans la rue
Santa Fe –, raconte son histoire à un journaliste de Cambridge. Même s'il
manquait à l'époque la voix off de Carmen Castillo, la tension et l'intelligence
sont au rendez-vous.
Ces luttes en valaient-elles la peine ? Telle est
la question autour de laquelle Calle Santa Fe s'articule. Le MIR a été le
parti le plus persécuté par la dictature. Selon la Commission nationale
d'indemnisation et de réconciliation (CNRR), qui, entre 1973 et 1990, a
poursuivi le travail de la Commission Rettig, 440 militants de ce parti ont été
tués (même si le documentaire parle de 800 (sans préciser l'origine de ce
chiffre). Ce à quoi il faut ajouter l'énorme pourcentage de torturés, et, comme
le montre bien le film, le dévouement total qu'exigeait le parti. Ainsi, quand
l'opération Retou [des militants exilés] commence, en 1978, bon nombre des
femmes qui reviennent clandestinement au Chili confient leurs enfants au projet
"Foyer", conçu pour s'occuper d'eux. Carmen Castillo elle-même raconte qu'elle
envoie sa fille, entre 6 et 17 ans, à Cuba, afin de se consacrer à la vie
militante. Etait-ce la peine ? La réalisatrice pose la question avec gravité.
Vers la fin du film, on a le sentiment que la mort de Miguel Enríquez et
celle de ses camarades ont transmis des valeurs qui sont plus que jamais
d'actualité, un exemple que suivent et suivront les plus jeunes. Ainsi, le
documentaire nous montre un Enríquez qui remplit encore des stades, et le MIR y
apparaît comme une organisation puissante, bien que son influence reste
souterraine.
Ceci dit, en tant que spectateur, je me suis demandé ce qui
se serait passé si toutes ces bonnes intentions avaient triomphé. Si non
contentes d'avoir réussi à vaincre Pinochet, elles étaient arrivées au pouvoir.
Le Chili serait-il plus juste ? Plus libre ? Moins inégalitaire ? Une chose est
sûre, il ne serait pas plus démocratique : le MIR se définissait comme
guévariste et le Che, on le sait, ne croyait pas à la démocratie. Le Chili
ressemblerait-il à Cuba ou au Venezuela d'aujourd'hui ? Le film ne pose pas ce
genre de question.
Ernesto Ayala, El
Mercurio
Arte
Arte mise sur le cinéma pour conserver ses bons résultats.
n 2007, année de l'essor de la télévision numérique terrestre (TNT), Arte est la seule chaîne hertzienne à conquérir - certes petitement - de nouveaux téléspectateurs. Son audience progresse de 0,1 point par rapport à novembre 2006. Ce qui situe, sur l'année, sa part d'audience moyenne à 1,7 %.
Cette performance est portée par les scores obtenus par le cinéma, des classiques aux films cultes de série B, et ce à l'heure où le septième art est délaissé par les autres chaînes au profit, notamment, des séries américaines et où le ciné-club dominical de France 3 est relégué à 0 h 45.
En témoignent les records atteints par le film hongkongais Fist of Legend le 30 août (1,9 million de téléspectateurs), La Main au collet, d'Alfred Hitchcock, le 9 septembre, et surtout le succès remporté par le cycle de dix films réalisés par Stanley Kubrick : ainsi, le 5 novembre, pas moins de 1,6 million de personnes ont regardé Barry Lyndon, soit 8,1 % de parts de marché.
Du coup, la chaîne mise sur le cinéma pour élargir son public. Depuis le 1er octobre, elle programme tous les jours, à 15 heures, du lundi au vendredi, un film du patrimoine et diffuse cinq longs métrages en soirée, dont trois en première partie de soirée les dimanches, lundis et jeudis.
UN DÉBAT CULTUREL MENSUEL
"On constate que, en moyenne, les films de cinéma recueillaient 3,5 % de part de marché en 2006. Or celle-ci se situe à 4,5 % cette année, observe Emmanuel Suard, directeur adjoint des programmes. Cette hausse est imputable, en partie, à l'apparition de la version multilingue, offerte depuis octobre 2006." Programmer un film étranger en version française ou originale a longtemps été un casse-tête pour la chaîne, tiraillée entre les puristes cinéphiles et les téléspectateurs répugnant à lire les sous-titres.
Confrontée depuis son lancement à la difficulté de satisfaire les habitudes horaires des téléspectateurs, différentes des deux côtés du Rhin, la chaîne franco-allemande va simplifier l'exposition de ses programmes le soir. A compter du 5 janvier 2008, elle alignera son prime time sur ses concurrentes françaises, à 21 heures. Mais celui-ci sera précédé, à partir de 20 h 15 (début de soirée en Allemagne), de séries documentaires et de "Metropolis", le samedi.
Selon Philippe Chazal, directeur des projets d'Arte France, il s'agit de s'inscrire dans la politique globale de choix des téléspectateurs et de déboucher à l'autre carrefour stratégique, situé à 22 h 30. Parmi les nouveautés : l'apparition d'un journal de la mi-journée et un débat culturel mensuel, "Paris-Berlin, le débat", un jeudi par mois, à 23 h 30.
Pour séduire les jeunes adultes, la chaîne programmera, début janvier, "State of play", la série britannique multiprimée de David Yates, déjà diffusée sur Canal+, et rendra régulier le magazine musical de Manu Katché.
Macha Séry, Le Monde
Rendez-vous de Rio
L'Amérique du Sud, eldorado des programmes français.
RIO DE JANEIRO (Brésil) ENVOYÉ SPÉCIAL
a deuxième édition du Rendez-vous de Rio, organisée du 9 au 11 décembre par TV France International (TVFI), a fait le plein. Cent deux acheteurs, contre une soixantaine en 2006, venus de neuf pays d'Amérique latine, ont fait le déplacement au Brésil pour cette manifestation dédiée à la promotion des programmes français. Les producteurs français sont, eux aussi, venus plus nombreux, avec trente et une sociétés de production présentes contre vingt-huit un an plus tôt. Mathieu Béjot, délégué général de TVFI, se félicite de "cette bonne mobilisation".
L'Amérique latine pourrait bien être le "dernier eldorado" pour la production audiovisuelle française. En 2006, cette région du globe ne représentait pourtant que 2 % du total des ventes à l'exportation de programmes français, avec à peine 2,3 millions d'euros sur un montant global de 115 millions d'euros. La mise en place du Rendez-vous de Rio a inversé la tendance. "Nous allons enregistrer une remontée en 2007 car les effets se font toujours ressentir à retardement", explique le délégué général. Pour lui, l'Amérique du Sud pourrait égaler, à terme, "l'Europe de l'Est aujourd'hui et représenter près de 10 % des ventes".
A Rio, les acheteurs des chaînes latino-américaines privilégient trois types de programmes : l'animation, le documentaire et la fiction. C'est le cas de Canal Encuentro, une chaîne culturelle argentine affiliée au ministère de l'éducation qui a justement acheté "des documentaires et des séries d'animation pour les enfants", signale Fernanda Rotondaro, acheteuse de Canal Encuentro. En revanche, la fiction française ne fait guère recette. "Trop loin de nos préoccupations", estime Mme Rotondaro.
Pourtant, dans la capitale carioca, c'est une fiction comique qui tire le petit marché des programmes français. Depuis quelques mois, Caméra café est à l'antenne de la chaîne privée brésilienne SBT, deuxième chaîne du pays derrière l'indétrônable Globo TV. Isabelle Azoulay, vendeuse pour Calt, producteur de la série, admet avoir vendu Caméra café à la suite du Rendez-vous de Rio de 2006. "Cette année, cela démarre bien car il est toujours bon d'avoir une production déjà à l'antenne", précise-t-elle.
Vitrine des programmes français, le Rendez-vous de Rio fait aussi figure de commerce de proximité pour les chaînes d'Amérique latine. "On y rencontre des représentants de chaînes de petits pays qui ne viennent pas au MIP", le Marché international des programmes de télévision organisé deux fois par an à Cannes, explique Isabelle Azoulay.
Ces télévisions venues de Colombie, d'Equateur et même d'Argentine sont présentes, souvent, à l'initiative des ambassades de France. Annouchka de Andrade, attachée audiovisuelle régionale basée à Bogota, a ainsi réussi à faire venir des chaînes d'Equateur et du Pérou. Ces chaînes "qui n'ont souvent pas beaucoup d'argent sont devenues un second marché" pour les programmes français, précise Laurence Marty, directrice des ventes de la société de production Xilam. Notamment parce qu'elles "prennent des versions linguistiques existantes", déjà vendues à des chaînes portugaises ou espagnoles.
Plus récemment, un nouveau marché s'est ouvert pour les productions françaises. Coup sur coup, l'Equateur puis le Brésil ont lancé leur télévision publique nationale. "Culturellement, il y a une carte à jouer", pointe Mathieu Béjot. A l'en croire, "il y a une vraie appétence pour des programmes différents". Notamment français.
Guy Dutheil, Le Monde
Norman Mailer RIP
Norman Mailer, la disparition d'un trublion.
Le Cinemed, bilan
La satisfaction en haut
de l'affiche finale.
Le
Cinemed a repris du poids sans rien perdre de sa finesse. Voilà quelle pourrait
être la morale de la 29e édition du Festival international du cinéma
méditerranéen qui s'est achevée hier soir, au terme d'Apocalypse now
redux. Un long chef-d'œuvre (3 h 22) pour une réussite sur toute la
longueur (dix jours).
« C'est vraiment cette année que j'ai vérifié
ce que m'avait dit mon prédécesseur et président Pierre Pitiot : "Quoi que tu
fasses, c'est sur ta programmation que tu seras jugé au final", a commenté,
hier, le directeur, Jean-François Bourgeot. Nous avions, cette année
particulièrement, une belle programmation, identifiée comme telle dès avant le
début du festival. » Et de rappeler les grands axes de cette édition : la
plus grande rétrospective jamais proposée en France sur Marcello Mastroianni, le
retour de Mario Monicelli, la belle présence de Pierre Salvadori, les inédits de
Rossellini, les colloques ou encore ces « produits d'appel » que furent
les avant-premières des derniers Kusturica, Kechiche et Coppola.
S'agissant du palmarès (notre édition d'hier), sans doute un peu plus
contesté que les précédents, Jean-François Bourgeot rappelle : « Notre règle
du jeu de sélectionneurs, Christophe Leparc et moi, est de ne jamais retenir un
film qu'on ne puisse pas défendre. Il y en avait onze en lice. Ce sont onze
œuvres que j'aime... différemment, mais que j'aime. Donc je n'ai jamais eu aucun
problème avec les palmarès. »
On se souvient
en revanche que le festival a, lui, eu par le passé quelques problèmes de
fréquentation. Ils semblent révolus : « Selon nos premiers calculs, nous
serions à environ 85 000 entrées. Soit 10 % de mieux qu'en 2006, se félicite
Jean-François Bourgeot. Notre inquiétude, c'était évidemment le jeudi 1er
novembre : le public allait-il rester ou partir ailleurs ? Eh bien, il est
resté. » La raison ? Devinez : « Une bonne programmation, et ce avec une
quarantaine de films de moins (206au total, ndlr) que l'an dernier. »
Du coup, pour Jean-François Bourgeot, s'il n'est pas question
d'augmenter à nouveau le nombre de films projetés à l'avenir, il va s'agir de
prolonger l'amélioration du taux de remplissage des salles. En poussant plus
loin l'effort, on vous le donne en mille, de programmation ! La reconnaissance
médiatique du Cinemed sera également poursuivie : « Parce que plus on parlera
de notre festival, plus on nous enverra les bons films et plus les réalisateurs
seront contents et même demandeurs de passer chez nous. Voilà l'enjeu et il n'y
en pas d'autre. »
Quid de
l'année prochaine, symbolique puisque le Cinemed aura 30 ans ? « Nous savons
déjà que nous ferons un hommage aux frères Taviani en leur présence, annonce
Jean-François Bourgeot.
Par ailleurs, on aimerait assez projeter 25
grands films pour les 25 pays de la Méditerranée, peut-être même 30 en
repoussant un peu les frontières. » Il semble également acquis que de
nouvelles grandes avant-premières (une des belles réussites de cette année)
seront programmées. Avec une rigueur : « Je veux que le festival s'ouvre
toujours par un film qui nous dise que, malgré toutes les galères ou les
souffrances, la vie triomphe. » Et le cinéma avec, bien sûr.
Jérémy BERNÈDE
Portrait de Vicente Aranda
Vicente
Aranda, le moraliste de Barcelone.
On ne le cachera pas, les deux jours
et cinq films qui restent seront insuffisants à cerner Vicente Aranda. Certes,
la filmographie du réalisateur espagnol, arrivé au cinéma sur le tard, à 39 ans,
compte seulement 29 longs métrages mais on se tromperait à penser pouvoir en
siphonner d'une seule inspiration le carburant du fond et de la
forme.
Aussi, modestement, se
contentera-t-on ici de prélèvements.
Le premier tient à
sa biographie : Vicente Aranda est né à Barcelone en 1926, il a donc 10 ans, âge
clé dans la constitution d'une identité, au moment de la guerre d'Espagne,
elle-même point nodal dans l'histoire de l'Europe du XXe siècle et dans celle
des idées. Vicente Aranda en sera marqué à vie. En 1996, il en fait un film,
Libertarias, une évocation du combat libertaire bien plus subtile et
convaincante que Land and Freedom de Loach. Peut-être (deuxième piste)
parce que Vicente Aranda est lui-même issu d'une famille d'anarchistes.
« Quand
j'étais enfant, j'étais convaincu que je vivais dans une maison de fous !
», sourit le cinéaste. S'il ne se considère pas anarchiste, il en a
forcément retenu deux, trois choses. L'essentiel : l'interrogation sur le
collectif et de l'individuel, et une morale. « Vous savez, comparée à la
morale catholique, la morale anarchiste est beaucoup plus exigeante, précise
Vicente Aranda. Eh oui, je n'ai pas échappé à la morale de mon milieu
familial ! Je continue à savoir faire la différence entre une table carrée et
une table ronde, entre ce qui est juste et ce qui ne se fait pas... Alors, oui,
je suis moraliste. »
Il ne faut sans
doute pas chercher ailleurs la dimension sociale et politiquement engagée du
cinéma d'Aranda : « Je préfère le terme de témoin à celui de politique, même
s'il est évident qu'un témoignage est une forme d'engagement, précise
Vicente Aranda. Il y a une nuance à laquelle je tiens : je témoigne, certes,
mais je n'impose pas mes idées. Et d'ajouter, avec un nouveau sourire
malicieux : Remarquez, il me
faut avouer un échec : ce que j'essaie de faire, les critiques ne l'ont jamais
compris. Apparemment, la lecture entre les lignes n'est pas une pratique très
fréquente chez eux. Si elle ne l'est pas chez les critiques, comment voulez-vous
qu'elle le soit chez le grand public ? »
Cette question, sans réponse,
du savoir libérateur (au passage, ça n'est pas pour rien si ses derniers films
s'avèrent de plus en plus didactiques) entraîne une autre, posée avec constance
par Aranda : si notre compréhension du monde achoppe, il en est de même de la
connaissance (et partant, la maîtrise) de notre propre corps. À ce titre, il est
intéressant de noter que Victoria Abril a été sa muse privilégiée dans sa quête
de la représentation la plus honnête, souvent la plus belle aussi, du corps (une
dizaine de films entre 1976 et 2006). « Dans la lutte des sexes, je donne
sans hésitation le pouvoir aux femmes. »
Dans le film
qu'il vient de terminer, Canciones de amor en Lolita's Club, Vicente
Aranda s'intéresse aux claques frontaliers. Ce qui laisse supposer un mélange de
toutes les constances ici rapidement évoquées : critique du machisme et du
libéralisme (c'est souvent idem), point de vue moral, question du corps, place
de la femme... Et encore, on ne vous a pas parlé de la tentation avant-gardiste
qui innerve tous ses films. Un autre jour peut-être.
Jérémy
BERNÈDE
Cine Festival
Une ouverture avec un
fort absent serbe.
La
bronca, samedi soir, le directeur du Festival du cinéma méditerranéen,
Jean-François Bourgeot l'a lui-même réclamée. Sans doute fut-elle du coup un peu
moins douloureuse... Il n'empêche, l'absence d'Emir Kusturica, invité-vedette de
cette édition, attendu pour l'avant-première de son film "Promets-moi", et une
rencontre le lendemain avec le public, a ressemblé fort à un subit
camouflet. Pour le public, qui espérait la plus grande star du cinéma d'auteur
européen (avec Almodovar), comme pour le festival, qui a cru au talent du
réalisateur serbe dès son premier long métrage (Te souviens-tu de Dolly Bell
? a été programmé au Cinemed en 1982) et s'est vu soudainement privé de son
plus beau levier médiatique. Et ce, dès l'ouverture !
Pourtant, hier,
Jean-François Bourgeot n'a avoué ni colère ni amertume. « Je programme 206
films, je ne vais tout de même pas m'effondrer dès le premier !, sourit-il.
Je suis juste déçu. Car je n'avais pas invité Kusturica pour qu'il se fasse
applaudir pendant un quart d'heure après son film (au passage, comment lui en
vouloir après avoir vu un film comme Promets-moi ?). J'espérais beaucoup
de la rencontre avec le public, qu'il nous parle de son art, qu'il nous dise où
il en est de son désir de cinéma. Et d'insister : je suis déçu parce que j'estime que le Cinemed est un
festival vraiment légitime pour accueillir Kusturica et l'entendre parler de
cinéma... »
À côté de Jean-François Bourgeot, Thierry Laurentin ne
cherche pas à dissimuler son embarras. Directeur des ventes et de la
programmation chez Mars Distribution (également fondateur de Big Sky, agence de
diffusion cinématographique basée à Montpellier et accessoirement ancien
directeur adjoint des cinémas Diagonal), c'est à lui qu'incombe la promotion en
province du film d'Emir Kusturica et l'organisation de sa présence. « C'est
un film que l'on montre très peu, explique-t-il, car c'est un film qui se vit très
physiquement, dans la spontanéité. Il perdrait à trop de perceptions critiques
analytiques. Qui plus est, Kusturica, c'est un nom, un auteur comme il y en a
peu dans le cinéma, qui ne doit pas être banalisé. »
Va pour le film
donc mais quid de l'homme ? On sait qu'il n'existe pas, chez nous, de clause
dans les contrats d'artiste les obligeant à assurer la promotion de leurs œuvres
(aux États-Unis, cette disposition, systématique, est incluse dans le cachet)
mais on pouvait penser qu'il attacherait quelque importance à un festival qui
l'a soutenu, déjà invité et qui a promu, plus que d'autres, le cinéma de
l'ex-Yougoslavie.
« Je lui en ai parlé en personne, il y a trois
semaines, et il m'a dit : "T'inquiète pas", raconte Thierry
Laurentin. Je l'ai eu à
nouveau au téléphone le 21 octobre et il m'a dit qu'il se faisait une joie de
venir à Montpellier avec sa femme. Mais le 23 octobre, on a appris "par la
bande" qu'il était annoncé en même temps ailleurs. On a réussi à le joindre et
il nous a répondu : "Je vais voir ce que je peux faire".
Puis plus rien.
» Totalement accro à ses bringues rock'n'roll avec le groupe No Smoking
Orchestra (pas tout à fait les Stones, cela dit), il aurait donc préféré jouer
du côté de Tunis. Bon. « Kusturica aime sa liberté, il vit dans son monde,
son village, avec sa famille, ses amis, son groupe... S'il sait être très
simple, très cool quand on le voit, il est aussi très indépendant. Mais c'est
parce qu'il est comme ça qu'il fait ce cinéma unique qu'on aime tant. »
Du
coup, prudent, Mars Distribution a calé les prochaines avant-premières de
Promets-moi la veille des concerts du No Smoking Orchestra ! « Voilà
ce que j'aurais dû faire, s'exclame Jean-François Bourgeot, le programmer
aussi en concert au Zénith ou, tiens, à Berlioz. » Il plaisante.
Jérémy BERNÈDE
Utopia Diagonal
Utopia Diagonal fait
séance dans un beau décor.
Un fauteuil Louis XIII dès
l'entrée, un meuble gothique déniché dans une salle des ventes à Bordeaux, un
parquet en bois et des cadres avec des portraits d'improbables ancêtres au mur.
À ce stade, ça tient du manoir. C'est pourtant un cinéma qui débute sa
troisième vie. Il y a tout juste vingt ans, le Vox cédait ses fauteuils au
Diagonal Campus. Et celui-ci est donc devenu Utopia Diagonal.
Les premières
séances ont eu lieu hier après-midi dans les deux salles (L'argent de la
vieille et The bubble ont été les projections inaugurales) qui ont
été magnifiquement repensées. Utopia a injecté 600 000 € et ça se voit. Qui a
déjà fréquenté des salles Utopia à Avignon, Tournefeuille ou Bordeaux dira que
c'est du Utopia pur jus, avec la touche Michel Malacarnet, le cofondateur du
réseau indépendant des cinémas Utopia. On se sent chez soi. C'est le but. Même
si, dans son salon, tout le monde n'a pas un Louis XIII.
« Nous avons
distribué 60 000 gazettes Utopia sur les pare-brise des voitures. On doit
d'abord se faire connaître mais on se fixe un objectif de 100 000 entrées par an
», raconte Sophie Valat, la jeune et souriante directrice des lieux, qui se
lance dans l'aventure « avec trois garçons qui sont des anciens des Diagos
».
Tout a été refait. Les fauteuils d'abord : 80 de couleur rouge dans
la petite salle baroque... dite "Chenonceaux" ! 130 de couleur noire dans la
grande dite, plus anecdotiquement, "salle rouge". L'artisan ariégeois qui a
réalisé toutes les boiseries gagne à être connu. Au plafond, les poutres sont de
nouveau apparentes et on y a rajouté des dorures qui ne gâchent rien.
Tapisseries et luminaires complètent l'impression d'ensemble avec soin et
harmonie.
Ici, pas plus de pop-corn craquant que de portable strident. Les
retardataires ne sont pas plus tolérés que les changements de programmation. Pas
de pub avant les films, plutôt une bande-annonce ou un court-métrage. Et des
prix « calculés au plus juste » (tarif de groupe à 3,50 €, carnet
d'abonnementde 10 tickets à 44 €). « Il y a un esprit Utopia, comme les vrais
cinéphiles ont connu un esprit Diago », nous dit-on.
Alors, on pourra
pinailler en disant que, extérieurement, si la façade a été refaite, s'il y a
des colonnes et un arbre majestueux, il manque une signalétique. « Ça ne se
fait pas trop chez Utopia. Mais, promis, on va rajouter un joli portail
en fer forgé », dit la directrice. Revenant à l'essentiel, elle
poursuit : « On veut conquérir des nouveaux spectateurs, des gens qui
n'allaient pas forcément au cinéma, travailler avec les étudiants. Cela prendra
du temps. Mais on croit à ce qu'on fait et aux films qu'on porte. » Comme
Le bonheur d'Emma, par exemple.
Utopia Diagonal, 5, avenue du
Docteur-Pezet. Tél : 04 67 52 32 00 ou www.cinemas-utopia.org
J.
Ce