Films du bout du monde
Des films du
bout du monde en Cévennes.
Le festival est nomade et s'arrête, à
partir du 28 septembre, pour une semaine, en Cévennes. Festival des "Films du
bout du monde" à plus d'un titre, consacré à un cinéma particulier : celui qui
se tourne avec une caméra stylo.
Un terme choisi pour
désigner un genre cinématographique peu connu, qui rassemble essais filmiques,
documentaires intimistes et autres films autobiographiques, tournés sur un autre
continent ou chez soi, à la manière de travailler du peintre ou de l'écrivain,
comme le développement du numérique le permet désormais.
Un genre et des films que le
festival entend, dans le cadre du réseau de diffusion Doc & Cie, faire mieux
connaître. Pour ce faire, il présente un programme consacré à deux réalisateurs
: Jean Rouch et Philippe Simon.
Volontairement, les
organisateurs ont mêlé le travail d'un célèbre ancien et d'un contemporain,
histoire de montrer que la caméra stylo est un genre qui a une histoire, mais
aussi des réalisateurs vivants et passionnants.
Décédé en 2004, Jean Rouch,
résistant, journaliste, ethnologue, a filmé l'Afrique. Il est une référence pour
les réalisateurs de la Nouvelle vague. Philippe Simon, belge, vit aujourd'hui en
Cévennes et part une partie de l'année marcher... et filmer. C'est ainsi qu'il a
été pris en otage, en 2001, en Papouasie, par des indépendantistes et contraint
de tourner un film. Objet rare et étonnant à découvrir en sa présence, plus
celle du critique de cinéma, grand passeur de passion, Patrick Leboutte.
Car la caméra stylo, si elle
cultive l'intimité, apprécie aussi au plus haut point la rencontre. Avec des
projections pour carton d'invitation.
A voir à Lasalle (28 septembre),
St-Jean-du-Gard (29 septembre), Alès (2 octobre), Ganges (3 octobre).
Tél. 06 07
65 50 60. http://www.camera-stylo.fr
Caroline
FROELIG.
System D Productions
Une petite équipe nîmoise
qui tourne bien.
Huit films en cinq ans, dont un péplum
(Général Tesmos), un western (Grotty Dump) et une histoire de
pirates (Le foulard pourpre)... Cette cadence stakhanoviste, qui semble
échappée de l'âge d'or d'Hollywood, on la doit à une association nîmoise de
cinéma amateur, System D productions, en passe de se
professionnaliser.
Il faut en effet préciser que les films en
question sont des courts-métrages aux budgets plus que dérisoires par rapports à
ceux des blockbusters : 5 000 € maximum jusqu'à présent. L'association
porte vraiment bien son nom : bénévolat et débrouillardise à tous les étages,
seul le sponsoring privé (essentiellement des commerces locaux) lui apportant
quelques ressources.
Qu'importent les moyens, pourvu que ça tourne :
tel pourrait être l'adage du trio qui tient les rôles principaux de l'aventure :
Florian Martinez, Christine Albaret et Michael Guillaume, respectivement
réalisateur-scénariste, secrétaire-régisseuse et trésorier. A 24 ans, Florian,
qui gagne sa vie en tant qu'éducateur sportif - il est professeur de squash -, a
signé six des huit courts-métrages. Les premiers en numérique, les deux derniers
en haute définition. Et cet autodidacte se débrouille plutôt bien, puisque Le
foulard pourpre a remporté le 1er prix fiction au festival de Montauban.
Autre encouragement à
persévérer : celui de Georges Lautner, en personne. Le vénérable "père" (86 ans)
des mythiques Tontons flingueurs a co-signé en 2004 une bande dessinée,
On achève bien les cons, farce policière ayant pour héros un
serial-killer un peu spécial... « Il nous a autorisés à en faire une libre
adaptation, explique Florian. Avec son scénariste, nous avons ainsi écrit
Tant qu'il y aura des cons où s'entrecroisent quatre personnages odieux et
cyniques qui finiront par s'entre-détruire. » Comédienne et amie de Lautner,
Cookie Castali a tenu l'un des quatre rôles principaux de ce film dont le
tournage s'est déroulé du 21 au 26 août dans le centre-ville de Nîmes (et les
locaux de Télé Miroir). Il a nécessité « une centaine de figurants et
il a fallu barrer le boulevard Victor-Hugo le dernier jour ».
Une fois le montage achevé,
Tant qu'il y aura des cons sera proposé à différents festivals, dont
celui de Clermont-Ferrand. D'ici là, l'équipe de System D prépare aussi le sien,
son 4e Court sur le système, début 2008, à Nîmes et Montpellier, « où les
films ne sont projetés que si leur réalisateur est présent, car pour nous, la
rencontre avec le public est très importante ». Florian a aussi attaqué
plusieurs projets de longs-métrages, « dont un polar ». Qui sait si, à ce
rythme, la petite entreprise nîmoise ne va pas finir par bientôt faire de
l'ombre aux grands studios...
M. C.
TVHD
Quatre chaînes candidates à la télé haute définition.
es chaînes généralistes n'ont pas renoncé à maintenir leur suprématie, malgré la montée en puissance des nouvelles venues de la Télévision numérique terrestre (TNT). Pour rester leader, en audience comme en recettes publicitaires, TF1, M6, France 2 ou Canal+ ont enfourché un nouveau cheval de bataille : la télévision haute définition (TVHD).
Dix ans après le Japon ou les Etats-Unis, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) vient donc de frapper les trois coups de la mise en place de cette nouvelle technologie, qui devrait permettre la réception de chaînes de télévision avec une image et un son d'une qualité incomparable.
L'appel à candidatures, lancé par le CSA en décembre 2006, pour trois canaux de la TNT réservés à la télévision haute définition, arrivait à échéance lundi 20 août. Quatre dossiers ont été déposés pour l'attribution des deux chaînes aux opérateurs privés. Le troisième canal a été préempté par l'Etat, qui devra choisir entre les deux chaînes publiques candidates, France 2 et Arte.
LANCEMENT À LA MI-2008
Les chaînes privées TF1, M6, Canal+ et le Groupe AB (opérateur de TMC, NT1 ou RTL9) ont fait acte de candidature. Le groupe NRJ, un temps intéressé, a renoncé. Dans un premier temps, la TVHD ne devrait donc concerner que les télévisions hertziennes.
Pour Thomas Valentin, directeur général, chargé des programmes du groupe M6, ce n'est pas une surprise. Selon lui, les grandes généralistes sont aussi "les chaînes des grands événements du sport, du cinéma ou de la fiction, les produits majeurs de la TVHD". Surtout, précise M. Valentin, "les grandes chaînes sont les seules à pouvoir financer de telles productions". M6 fait savoir que, "en année pleine, le coût de diffusion en TVHD atteint 6,5 millions d'euros". Un surcoût auquel s'ajoute l'augmentation de taxes et les frais liés à la production et aux tournages en HD.
Sur les grandes chaînes, la TVHD a déjà fait ses premiers pas. Il y a un an, TF1, M6 et Canal+ ont diffusé, en test, la Coupe du monde de football en haute définition sur la TNT. Ces trois chaînes poursuivent leurs diffusions en HD pour les abonnés de TPS ou de CanalSatellite.
De son côté, France Télévisions a proposé, cet été, Roland-Garros et le Tour de France en HD. Le vrai lancement de la haute définition aura lieu à la mi-2008. A cette date, tous les téléviseurs qui seront commercialisés seront au format "HDReady". Prêts pour la réception de la TVHD.
Guy Dutheil, Le Monde
Arte + 7
Télévision.
Arte met ses programmes en ligne sur le Web.
Grands changements à compter du 1er octobre pour Arte. C'est à cette date que sera lancé "Arte + 7", un projet annoncé depuis un an et qui a nécessité des mois de discussions avec les producteurs et les ayants droit.
Il consiste à offrir aux internautes de voir ou revoir gratuitement sur le site Internet de la chaîne certains programmes (à l'exception des films de cinéma) pendant les sept jours qui suivent leur première diffusion à l'antenne.
Dépourvu de publicité, ce nouveau service à la carte de visionnage en "streaming", autrement dit en flux continu, sans téléchargement, s'inscrit dans la stratégie multimédia de la chaîne (Web, mobile), baptisée "Arte global".
Depuis deux ans, Arte, chaîne qui prend le relais de France 5, à partir de 19 heures en analogique hertzien, a progressivement étendu ses programmes à la journée pour les téléspectateurs disposant d'une offre élargie (câble, satellite ou TNT). Elle diffuse aujourd'hui 20 heures sur 24.
Le contrat d'objectif et de moyens signé avec l'Etat, en mars, pour la période 2007 - 2011, fixe, pour la première fois, des objectifs d'audience à la chaîne. Celle-ci devra réaliser 3,5 % de parts d'audience, contre 3,3 % en 2006 sur l'analogique, et devra passer de 1,5 % à 2 % sur la télévision numérique terrestre (TNT). Pour le câble et le satellite, elle devra atteindre 1 %, contre 0,7 %.
En juillet et en août, stimulée par le succès de la programmation "Summer of Love", la chaîne a battu des records d'audience, notamment auprès des 30-50 ans. Mais ces bons scores sont concentrés en soirée.
Le 1er octobre, Arte proposera donc une grille de journée rénovée "plus efficace, plus simple, plus lisible", selon Christophe Hauser, directeur des programmes. Une grille destinée à fidéliser davantage les téléspectateurs autour des quatre axes de programmation propres à la chaîne : la musique, les "Thema", la culture et le cinéma.
Arte s'est, par ailleurs, placée sur les rangs pour décrocher, à la suite de l'appel d'offres du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), l'un des trois canaux en haute définition (HD) qui seront attribués dans le cadre de la Télévision numérique terrestre. "Nous considérons que la qualité de nos programmes exige une qualité d'images", a martelé Jérôme Clément, président d'Arte France, lors d'une conférence de presse, lundi 27 août.
Macha Séry, Le Monde
Le Mont Aigoual
Aigoual, la mémoire
retrouvée.
A
s'esbaudir devant les flancs touffus et verdoyants de l'Aigoual, qui se souvient
encore que la montagne faillit rester pelée ?
Sentinelle du temps sur la
route des vents les plus puissants qui puissent souffler en France, le mont, par
la volonté d'un homme, passa de l'état de désert à celui de luxuriante
forêt. Trente années d'un véritable combat pour arriver à faire prendre racine à
soixante-huit millions d'arbres et redonner la vie à une nature usée par
l'homme.
Un film, un « docu-fiction » comme on dit aujourd'hui,
raconte cette histoire : Aigoual, la forêt retrouvée. La bataille
acharnée du réalisateur, Marc Khanne, et de ceux qui l'ont aidé dans
l'entreprise pour la faire revivre, est bien sûr anecdotique à côté de l'effort
surhumain du forestier Georges Fabre et du botaniste Charles Flahaut pour faire
renaître une forêt dans un monde redevenu presque exclusivement minéral. Mais
ils y sont parvenus et, désormais, le document, pédagogique à souhait, est là
pour garder cette mémoire et témoigner d'une histoire qui, malheureusement, se
répète dangereusement depuis des années sur la planète. Au péril de la forêt et
celui de la Terre.
Ce n'est pas la moindre des qualités de la
démonstration que de tisser un lien en forme d'avertissement, si la
déforestation se poursuit à l'échelle planétaire.
Fin XIXe... Sur les
pentes de l'Aigoual, les pâtures, milieux ouverts, l'ont progressivement emporté
sur la forêt qui a considérablement alimenté les foyers paysans en parallèle.
Là-haut, quand les hivers sont rudes, on ne connaît que le bois de chauffage...
Mais le massif attire les pires tempêtes. C'est le réservoir d'eau de la région,
encore célèbre pour ces « marinades » qui entraînent régulièrement
l'inondation catastrophe des plaines.
Les pâtures sont à leur tour
laminées pour laisser le caillou apparent. Il arrive de plus en plus souvent que
Valleraugue, en bas, soit ravagé par ces déferlantes boueuses que plus aucun
arbre n'arrête.
Sait-on que les alluvions de l'Aigoual ont participé à
l'ensablement du port de Bordeaux ? C'est dire les conséquences lointaines de la
disparition de la forêt... Et que dire de l'exode rural qui menace ce massif
déshabillé de sa richesse végétale ?
C'est à un travail de romain que
s'attaque le forestier Georges Fabre, débarqué de Nancy en Languedoc à la fin de
ce siècle industriel. Son premier combat sera de convaincre les gens d'ici de
participer à l'œuvre de reboisement. Le forestier aura finalement l'adhésion
puis la reconnaissance des Cévenols, mais pas celle de l'administration. Et
mourra « de chagrin » loin des honneurs qu'il méritait.
C'est
aussi cette injustice qui est racontée avec un avertissement en filigrane : il
n'y aura pas toujours des Georges Fabre et des Charles Flahaut pour sauver la
planète.
Tourné il y a un an avec des figurants locaux et des acteurs
professionnels, Aigoual, la forêt retrouvée sera diffusé tout l'été sur
l'Aigoual. « C'est un film de combat et d'histoire, commente le
réalisateur, celui d'une aventure humaine. Le respect de la nature ne pèse
pas lourd face aux exigences économiques. Les deux héros ont réussi parce qu'ils
avaient à la fois une vision de l'avenir et le sens du dialogue. Ils ont protégé
la montagne tout en respectant les hommes qui y vivaient. C'est peut-être une
bonne leçon de politique. »
Elle est toujours d'actualité. Même sur
l'Aigoual.
Pierre RIVAS, Midi
Libre
et Cannes..?
Un palmarès noir et
savamment partageur.
« Il semble donc qu'il n'y ait pas besoin de beaucoup d'argent et de grandes
stars pour être compris de tous ». Cristian Mungiu qui dès le début de la
compétition apparaissait comme un prétendant sérieux donne donc une Palme d'Or à
la Roumanie, dont le cinéma semble depuis quelques années avoir trouvé un
véritable dynamisme.
Le film
primé, 4 mois, 3 semaines et 2 jours, qui annonce un avortement un peu
tardif, se situe à la fin des années 80, vers la fin du règne de Ceausescu. Un
monde aux yeux cernés, ou bernés, privé des plus élémentaires libertés, et dont
le cinéaste veut rendre compte, à travers une représentation sèche et glauque.
D'une grande rigueur dans sa mise en scène, le film donnait le ton d'une
sélection assez noire et très concernée par les douleurs humaines.
C'est
sur ce registre d'ailleurs - avec Stephen Frears et Michel Piccoli dans le même
jury on pouvait l'imaginer - que va le saupoudrage des prix (9 films sur 22 sont
distingués !), augmentés cette année d'un prix du 60e Festival (Gus Van Sant
avec Paranoïd Park est un bon choix).
La France s'en tire très
bien avec le prix de la mise en scène pour Le Scaphandre et le papillon
et le prix du jury pour Persepolis. On remarquera cependant que Julian
Schnabel est un peintre américain et que Marjane Satrapi est une dessinatrice
iranienne... Attendu au palmarès le cinéaste allemand d'origine turque, Fetih
Akin, doit se contenter du prix du scenario pour son très beau film, De
l'autre côté, film qui traite du deuil, de l'émigration, du déracinement. Le
deuil on le retrouve encore dans le film du mexicain Carlos Reygadas, Lumière
Silencieuse, qui à partir d'un adultère très rural vous construit une grande
tragédie mystique, avec à la clef une résurrection de la plus belle eau qui lui
vaut peut-être son prix du jury ; dans Secret Sunshine où la comédienne
coréenne Do-Yean Jeon (prix d'interprétation) pleure et son mari et son fils
avant d'entrer en religion et virer vraie follasse... Deuil toujours dans Le
bannissement, qui vaut à Konstantin Lavronenko son prix d'interprétation et
enfin double deuil pour la forêt de Mogari qui permet à la cinéaste
japonaise Naomi kawase de s'emparer du Grand prix du jury. Du lourd, du grave,
les trois films les plus "drolatiques" de la compétition (Coen, Tarantino,
Kusturica) étant totalement absents du palmarès. Palmarès cohérent et généreux.
De CannesJean-François BOURGEOT pour Midi
Libre
Guy Maddin
Glandes de bouc & têtes
d'eMule.
Par Philippe GARNIER,
Libération
On peut préférer l'idée de Guy Maddin à son cinéma l'artiste
en autarcie, l'agité de Winnipeg, etc. , mais nul doute que l'homme gagne à
être connu. Il donnait, début mars en Californie, une conférence devant des
étudiants des Beaux-Arts la semaine même où les UCLA Film Archives lui offraient
une carte blanche au Billy Wilder Theater de Los Angeles. Maddin est un plaisant
loustic, grand vieux jeune homme déplumé, mais curieusement élégant, un genre
Harry Langdon sapé par Kenneth Cole.
La conférence était mystérieusement
intitulée «Goat Glands, Carpet Underlay and Cinema Sat Backwards» (que l'on
pourrait traduire littéralement par «Glandes de boucs, dessous de tapis et
cinéma assis à l'envers»). Il a dû se dépatouiller de ces notions, le genre de
trucs qu'on faxe à une institution quand on a l'aubaine d'être invité à faire
son panier (virtuellement, le catalogue est online) dans la caverne d'Ali Baba
des Archives chance que beaucoup lui envieraient. Le «dessous de tapis» a
conservé son mystère ; quant au «cinéma assis à l'envers», il peut servir de
définition à l'oeuvre curieuse de Maddin. Il a au moins été disert sur les
«glandes de bouc».
Incendie. «Durant la folie des années 20, divers
traitements étaient en vogue, proposés par des charlatans qui vous greffaient
des testicules de singes ou de boucs à des endroits divers de l'anatomie
masculine. Ces opérations étaient bidons, les appendices étaient attachés où ils
pouvaient faire le moins de dommages. Mais les gens étaient persuadés que ça
redonnerait de l'allant à leur vie sexuelle. L'industrie du cinéma aussi, à la
même époque, a ressenti le besoin d'un coup de fouet et, avec l'arrivée du
parlant, on a vu tous ces films rafistolés hâtivement avec une bobine sonore ici
ou une musique enregistrée là. Les journaux du métier surnommaient ça
"goat-glanding" et les pathétiques appendices des films sortis en 1928-1929 font
que les historiens citent toujours 1929 comme la pire année pour le cinéma
américain une production inondée de trucs frelatés et chantants. Mais moi,
j'en suis arrivé à considérer 1929 comme mon année favorite, parce que c'était
une situation en flux qui permettait justement les choix et la liberté que je
chéris aujourd'hui, celle par exemple de mettre du son ou pas, de la couleur ou
pas. Ne pas se laisser diriger par les lois du marché.»
Le film de 1929
qu'il présentait n'avait nullement besoin de glandes de singe, même si la
dernière bobine était sonore. The Godless Girl est un film mythique de Cecil B.
DeMille que Maddin comme beaucoup d'allumés du muet ne connaissait que par
le livre de Kevin Brownlow sur le cinéma censuré et le cinéma réformateur (
Behind the Mask of Innocence , Knopf, 1990). C'est un film électrisant, autant
par son rythme et son hystérie que par son contexte historique. L'héroïne est à
la tête de la Godless Society, un club athée sur un campus de flappers . Le
fameux procès fait à Scopes par les anti-darwinistes date de deux ans seulement.
Un singe mascotte sert à l'intronisation des nouveaux membres. Mais Jeanie
Macpherson est amoureuse du président du syndicat des étudiants, un Bushiste
avant la lettre, à la tête d'une armée de farouches Jeunesses chrétiennes. Ce
qui démarre comme une comédie (athéisme et charleston) tourne vite à la tragédie
violente : bagarre entre les deux factions, une rampe d'escalier cède, une fille
meurt, tout ce petit monde se retrouve aux mains de gardiens comme le
patibulaire Noah Beery, dans une maison de redressement (curieusement mixte,
pour les besoins de la dramatisation), où se pratiquent les pires exactions
sadiques.
On voit déjà où ça mène quand les deux tourtereaux essaient de
s'embrasser à travers le grillage électrifié qui sépare les garçons des filles,
et que Jeanie reste collée dessus suffisamment longtemps pour avoir une croix
brûlée au creux de la paume. L'enfer ne tarde d'ailleurs pas, un incendie dément
au cours duquel la fille est menottée à la tuyauterie de sa cellule. La séquence
de sauvetage est d'un réalisme haletant, et pour cause : ce salaud de Cecil B.
avait insisté pour qu'on déclenche un vrai incendie, poussant ses jeunes acteurs
dans la fournaise. Trois blessés graves au final. Mais le film a eu gain de
cause, obtenant une réforme des maisons de redressement dans au moins trois
Etats.
Exagération artistique. Maddin a aussi eu à en découdre
avec la Monkey Connection. Deux semaines avant la conférence, lors d'une
présentation à Berlin, il s'était fait accueillir par une poignée de performance
artists américains (dont Vaginal Cream Davis, le trave taillé comme un pilier de
mêlée) portant des masques de chimpanzés et des gâteaux d'anniversaire en feu.
«Ça m'apprendra à me répéter dans les interviews, concédera Maddin. J'ai fait
mon premier film l'année de Blue Velvet, qui avait provoqué une vague de
Lynchmania, même à Winnipeg. J'admirais la façon dont Lynch amusait la galerie
avec ses interviews. Mais au bout d'un moment, il a commencé à se répéter et je
me suis juré de ne pas tomber dans le même piège. Evidemment, je ne m'imaginais
pas courir les festivals comme je le fais aujourd'hui... M'étant juré de ne
jamais me répéter, j'ai vite dû mentir, jusqu'à ce que je me retrouve à court de
mensonges. Bref, j'ai dû raconter cette histoire de quatrième anniversaire une
fois de trop.»
Maddin a eu une enfance hors norme, enfant débarqué dans
la maison familiale «le jour où la télévision est arrivée à Winnipeg, en 1957».
«Je crois que mes parents m'ont ramené de la clinique en même temps que le gros
poste et nous ont installés dans la même pièce.» Ses parents étaient trop vieux
pour s'occuper de lui. Ce quatrième anniversaire était un pur hasard. «Il y
avait une party à la maison, il se trouvait que c'était aussi mon anniversaire.
Mais c'était pour les adultes, il y avait des mecs à cigares, des
stripteaseuses. Mon père était directeur de l'équipe de hockey. Et un type s'est
amené avec un vieux chimpanzé de Hollywood en retraite, qui portait un chapeau
de cow-boy et un ceinturon à pistolets. Il a commencé par sauter à pieds joints
sur le gâteau ; laissant une grosse empreinte dedans. Ensuite il s'est mis au
piano. Moi je trouvais ça rigolo et je suis monté sur le banc avec lui, les gens
trouvaient ça adorable, c'était la première fois qu'on faisait attention à moi,
ça m'a drôlement plu. Mais le singe, ça l'a rendu fou de jalousie et il s'est
mis à me battre à coups de crosse de pistolet et à me griffer. Depuis ce
temps-là, j'ai une peur mortelle de ces bestioles.»
Maddin a aussi régalé
le public d'histoires sur sa ville, Winnipeg (Canada), la plus froide et isolée
du monde ( «Vous roulez dix minutes, vous êtes dans le vide total, le blanc sur
la carte, l'agglomération la plus proche est Minneapolis, à huit heures de route
en bourrant.» Winnipeg est selon lui une «ville rêveuse», propre à la nostalgie
qui colore son cinéma, où les cas de somnambulisme sont cent fois plus nombreux
qu'ailleurs. «Il y a même une loi qui stipule que si vous vous pointez à la
porte de votre ancien appartement, le nouveau locataire doit non seulement vous
laisser entrer, mais aussi vous laisser passer la nuit. Pour éviter les
désorientations trop brutales. Durant mon premier mariage, j'allais me coucher
dans un lit, je me réveillais dans un autre...» On reconnaît là la facture
Maddin : pas véritablement du mensonge, juste, peut-être, de l'exagération
artistique. Mais sa carte blanche à l'UCLA ne tenait pas de la nuit blanche,
surprenant par son côté terre à terre. Il est évident que s'il a programmé des
films aussi disponibles et connus que On Dangerous Ground et Caught le même
soir, ce n'est pas tant par amour pour Ray et Ophüls que pour enfin voir des
films favoris sur grand écran, en copies mirifiques.
Pareil pour le tristissime
Make Way for Tomorrow , un Leo McCarey qu'on ne voit jamais, qui traite d'une
vie de famille un peu similaire à la sienne, et, surtout, Secrets , le dernier
film de l'actrice Mary Pickford, raccrochant ses accroche-coeurs à l'âge de 40
ans. Maddin avoue qu'il aime dans ce curieux film de Borzage (il l'avait fait en
muet neuf ans avant avec Norma Talmage) «parce qu'on ne sait jamais où va le
film.» Comédie de moeurs au début, western au milieu, saga familiale plombante à
la fin, il vaut surtout par ces moments dont Borzage avait le secret, les
moments ralentis. La famille de pionniers est encerclée par les bandits. Le bébé
(fiévreux) se prend une balle perdue. Pickford seule s'en aperçoit, mais le
cache à son mari. Lequel prend quand même le temps, entre deux rafales, de
vérifier la température du nouveau-né. «Ah, il est plus froid», s'exclame-t-il,
soulagé.
Pingouins géants. Le seul choix de Maddin qui rappelait un tant
soit peu son cinéma était A Kiss for Cinderella , fait par Herbert Brenon avec
Betty Bronson, juste après leur immense succès Peter Pan. Une version perverse
de Cendrillon avec laquelle Brenon peut s'adonner au fétichisme du pied,
recréant un royaume groucho-marxien épatant, où les mariages sont célébrés par
des pingouins géants. Un vrai bouillon de culture pour l'ex-somnambule de
Winnipeg dont le nouveau film, Des trous dans la tête sera montré dans la
sélection de l'Acid à Cannes. Une version scénique de ce film existe, avec
orchestre, un trio de bruiteurs, un chanteur castra et un narrateur, et une
avant-première européenne a eu lieu au dernier festival de Berlin à l'opéra. Une
représentation pourrait avoir lieu à la rentrée à Paris, avec Isabella
Rossellini dans le rôle de la narratrice.
Ian Curtis
Control
Un film d'Anton Corbijn.
Biopic radical d'une beauté dépouillée, Control retrace
avec rigueur le parcours brisé de Ian Curtis, le chanteur de Joy Division et
rend hommage à son génie.
(2007, UK / Australie / 119 mn)
Avec : Sam Riley, Samantha Morton, Alexandra Maria Lara
…
Synopsis : La vie et la mort du chanteur Ian Curtis, leader du groupe
mythique de rock anglais des années 70 Joy Division. Dévoré par ses démons,
tiraillé entre sa vie de famille, sa gloire naissante et son amour pour une
autre femme, Ian Curtis s'est suicidé le 18 mai 1980 à la veille de la tournée
américaine du groupe qui s'annonçait triomphale. Ian Curtis a changé le rock
sans le vouloir, sans le savoir.
[source : l'espresso de Télérama]
A ce propos j'ai mis une longue entrée en anglais dans mon
blog dans cette langue.
Par ici les curieux :
Hasta la vista..!
Stephen Frears
Stephen Frears président à Cannes.
- Pour sa 60e édition, le festival de Cannes a choisi de confier la présidence du jury à Stephen Frears.
- Le cinéaste a sorti dernièrement avec succès "The Queen", satire de la monarchie britannique.
Un Anglais sur la Croisette. Le cinéaste anglais Stephen Frears, auteur de The Queen, satire de la monarchie et formidable succès au box-office, présidera le jury du 60e festival de Cannes, qui aura lieu du 16 au 27 mai, ont annoncé vendredi ses organisateurs. "C'est bien sûr un honneur, mais aussi un plaisir de pouvoir découvrir des films sensationnels, venus des quatre coins du monde, surtout dans une ambiance aussi prenante. God Save Cannes ! et la Reine, bien sûr", a affirmé le réalisateur, cité par un communiqué des organisateurs.
Le président du festival Gilles Jacob s'est dit "particulièrement heureux" de voir le réalisateur accepter sa proposition. "Nous rendons ainsi hommage à ce grand cinéaste inspiré, tout à sa liberté d'esprit et à son plaisir de filmer", déclare Gilles Jacob, estimant que "le 60e festival se place d'ores et déjà sous une bonne étoile, celle de l'intelligence, de l'esprit et d'une certaine impertinence".
Révélé par My Beautiful Laundrette en 1985, Stephen Frears avait présenté Prick up Your Ears en 1987 en sélection officielle à Cannes, où le film avait été primé, rappellent les organisateurs du festival. En 1988, Les Liaisons dangereuses" avaient "consacré son succès international", poursuivent-ils, et Stephen Frears "alterne depuis, avec un égal bonheur, les grands films de genre (Héros Malgré lui ou Les Arnaqueurs) et les "sujets plus intimistes ou engagés" (The Snapper, High Fidelity, ou Dirty Pretty Things)". Sorti à l'automne dernier, The Queen, son plus grand succès en Grande-Bretagne, a valu à son interprète principale, Helen Mirren, le prix d'interprétation féminine au festival de Venise 2006.
Salut les Diagos
Liquidation judiciaire
confirmée pour les Diagos.
C'est une histoire vieille
de vingt-quatre ans qui s'est achevée brutalement, hier matin, pour Antoine
Péréniguez, au tribunal de commerce de Montpellier.
Le rideau est tombé
sur une bonne partie du cinéma d'art et essai en ville avec la mise en
liquidation judiciaire de la Sarl Diagonal films.
Sous cette entité
étaient rassemblées les quatre salles Campus, Centre et Celleneuve. Mais le juge
commissaire a fort heureusement assorti la liquidation d'une cession qui
concerne le seul Diagonal Campus (lire ci-dessous).
La Sarl avait été
placée en redressement judiciaire, le 24 avril 2006. A partir de là, alors que
la justice lui donnait dix-huit mois pour se refaire une santé financière,
Antoine Péréniguez avait multiplié les appels du pied vers les collectivités
afin de solliciter des aides dans le cadre de la loi Sueur. Malgré d'importantes
subventions accordées par la Ville, l'Agglo et la Région (100 000 € au total),
il n'a pas été possible de sauver les Diagos.
Me Jean-François Blanc,
administrateur judiciaire, n'a pas ménagé sa peine dans ce dossier et confirme
que malgré ces aides, la liquidation était aujourd'hui la seule issue. « On
était dans une situation difficile avec, entre autres, un effondrement continu
des entrées. L'argent amené par les collectivités n'a pas servi à payer une
partie des dettes mais tout simplement les charges courantes auxquelles
l'exploitation ne permettait plus de faire face. » Il confirme également que,
pour l'heure, aucune proposition de reprise n'a été formulée pour le Diagonal
Centre, pas plus que pour celui de Celleneuve. « Mais comme nous sommes
désormais dans le cadre d'une liquidation, la situation juridique n'est plus la
même. » Sous-entendu, il ne faut pas exclure que des candidats se fassent
connaître rapidement.
La Ville de Montpellier a les cartes en main.
Surtout pour Celleneuve qui ferait un joli cinéma de quartier. « Pour le
Diagonal Centre, il y a un double handicap. Un loyer exorbitant et on ne peut
pas mutualiser les coûts sur deux projections, vu qu'iln'y a qu'une seule salle
», indique une source proche du dossier. Les cinéphiles, les vrais, espèrent que
ce coup d'arrêt va permettre de rebondir sur des bases solides.
J.
Ce, Midi Libre
Utopia, réseau indépendant, reprend le Diagonal
Campus.
« Dans ma souffrance, je
suis content de pouvoir travailler avec des gens sérieux avec qui on est sur la
même longueur d'ondes. » C'est par ces mots, hier matin, qu'Antoine Péréniguez a
accueilli la décision de justice confirmant Utopia comme repreneur du Diagonal
Campus.
Ce réseau indépendant de salles de cinémas art et essai possède
des implantations à Avignon, Bordeaux, Toulouse-Tournefeuille et Saint-Ouen
l'Aumône, en région parisienne. Mais il n'était pas présent en
Languedoc-Roussillon. « Quand j'ai vu qu'on allait à la catastrophe et qu'on ne
pourrait pas continuer avec Diagonal Films, j'ai fait appel à ces gens qui sont
un peu mes parrains. On a la même sensibilité et, au départ, c'est à leur côté
que j'ai appris le métier. Je sors d'une année très très difficile, surtout avec
l'épisode du débrayage de l'équipe que je n'ai toujours pas compris. Mais je
pense qu'avec l'arrivée d'Utopia, on va se renforcer », assure Antoine
Péréniguez.
Ceux qui craignaient que cette liquidation judiciaire de
Diagonal films entraîne de fait la disparition de "l'esprit diago" n'ont pas de
crainte à avoir, selon le gérant.
« Les choses vont aller beaucoup mieux
car je ne vais plus travailler tout seul. Avec Utopia, on va vraiment bosser
ensemble. De l'autre côté, il y a toujours Transversal films, qui poursuit son
activité au Capitole, et puis le Diagonal Campus continuera de s'appeler ainsi
et je vais continuer à assurer la programmation. » La mauvaise nouvelle
concerne, en revanche, le front de l'emploi vu qu'Utopia ne conservera que trois
des douze employés de feu Diagonal films.