Liverpool rules
Liverpool dans le vent.
Festivals. Début des réjouissances dans la capitale européenne de la culture 2008.
M. Le. @ Libération (avec AFP)
Liverpool, capitale européenne de la culture 2008, ouvre en fanfare ce soir avec un mégashow depuis le toit de Saint George Hall où devrait se déployer un ballet aérien de grues, de conteneurs et autres artistes funambules. Le lendemain, Liverpool the Musical retrace l’histoire de la cité éclectique en compagnie de Ringo Starr, Dave Stewart, Echo and the Bunny Men, Wombats, de poètes, comédiens, jardiniers et autres habitants de la ville dans la toute nouvelle salle de concert l’Arena, bâtiment de verre et d’acier de 10 600 places, symbole de la renaissance de la ville.
«Gènes». Ces festivités marquent le coup d’envoi d’un programme de plus de trois cents manifestations, parmi lesquelles une rétrospective Klimt, une autre consacrée à Le Corbusier ou encore une exposition personnelle de l’artiste Pipilotti Rist. Le chef d’orchestre britannique Simon Rattle dirigera le prestigieux Philharmonique de Berlin en septembre et l’autre survivant des Beatles, Paul McCartney retournera dans sa cité natale pour un concert géant le 1er juin dans le stade mythique d’Anfield, antre du Liverpool FC. «Il fallait qu’ils soient là, ils font partie de nos gènes», a déclaré le directeur artistique Phil Redmond au Guardian à propos des ex-«garçons dans le vent». The beat goes on au mois de juillet célébrera la vibrante scène musicale des soixante dernières années.
De quoi faire oublier son image de cité laminée par la crise économique des années 70-80. Liverpool, synonyme de cimetière industriel, de misère sociale et de hooliganisme avec son taux de chômage flirtant avec les 25 % au plus fort de la crise est en pleine renaissance. La ville du nord-ouest de l’Angleterre qui compte 460 000 habitants a bénéficié d’une profonde réhabilitation ces vingt dernières années. Surnommée la «capitale des grues», elle aligne les bâtiments modernes, trois universités en plein essor, un commerce florissant.
Les quais et hangars en brique d’Albert Dock, sur les rives de la houleuse rivière Mersey, symbole longtemps de la désolation de Liverpool sont aujourd’hui le poumon culturel de la cité portuaire, avec le musée des Beatles, la Tate, le musée de l’esclavage. Des quartiers fantômes attendent toujours leur rénovation, notamment Toxteth, passage obligé du pèlerinage Beatles, un alignement de maisons identiques, où est né Ringo Starr.
Blason. Avec son titre de capitale culturelle, le berceau de la pop espère redorer son blason et attend 1,7 million de visiteurs en plus des 20 millions qui y passent chaque année. Reste à espérer que les dépenses des festivaliers suffiront à résorber le déficit de 20 millions de livres (26 millions d’euros) creusé par le festival dans les finances municipales.
Photos et USA
Une rentrée photographique sous le signe américain.
a fin de l'année 2007 avait été marquée par les grands noms de la photographie américaine, avec des expositions sur Edward Steichen ou Helen Levitt. Le premier semestre de l'année 2008 célèbre encore l'Amérique, mais de façon plus discrète.
A Paris, la Fondation Henri-Cartier-Bresson met en avant, du 17 janvier au 13 avril, un photographe méconnu autant que novateur, Saul Leiter, qui a misé dès les années 1950 sur la couleur, plutôt cantonnée alors aux magazines et à la publicité. Egalement peintre, Leiter a utilisé la rue pour composer des images poétiques, très loin des reportages en vogue à cette époque.
Au Jeu de paume, du 15 avril au 15 juin, Alec Soth, jeune Américain qui vient d'intégrer la célèbre agence Magnum, mène un travail sensible où l'intime se mêle à l'approche documentaire. Enfin, la Fondation Cartier pour l'art contemporain fera place, du 28 mars au 8 juin, à une figure mythique de la scène américaine, moins connue d'ordinaire en photographie que sur la scène musicale : Patti Smith exposera pour une fois son travail plastique, photos et dessins.
Les autres expositions de la rentrée se recentrent sur la France ou l'étranger proche : la Maison européenne de la photographie se penche, du 15 janvier au 30 mars, sur l'oeuvre poétique du Français Edouard Boubat (1923-1999), avec, en complément, l'aventure du magazine Réalités, où le photographe a travaillé avec Jean-Philippe Charbonnier, Frank Horvat et d'autres.
Le Jeu de paume confirme son intérêt pour l'image au sens large, avec une grande rétrospective, du 22 janvier au 30 mars, de la vidéaste finlandaise Eija Liisa Ahtila. Puis, du 15 avril au 15 juin, une exposition consacrée à la Française Valérie Mréjen, photographe, plasticienne et vidéaste, qui bâtit son travail autour de détails cruels et de lieux communs.
Claire Guillot, Le Monde
Venus Express
ESPACE
Comment la planète Vénus est devenue une
fournaise.
NOUVELOBS.COM
Cousine de la Terre par sa masse et
sa taille, Vénus était couverte d'océans. Mais après l'évaporation de l'eau, la
teneur en CO2 de l'atmosphère était si élevée que l'effet de serre s'est
emballé.

Venus Express (AFP)
Dans un lointain
passé, Vénus devait être couverte d'océans : mais au lieu d'engendrer la vie,
elle est devenue une fournaise dont l'atmosphère, analysée depuis avril 2006 par
la sonde européenne Venus Express, est composée à 96,5% de CO2, a-t-on appris
jeudi 29 novembre.
Cousine de notre planète bleue par sa masse et sa
taille, l'étoile du Berger a une température de surface qui dépasse 450
degrés.
"L'eau présente sur Vénus dans le passé s'est tout
simplement évaporée. Il y en a encore des traces dans son atmosphère et nous
pouvons encore observer ce processus à l'œuvre", déclare Hakan Svedhem,
chercheur de l'Agence spatiale européenne (ESA).
Plus proche du Soleil
Au départ,
"probablement parce que Vénus est plus proche du Soleil (108 millions de km
contre 149 millions pour la Terre), l'atmosphère était un peu plus chaude et
donc plus riche en vapeur d'eau, dont l'effet de serre est encore plus puissant
que celui du CO2", ajoute Hakan Svedhem, qui présente cette semaine dans la
revue britannique Nature une série d'articles consacrés à l'étoile du
Berger.
Comme sur la Terre ou encore sur Mars, l'atmosphère
vénusienne trouve son origine dans le "dégazage" des volcans, et était
principalement composée dans sa jeunesse de vapeur d'eau et de dioxyde de
carbone.
Sur Terre, une grande partie du CO2 a par la suite
été piégée dans la lithosphère (roches) sous forme de dépôts calcaires, dans les
océans et dans les organismes vivants, entraînant le cycle du
carbone.
"L'effet de serre s'est emballé"
Sur
Vénus à l'inverse, après l'évaporation de l'eau, "la teneur en CO2 de
l'atmosphère était tellement élevée que l'effet de serre s'est emballé",
explique Hakan Svedhem. Explorée par plus de 30 vaisseaux depuis 1962, l'étoile
du Berger est loin d'avoir révélé tous ses secrets: une épaisse couche de nuages
d'acide sulfurique, probablement d'origine volcanique, avait jusqu'à présent
empêché l'acquisition de bonnes images de sa structure atmosphérique et de sa
surface. Grâce à l'utilisation d'une nouvelle partie du spectre lumineux, Venus
Express "dresse aujourd'hui une carte en trois dimensions de cette atmosphère,
qui nous permet vraiment de comprendre beaucoup mieux que par le passé la météo
et la circulation" de l'atmosphère vénusienne, assure Hakan
Svedhem.
Trois fois la vitesse d'un ouragan
Les
vents dans la haute atmosphère de Vénus soufflent à trois fois la vitesse d'un
ouragan sur Terre à 70 km d'altitude, tandis que la planète ne tourne sur
elle-même que très lentement, à raison d'un lever et d'un coucher du soleil tous
les 177 jours. Ces vents, dont la vitesse répartit uniformément les températures
de surface et expliquent l'absence de saisons au sol, ont été mesurés en suivant
les nuages d'acide sulfurique qui circulent dans la haute atmosphère. Au sein de
ces nuages, la sonde a mesuré une différence de 30 à 40 °C entre les
températures diurnes et nocturnes, qui ne peuvent être expliquées par le seul
rayonnement solaire. "De puissants courants descendants pourraient réchauffer
l'air par compression", estime dans Nature Andrew Ingersoll, du
California Institute of Technology.
Eclairs
Une
autre interrogation concerne l'existence d'éclairs, qui ne devraient pas se
produire dans des nuages qui s'apparentent à nos nappes de pollution. Venus
Express a cependant détecté des ondes électromagnétiques de basse fréquence qui
durent une fraction de seconde et devraient résulter d'une décharge électrique.
"Peut-être n'avons nous pas pensé à tous les moyens par lesquels de
l'électricité peut être générée dans l'atmosphère d'une planète", s'interroge
Andrew Ingersoll qui pense que "si un jour nous parvenons à suivre les
phénomènes climatiques sur Vénus comme nous le faisons pour la Terre, nous
pourrions commencer à comprendre la météo en général". (avec AFP)
MindHabits
Un jeu pour doper la confiance en soi.
Un nouveau jeu vidéo pourrait aider à réduire le niveau de stress et à accroître l'estime de soi. C'est ce qu'indique une série de cinq études publiées aux Etats-Unis dans le Journal of Personality and Social Psychology.
L'une de ces études, rapportée par le magazine québécois en ligne Passeportsanté.net a été menée auprès d'un groupe déterminé de salariés soumis à beaucoup de pression et de stress : 23 vendeurs d'une société de télémarketing de Montréal, au Québec.
Pendant une semaine, au début de chaque journée de travail, une partie du groupe de vendeurs a joué durant quinze minutes à un jeu vidéo conçu spécifiquement pour l'étude. L'objectif était de cliquer le plus rapidement possible sur des visages souriants dans une grille de visages renfrognés ou peu affables. La seconde partie du groupe devait cliquer sur des fleurs à cinq pétales apparaissant dans une grille de fleurs à sept pétales. Ensuite, tous les participants ont rempli un formulaire d'évaluation pour établir leur niveau de stress et de confiance avant et après leur journée de travail.
Les résultats montrent qu'en s'entraînant à reconnaître rapidement les visages souriants, les vendeurs du premier groupe, selon leur évaluation, ont augmenté leur estime de soi et leur confiance. Leur taux de cortisol – l'hormone du stress – a affiché une diminution de 17 %. De plus, leurs ventes ont été plus importantes que celles du groupe ayant cliqué sur des fleurs. Ce jeu-ci n'ayant pas non plus eu d'effet sur le niveau d'estime de soi ou de confiance chez les vendeurs du second groupe.
"Lorsqu'une personne ressent du stress, il arrive qu'elle accorde une attention exagérée à des signaux potentiellement menaçants de son environnement. Ces signaux génèrent alors encore plus de stress et entraînent la personne dans un cercle vicieux", précise Mark W. Baldwin, professeur au département de psychologie de l'université McGill, à Montréal, et chercheur responsable de la série d'études. En s'entraînant à se concentrer sur les visages souriants, les joueurs brisent ce cercle vicieux et apprennent à se concentrer sur les signaux positifs de leur environnement, tel le soutien offert par leurs collègues, explique le professeur.
Le grand public français pourra, dès janvier 2008, faire l'essai de ce jeu vidéo* qui s'adresse à tous ceux qui doivent composer avec le stress, révèle le Pr Baldwin.
* Le jeu MindHabits compte quatre modules distincts ; le module "Matrix" est celui qui correspond à l'étude mentionnée. "Ces jeux d'entraînement cérébral rééduquent automatiquement le cerveau à réagir au stress social", affirme le site www.mindhabits.com. A vérifier !
Elisabeth Berthou
Skins
Skins, la jeunesse
britannique à fleur de peau.

Dans la série britannique Skins, les adultes sont
une espèce étrange. Vociférants, détraqués, immatures ou dépassés par les
événements, ils sont pris dans un miroir déformant qui les coupe de l'intrigue.
Aucune figure d'autorité parmi eux, à une exception près. "C'est comme dans les
vieux Tom et Jerry, où l'on ne voit que les jambes des personnages
humains", glisse Francis Hopkinson. Il supervise la section fiction de Channel
4, à l'origine du projet avec sa filiale E4.
Skins est une série filmée à hauteur d'adolescents, par et pour
des adolescents. La première saison, diffusée début 2007 au Royaume-Uni (et à
partir du 6 décembre sur Canal +) met en scène le quotidien de neuf jeunes de la
banlieue de Bristol, âgés de 16 à 17 ans et élèves dans un lycée technique. A
chaque protagoniste son épisode, avec une même ambition : filmer l'adolescence
telle qu'elle est. Pas de personnages bien propres sur eux, pas de dialogues
invraisemblables à force d'être lisses. Exit Beverly
Hills, Buffy et autres Dawson !
Le lancement de la série s'est
accompagné d'un plan marketing calibré. Qui peut raconter l'adolescence mieux
que… les adolescents ? Channel 4 a mis en avant la moyenne d'âge de ses
scénaristes : 22 ans. Lesquels se sont empressés de préciser, comme dans
The Independent, que
leur quête d'authenticité avait parfois été bridée par les règles de bienséance
télévisuelle en vigueur (pas de gros mots), voire par la législation sur la
protection des mineurs : "Le Child Protecting Act nous empêche de décrire la vie
des ados telle qu'elle est vraiment", se désole Brian Esley, créateur et
scénariste de la série.
La chaîne E4 est allée chercher son public là où
il se trouvait : sur Internet et sur le site de partage MySpace, où ont été diffusés des mini-épisodes
inédits. Le titre de la série n'a pas été choisi au hasard : "skin",
c'est la peau, la pelure et la mue, mais aussi le papier pour se rouler des
joints. Les bandes-annonces étaient à
l'avenant. S'il fallait s'en tenir à elles pour résumer la série, constate Phil
Hogan dans The Observer,
Skins narrerait le quotidien d'"une bande de jeunes obsédés par le sexe,
grossiers, qui passent leurs nuits à avaler des pilules et à boire des litres de
vodka, avant de tout régurgiter sur la moquette de gens qu'ils ne connaissent
pas".
Le plus sûr moyen de toucher les ados est, encore et toujours, de
choquer les parents. E4 s'est vue récompensée par le deuxième meilleur score
d'audience de son histoire. Certes, la répartition des personnages est sans
surprise : la forte tête, l'anorexique, l'intello, l'homo, le musulman… Certes,
des péripéties ont un air de déjà-vu, comme lorsque la bande du lycée technique
vient gâcher une fête organisée par les fils à papa du quartier. Mais, au-delà,
"le scénario réussit à rendre ce mélange d'égoïsme excessif et de vulnérabilité
qui donne aux parents l'envie de tordre le cou à leurs enfants tout en les
serrant dans leurs bras", s'enthousiasme Ian Johns dans le Times. Skins met
en scène des jeunes qui se veulent grands, mais à qui tout reste à faire pour la
première fois. Y compris à passer le cap d'une deuxième saison, bientôt sur les
ondes outre-Manche.
Marie Béloeil
Jean-Paul Montanari
La perte d'un grand frère.
ENTRETIEN :
Jean-Paul Montanari, directeur du festival
Montpellier-Danse, voit dans la disparition de Maurice Béjart le départ d'un
grand frère... « Nous avons vingt ans d'écart et quelque chose de fort nous
liait bien au-delà de nos relations professionnelles. Nous avons tous les deux
perdu un proche à cause du Sida. Dominique Bagouet en ce qui me concerne, Jorge
Donn pour lui. Et nous nous parlions de nos vies de façon très personnelle...
» Un lien très fort et depuis 1994, l'année de la première venue de Maurice
Béjart à Montpellier, une évidente fidélité et complicité entre les deux
hommes.
« Je n'ai pourtant pas compris tout de suite
que c'était lui qui avait été mon déclencheur. Celui qui a fait ma vocation à
m'occuper de la danse. Alors que j'en suis un admirateur depuis la fin des années 60, quand
j'ai rencontré sa danse à Avignon. C'est l'humanité entière qu'il nous
présentait. C'est un homme qui se laissait volontiers traverser par toutes les
cultures et toutes les mystiques. Aujourd'hui il est évident pour moi qu'il est
l'inventeur social de la danse contemporaine française. Il est un pionnier, un
fondateur qui a su fédérer plusieurs générations autour du désir et de la
danse... » Les souvenirs sont nombreux, mais spontanément Jean-Paul Montanari
évoque cette intervention fameuse de 94. « Il était là, place de la Comédie, un
micro à la main, pour dire des poèmes de René Char. C'était un grand moment.
Intime avec six mille personnes... En mars dernier, il a tenu à accompagner la
représentation de "Zarathoustra". Il était là, à l'opéra Berlioz, et il a salué
le public. Sa dernière ovation à Montpellier... » En revanche, n'attendez pas de
Jean-Paul Montanari un hommage particulier pour la prochaine édition de
Montpellier-Danse. Il n'aime pas trop le procédé.
Mais le hasard de la programmation fait
parfois bien les choses. Le ballet de l'Opéra de Paris, qu'on n'avait pas vu à
Montpellier depuis des lustres, sera là en février 2008. Pour une série de
représentations d'une des oeuvres maîtresses du chorégraphe disparu, Le Boléro.
La danse, art de l'éphémère par excellence, a
aussi ses jalons inusables.
J.-F. B.
Maurice...
Maurice Béjart est décédé.
Le chorégraphe français, dont la santé était
fragile, avait connu le succès à Bruxelles avant de conquérir le monde
francophone.
L'artiste d'origine marseillaise dirigeait le
Béjart Ballet Lausanne depuis une vingtaine d'années.
Il aura vécu pour la danse jusqu'à ses
derniers instants. Maurice Béjart, dont on a appris le décès
jeudi, avait quitté brièvement l'hôpital pour assister quelques jours avant son
dernier souffle à la répétition de son dernier spectacle, le Tour du Monde
en 80 minutes. La première mondiale est programmée le 20 décembre à
Lausanne. Le spectacle doit ensuite partir à Paris, puis en tournée mondiale.
Béjart avait mis la danse à la portée d'un large
public. Le chorégraphe français est décédé à l'âge de 80 ans à Lausanne en
Suisse où il était hospitalisé, pour des problèmes cardiaques et rénaux. Depuis
plusieurs années, une santé fragile l'avait obligé à réduire son activité
jusqu'alors prolifique. Le chorégraphe, né en 1927 à Marseille sous le nom de
Maurice Berger, dirigeait le Béjart Ballet Lausanne depuis une vingtaine
d'années.
Après une licence de
philosophie, Béjart avait abandonné ses études pour se consacrer à la danse,
découverte à l'âge de 14 ans sur les conseils de son médecin pour "fortifier
son corps malingre". Il suit une formation classique à Londres et Paris et
signe sa première chorégraphie en 1952 pour un film suédois L'oiseau de
feu, dont il est le premier interprète. Dénonçant rapidement un art
"coupé des masses", Maurice Béjart innove avec Symphonie pour
un homme seul (1955), sur la musique d'avant-garde de Pierre Henry et
Pierre Schaeffer.
Sous son impulsion, la danse devient
physique, sensuelle et les artistes prennent vie. Face à la résistance des
cercles traditionnels, il doit s'exiler et rejoint Bruxelles, où son Sacre
du Printemps reçoit un accueil triomphal au Théâtre royal de la Monnaie.
Un an plus tard, il y fonde les Ballets du XXe siècle : ses chorégraphies,
montées à un rythme rapide dans la capitale belge avant de partir faire le tour
du monde, rencontrent un vif succès. Parmi ses réalisations, figurent le
Boléro (1960), la IXe symphonie de Beethoven (1964),
Roméo et Juliette (1966), Messe pour le temps présent (1967)
ou encore Malraux (1986).
A la suite d'un bras de fer avec le
directeur du TRM, Gérard Mortier, Maurice Béjart poursuit son aventure en
Suisse en 1987 avec sa troupe, rebaptisée le Béjart Ballet Lausanne, puis avec
le Rudra Béjart Ballet (1992), qui dispense une formation de danseur sur deux
ans. Il a ouvert également une école à Dakar et à Bruxelles. Il imagine des
créations ambitieuses, frôlant la démesure, comme Ring um den Ring
(1990) d'après Wagner, ou MutationX (1998). Plus récemment, on lui doit
aussi Mère Teresa et les enfants du monde (2002), Ciao
Federico (Fellini, en 2003), Zarathoustra (2006).
Peu après l'annonce de la mort du
chorégraphe, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à "l'un des plus grands noms de
l'histoire de la danse", que "seule la mort pouvait interrompre dans
son élan". La directrice de la danse de l'Opéra de Paris, Brigitte Lefèvre,
a elle salué réagi son "empathie avec le public" et sa "vitalité
extraordinaire". Pour l'ancien danseur étoile Patrick Dupond, Maurice Béjart "est sans doute déjà en
train de faire danser les étoiles". L'écrivain belge François Weyergans,
proche ami du chorégraphe français, a salué un "créateur d'une fécondité
exceptionnelle".
Les Ursulines
La cité
internationale de la danse sur orbite.
Il y a du boulot ! C'est une évidence. Nue, aujourd'hui,
débarrassée des gradins pour les représentations estivales de Montpellier Danse,
les concerts musique du monde du festival de Radio France et les séances de
cinéma sous les étoiles, la Rotonde des Ursulines relève du chef-d'œuvre en
péril. Idem pour la chapelle de
l'ancienne prison de femmes du boulevard Louis-Blanc, véritable pigeonnier
ouvert à tous les vents.
À terme, en 2010, ces deux magnifiques lieux une fois
rénovés seront des espaces livrés au public dans ce que sera Agora, la Cité
internationale de la danse. Dans les travaux de réhabilitation, présentés
officiellement hier, une première tranche prévoit également l'aménagement de
deux studios de répétition et de création (l'un pouvant accueillir le public) et
six hébergements pour des résidences d'artistes. « C'est actuellement ce qui
est le plus rare et le plus difficile à trouver pour les danseurs, souligne
Mathilde Monnier, directrice du Centre chorégraphique. Accéder à un peu
d'aisance, de tranquillité et de repos pour des périodes de création de deux
semaines à un mois. »
« Cet ensemble n'est pas unique en France ou en Europe, a
estimé Georges Frêche lors de la conférence de presse. Je trouve la
communication bien modeste, il est unique au monde. Nulle part ailleurs, tous
les métiers de la danse ne sont réunis en un même lieu. » En tant que président
de l'Agglomération et de la Région (7,7 M euros sur les 9,5 M euros du coût
total de l'opération), le principal financeur de ce projet au côté de l'État
espère ainsi asseoir définitivement la place de Montpellier comme l'un des lieux
de naissance de la danse contemporaine en compagnie de New York ou encore
Berlin. « Il était temps d'institutionnaliser cet art », conclut
Jean-Paul Montanari, directeur du Festival Montpellier Danse, qui, depuis un
quart de siècle, se bat pour cette cause.
Auparavant, c'est Hélène Mandroux, maire de Montpellier,
qui a détaillé le déroulement des travaux. Dans quelques semaines, ils
concerneront en premier lieu l'élaboration des deux studios de création et
répétition (respectivement 205 et 300 m2), les six hébergements pour résidence
d'artistes et l'aménagement de la Chapelle pour des programmes « d'actions
artistiques et culturelles variées ».
Enfin, l'année suivante, la rénovation de la rotonde des
Ursulines, des façades intérieures et extérieures du site, la création de neuf
loges et deux vestiaires termineront l'aménagement de l'Agora. Le mouvement -
spectacle, création et aide à la diffusion - est bel et bien lancé.
Ch. GAYRAUD
Mathilde Monnier et Montpellier
Mathilde Monnier fait rêver toute une ville.
La ville est-elle aussi un sujet pour la danse ? Pas impossible avec la prochaine création de Mathilde Monnier, présentée dans le cadre des Hors Séries du centre chorégraphique, au studio Bagouet, samedi et dimanche.
Sous le titre de Maquette city, la chorégraphe propose « un modèle réduit » de la mise en scène qu'elle signe pour le compositeur allemand Heiner Goebbels, dont l'œuvre intégrale, Surrogate cities, sera interprétée en février 2008, par le Philharmonique de Berlin. L'opéra, créé en 1994 à Francfort, jouit depuis d'une réputation hors pair pour oser rassembler orchestre et sampler ; et, sur le thème des villes, toucher à tout : peintures, architectures, sons, et textes d'auteurs, comme Kafka, Calvino, Paul Auster et Hugo Hamilton, avec 96 musiciens et 120 interprètes.
Pour Montpellier, et même si l'affaire est de moindre taille, Maquette city est un projet avant tout humaniste. Et qui rassemble petits et grands, jeunes et moins jeunes : en tout soixante personnes, dont des membres de l'atelier danse de salon du club Jeanne Galzy-Age d'or, ceux de Montpellier Université Club, section gymnastique, et les 20 élèves des classes de CM1 et CM2 de l'école Robert-Fournier de Saint-Jean de Cornies.
Mathilde Monnier n'avait pas rêvé d'un tel projet, depuis l'âge de 14 ans, lorsqu'elle écrivait des chorégraphies pour des personnes âgées dans des maisons de retraite, avec six copines. C'est « un immense cadeau ».
Cela ne l'est pas moins pour Thibaut Kaiser, directeur et enseignant à l'école Robert-Fournier. En ville, c'est clair, « les enfants ont un regard neuf » et, surtout, « ils ont compris que la danse, c'est de la pensée ». A suivre une répétition, impossible de ne pas le croire. Bel enthousiasme aidant, chacun s'élance sur scène comme dans un territoire à soi. Qu'il s'agisse de dessiner au sol, avancer en ordre dispersé, construire sa représentation de la ville avec des boîtes en carton - sucre, biscuits, céréales, passant ainsi allègrement du règne du petit déjeuner à l'aire de danse. Surprenant. Mais pas moins que la partition.
Auteur de la musique des Lieux de là, création de Mathilde Monnier en 1999, Heiner Goebbels joue dans Surrogate cities « d'une perspective hautement subjective ». Il s'agit, de « construire quelque chose qui se confronte au public pour qu'il réagisse, en découvrant dans la musique un espace où il peut entrer complètement avec ses propres associations d'idées ». Vue sous cet angle, une ville est un monde dont chacun est le citoyen. Belle utopie.
Samedi 17 novembre, à 20 h 30. Studio Bagouet, Les Ursulines, boulevard Louis-Blanc. 5 et 6 euros.
Tél : 04 67 60 06 70. Également dimanche, à 17 h.
Lise OTT
Rita Cioffi danse
Mais que devient le corps face à l'ordinateur
?
La chorégraphe
italienne Rita Cioffi, installée à Montpellier, poursuit sa quête identitaire.
Après Pas de deux, corps à corps entre
un homme et une femme où se fondaient similitudes et différences, revoilà, au
Périscope, une pièce sur l'identité polymorphe des internautes.
« L'anonymat permet toutes sortes de projections sur
l'autre. On ignore qui il est et on s'invente une autre identité, on veut offrir
une autre image de soi, sublimée », souligne Rita Cioffi qui s'attache à la
mise en marche de ce rituel solitaire dans la quête de l'autre.
Avec ce questionnement incontournable pour une
danseuse et chorégraphe : « Que fait-on de son corps quand on passe des
heures devant l'écran ? Il est statique dans la réalité, mais mentalement
démultiplié ? » Et cela dès le choix du pseudonyme. Le titre de la pièce de
Rita Cioffi est d'ailleurs un hypothétique pseudo : Pomme 33. Femme ou
homme ? On ne le saura pas ! Une personne ou personne. Cela n'a pas
d'importance. Qui se cache derrière le fruit symbole du péché original et de la
connaissance ? Pomme 33 circule dans les sites de rencontres sur internet,
en figure amoureuse d'aujourd'hui.
« Elle suscite les convoitises des
visiteurs, réveille les passions des uns et des autres. Elle surfe de façon
toute simple sur le danger, l'interdit, le désir, la transgression »,
précise la chorégraphe qui s'est imprégnée de Rester vivant, texte de
Michel Houellebecq, sur cette double dimension de la solitude au milieu de la
foule des internautes. Des poèmes de l'écrivain font d'ailleurs partie du
spectacle.
Sous la forme d'un quatuor, Rita Cioffi
explore justement plusieurs manières de vivre, de se projeter dans ce monde «
où tout semble possible, mais qui reste une quête inassouvie de l'autre
».
Pour ses danseurs : elle choisit des
personnalités et des nationalités différentes. Ils sont Italien (Alessandro
Bernadeshi), Français (Claude Bardouil), Catalan (Aniol Bousquet). Ils savent
jouer de divers registres, du chantà la comédie...
Sur scène, un artiste multimédia dans sa
caverne d'ordinateurs, les filme, se filme lui-même, envoie des textes sur
écran, trafique les images. « Les performances de la machine sont aussi
présentes. L'ordinateur est le vrai protagoniste, nous sommes ceux qui gèrent ou
subissent, dans un nouveau rapport au monde. Avec toujours cette question : que
devenons-nous là-dedans ? », remarque Rita Cioffi qui passe, avec Pomme
33, du ludique au cynique, de l'ironique au poétique, pour danser
l'impossible rencontre par écran interposé.
Vendredi 16 et samedi 17
novembre, à 20 h 30 au Périscope, 4, rue de la Vierge. Tarifs : de 6 à 12 euros.
Tél. 04 66 76 10 56.
Muriel PLANTIER