Erna Omarsdottir
Erna Omarsdottir, tout en démesure.
BORDEAUX ENVOYÉE SPÉCIALE POUR LE MONDE
Elle chante
volontairement faux, vocifère et éructe avec une telle violence qu'elle ferait
presque peur si elle n'était si malicieuse. Toujours du côté du pire, de la
démesure, la chorégraphe et danseuse islandaise Erna Omarsdottir, invitée
d'honneur du festival les Grandes Traversées à Bordeaux jusqu'au 18 novembre,
peut se barbouiller de rouge à lèvres comme une cannibale, elle ne perd jamais
son humanité, aussi défigurée soit-elle.
Présenté lundi 12 novembre à
Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), The Mysteries of Love, duo de filles très
"girly" co-mis en scène avec le musicien Johann Johannsson, son copain d'enfance
lorsqu'elle habitait chez ses parents et faisait des performances à la fenêtre
pour que les voisins la regardent, a laissé le public bouche bée. Quoi qu'elle
ose, le talent incorruptible de cette femme de 35 ans, complice du metteur en
scène Jan Fabre et de la chanteuse Björk, éclate en électrochocs successifs sans
faire aucune concession à la beauté et aux convenances.
HULULEMENT
SEXUEL
Entre concert rock, coups de dents adolescents et roucoulades dans
la cour de récré, The Mysteries of Love avance en biais, mais sait où il va. En
rouge et rose, les fausses jumelles - l'une brune (Erna Omarsdottir), l'autre
blonde (Margret Sara Gudjonsdottir) - se font un malin plaisir d'exhiber toutes
les figures-clichés du féminin. Elles les revendiquent même avec voracité. Oui,
elles sont sorcières, hystériques, vamps, poupées brisées et elles adorent ça.
Sous l'emprise d'Erna Omarsdottir, la ronde affolante prend des allures de
sabbat psychédélique : les jolis bonbons sont empoisonnés.
La chorégraphe
ne recule devant rien. Ni la laideur ni le risque du ridicule ne lui font peur.
Entremêlées comme deux gros bébés gigotant des orteils, les filles couinent et
jappent. Jamais on n'a entendu des sons aussi invraisemblables sortir de corps
de danseuses. Extirpant du plus profond d'elle-même toute une gamme musicale,
Erna Omarsdottir glisse de la plainte animale au chant des noyés, du hululement
sexuel à la litanie des sanglots. Au sommet de ses excès, elle ne nous fait
jamais oublier une chose : tout est bel et bien du théâtre dont elle tire les
ficelles.
Cette capacité à ramasser des émotions opposées dans un hoquet,
Erna Omarsdottir la surexpose dans cette pièce comme une adolescente prête à
tout dont le corps est la seule issue mal fichue. Une séquence façon "film
d'horreur" fait basculer les deux interprètes du hurlement de fête foraine à la
stridence des terreurs enfantines. A force de travailler son instinct, Erna
Omarsdottir a appris à mettre en scène les couches les plus reculées, les plus
indicibles de l'être, celles de l'inconscient. Pas étonnant qu'elle plonge le
public en apnée.
IBM 1401, A user's Manual, d'Erna Omarsdottir et
Johann Johannsson. Avec les 40 cordes de l'orchestre symphonique du
Conservatoire de Bordeaux (Gironde). Le 15 novembre, à 20 h 30. Les Grandes
Traversées, Bordeaux. Tél. : 05-56-96-07-25. De 20 € à 9
€.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-978253@51-975677,0.html
De la merde...
Ou comment passer une vraie journée de m...
Dire que tout le monde en parle en ville serait exagéré. Mais la Fête de la merde, aujourd'hui au Lieu noir, en fait rire certains, en exaspère d'autres. Il y a également ceux qui sont choqués. Bien sûr, Pascal Larderet, organisateur, s'attendait à des réactions.« On ne fait jamais les choses pour rien » avoue-t-il.
Mais il affiche un sourire innocent en expliquant : « Il y avait déjà la Fête du boudin, la Fête de l'andouille... Pour rester dans la tripe et le boyau, on s'est dit : pourquoi pas la Fête de la merde ? C'est un sujet qui touche tout le monde ! C'était la même chose avec l'érotisme il y a quelques années, qui est à présent complètement accepté dans l'art. »
Mais la scatologie reste un tabou. Même si beaucoup d'artistes ont travaillé sur ce sujet odorant. En 2000, il y a eu Cloaca, l'invention de Wim Delvoye, qui a fait le tour du monde. Elaborée avec des scientifiques, il s'agit ni plus ni moins d'une "machine à faire caca" à partir de véritables aliments. Les excréments, emballés sous vide et marqués des logos de grandes marques, étaient revendus pas moins de 1 000 dollars pièce.
Demain, il y aura aussi du "grand public". « La conférence sur la merde de Jean-Marie Maddeddu est instructive. Tout à fait sérieuse, mais rigolote », commente Pascal Larderet. Au titre des animations plutôt sympathiques, on trouve aussi une exposition de cuvettes détournées : cuvette-vélo, cuvette à bascule... ; une exposition de crottes de chiens célèbres ; une visite commentée de (vrais) cacas de la ferme...
En fin de soirée, on monte d'un cran. « On veillera à éloigner les enfants. En les occupant à l'atelier de modelage de crottes en terre, par exemple. »
Le plus haut degré dans l'acceptable étant atteint avec Jean-Louis Coste, en fin de soirée. Le performeur, mondialement connu, est considéré comme le plus "trash", sans aucun tabou ni limite. « Un truc à voir une fois dans ta vie, juste pour voir si tu peux tenir plus d'une minute », prévient Pascal Larderet. Mais pas forcément pour son bon goût.
A. J. A partir de 15 h au Lieu noir, 18, quai Rhin-et-Danube. Entrée : 5 euros.
Oktobre en Octobre
Reportage
Succès pour le festival Oktobre à Montpellier
e Théâtre des Treize Vents, à Montpellier, Centre dramatique national (CDN) du Languedoc-Roussillon, présente chaque année, depuis 1999, un festival de théâtre consacré aux écritures contemporaines, Oktobre. Et si, en 2006, il avait dû se tenir en une seule semaine, il a cette année retrouvé sa durée originale, deux fois quatre jours. Après les adaptations de romans (du 17 au 20 octobre), la seconde partie provient, pour la quatrième année consécutive, d'Europe de l'Est, avec en particulier Sad Songs from the Heart of Europe et son extraordinaire interprète, l'actrice lituanienne Aldona Bendoriuté (jusqu'au samedi 27).
Dans un théâtre refait à neuf, chaleureux en ce mois d'octobre ensoleillé mais frileux, il y a beaucoup de monde, preuve pour le directeur des Treize Vents, Jean-Claude Fall, qu'il y a une "explosion du théâtre", notamment à Montpellier : "Aujourd'hui, tout confondu (opéra, orchestres, théâtres...), on touche plus de 700 000 spectateurs." Pourtant, les budgets stagnent, dit-il, depuis quinze ans.
Jean-Claude Fall se réjouit que le travail d'ouverture qu'il mène au CDN depuis dix ans donne des résultats : "Nous avons un taux de fréquentation moyenne de 97 %." Il a constitué un "embryon de troupe" pour lutter contre un paradoxe : "Aujourd'hui, le seul artiste d'un théâtre est le directeur. On est passé dans les CDN de l'offre d'espaces et de moyens aux troupes à une interdiction sous-jacente d'engager des comédiens." Or, "qui invite-t-on dans les festivals internationaux ? Des troupes !". Qui dit troupe dit aussi répertoire, et certaines oeuvres sont données depuis quatre ou cinq ans. Bien sûr, la troupe des Treize Vents participe largement au festival Oktobre.
Les représentations durent rarement plus d'une heure, les lieux dispersés dans et autour du théâtre (chapiteau, salles de répétition) sont petits, le public est proche des comédiens, parfois même amené à se mêler à eux (autour d'une immense table pour Pluie d'été d'après Marguerite Duras). Impossible d'échapper à cette intimité, cette proximité du jeu, des acteurs.
Mais, si cela fonctionnait fort bien pour Roxane Borgna, somptueuse, imprévisible et follement drôle Ariane de Belle du Seigneur, d'après Albert Cohen, ou pour Thierry Gimenez, impayable Victor Baton venu de Mes amis, d'Emmanuel Bove (dans un duo parfaitement juste avec l'accordéoniste Marc Perrone), ce fut moins réussi pour Fanny Rudelle, confrontée à Enfances, de Nathalie Sarraute, trop intériorisée, trop proche de la lecture, trop statique dans de beaux éclairages.
Oktobre, Théâtre des Treize Vents, domaine de Grammont, Montpellier. Tél. : 04-67-99-25-00. Tarif unique 10,50 euros. Sur Internet : www.theatre-13vents.com.
Martine Silber, envoyée spéciale pour Le Monde
Vues sur pays de l'Est entre espoirs et désillusions.
Le festival Oktobre des écritures contemporaines baisse le rideau sur un théâtre direct et poignant
Il avait fallu le bruit des bombes, il y a peu, sur le continent européen, pendant la guerre en ex-Yougoslavie, pour ébranler l'opinion publique occidentale.La "troisième" guerre des Balkans avait valu zoom avant, zoom arrière et aux Casques bleus de débouler tous les soirs dans nos salons à l'heure de la soupe.
Aujourd'hui, dans des pays de l'Est à peine plus éloignés, point de guerre armée meurtrissant les populations dans leur chair. Mais combien de bouleversements politiques, philosophiques et économiques, internes ou imposés par la globalisation, blessant les populations dans leur âme, leur identité, leur individualité même ? Pas de fracas d'explosion, pas ou peu de sang, pas d'interventionnisme occidental pacificateur. Donc pas d'images à diffuser en prime time. Des vies défaites, des espoirs envolés, des rêves brisés, sans doute y en a-t-il assez dans nos pays douillets. Pour combien de temps encore ?
Ce sont toutes ces questions et bien d'autres que soulèvent, depuis maintenant trois ans, le festival Oktobre et sa seconde semaine consacrée au théâtre des pays de l'Est de l'Europe. On y découvre, par exemple cette année, Fuck you Eu. ro. Pa, un monologue de Nicoleta Esinencu, jeune auteur moldave, aussi griffu que des frontières barbelées au temps de la guerre froide. Inutile d'être expert en géopolitique pour mesurer tous le sens de ses propos. La trentenaire ne s'embarrasse d'aucun message caché pour décrire la perte de repères de toute sa génération, coincée entre des traces de l'ancien régime communiste encore visibles et des promesses de bien-être matériel insaisissables. La mise en scène allusive de Dag Jeanneret et l'interprétation à fleur de peau de Sarah Fourage montrent combien ce texte a dû leur remuer les tripes pour relayer l'interrogation : « Qu'y a-t-il de pire : la maladie ou les remèdes ? »
Avec Le russe sans douleur (méthode) un « cabaret dramatique, politique, linguiste et lyrique », d'Anton Kouznetsov, on abandonne la virulence et l'humour noir pour tourner le regard vers « Ailleurs l'herbe est-elle plus verte ? » Autodérisoire, ironique, mélancolique parfois, l'artiste n'en regarde pas moins son pays droit dans les yeux tout en racontant comment et pourquoi il a dû le fuir. Juste pour des menaces de mort. Un véritable sujet de JT de 20 h.
Ch. GAYRAUD
Vagin Day
"Les monologues du vagin",
la liberté de paroles.
Après avoir recueilli
près de deux cents paroles de femmes de différentes cultures, religions, classes
sociales et âges aux quatre coins du monde, au sujet de leur féminité et leur
plaisir sexuel, l'Américaine Eve Ensler rédigeait Les Monologues du
vagin, en 1996.Ce fut un immense
succès à New York puis largement au-delà. Ces confidences, ces mots jamais dits,
ces violences subies enfin avouées, ces secrets désirs sont devenus "Le" texte
sans tabou sur les femmes dans leur intimité, dans leur rapport au corps et à
l'amour. Aujourd'hui, Les Monologues du vagin sont traduits en vingt-six
langues et ont été joués par les actrices les plus célèbres...
Samedi 27
octobre, elles seront trois jeunes comédiennes, d'un peu plus de 20 ans, de la
Compagnie de l'âtre, basée à Montpellier, pour dire ce texte cru, percutant,
grave mais aussi drôle. « Nous jouons cette pièce depuis trois ans, à
Montpellier, lors du VDay (le Vagin day), créé par Eve Ensler, qui dénonce les
violences et discriminations faites aux femmes dans le monde, souligne Ilène
Grange, à la tête de cette compagnie qui privilégie d'ordinaire des œuvres du
répertoire, de Bertoldt Brecht à Victor Hugo ou Albert Camus. C'est un peu un
détour mais Les Monologues nous permettent d'allier notre art et notre
sensibilité militante. »
La pièce sera donc jouée plusieurs fois
prochainement, bénévolement, dans des prisons et différentes antennes d'Amnesty
international, dont Nantes, Bagnols-sur-Cèze et Nîmes.
Ilène Grange,
responsable de l'antenne jeune d'Amnesty international à Montpellier n'y est
sans doute pas pour rien : « La compagnie cherche à appuyer l'idée d'un
théâtre d'art fort dans la cité, d'un théâtre d'éveil social pour tous. » Et
c'est visiblement ce qu'elle fait avec une lecture mise en espace de façon très
minimaliste de cette pièce difficile car en équilibre constant sur des registres
sensibles : l'excision, le voile, l'agression au vitriol, les règles, le plaisir
clitoridien, la persécution des lesbiennes, le viol, mais aussi le bonheur
d'être mère, amante gourmande, femme épanouie.
« Ce texte puissant,
émouvant, courageux, phénoménal d'audace, trente ans après la révolution
sexuelle, remue toujours les consciences », proclame-t-on à Amnesty
international. C'est pourquoi la pièce sera le point d'orgue de la prochaine
édition des nuits d'Amesty, samedi.
Au programme des nuits
d’Amnesty, à l’auditorium du département, 2, rue Guillemette, à 17 heures,
stands et pétitions ; à 19 heures : conférence débat sur "Les violences faites
aux femmes". Entrée libre. Puis, à 21 heures, "Les monologues du vagin". Entrée
: 18 et 14 €. Location Fnac, Carrefour, Géant. Tél. 0 892 68 36 22.
Muriel PLANTIER
La Vignette
La Vignette ou le choix de
l'écriture contemporaine.
Après celui avec le festival Sonorités, le théâtre de La Vignette
poursuit sa politique de partenariat par une première association avec le
théâtre des Treize Vents.
Cette semaine, un spectacle du festival
Oktobre des Écritures contemporaines est accueilli pour quatre
réprésentations.
Mady-baby.edu
est comme les autres formes théâtrales présentées ici, pas davantage dans
l'habituel de la représentation ni dans celui du linéaire de la narration. La
pièce qui suivra, Manège, écrite et mise en scène par Alain Béhar, est
également dans cette veine (du 4 au 7 décembre).
Ce travail sur le
langage est une polyphonie de voix assortie d'acteurs en perpétuel mouvement et
de projections. « Un gros bazar qui rend hommage au conflit, moteur de la
vie, résume Frédéric Saccard, directeur du théâtre. Nous essayons d'amener
des œuvres qui renouvellent les formes et qui questionnent les savoirs. » Des
Batailles, par exemple, d'après Pylade de Pasolini (du 11 au 13 mars)
s'inscrit également dans cette dimension avec une réflexion politique intégrant
dans la pièce des interviewes de militants politiques pendant l'élection
présidentielle de 2007.
La programmation poésie sonore, entamée il y a
quatre ans, renforce également le positionnement recherche du lieu. Après
Sonorités, deux autres numéros (11 et 12) de poésie sonore sont programmés sur
l'année avec, le 22 novembre, le duo Jean-Michel Espitallier, poète, et Kasper
Toplitz, musicien et, le 14 février, la performance de Christophe Fiat. Pour la
musique, le choix du contemporain est tout aussi patent avec un triptyque
Ouvertures son qui va faire la part belle à la musique expérimentale et
improvisée.
Enfin, la danse programmée n'entre pas davantage dans les
formes habituelles de la discipline. Là aussi, étrennant une collaboration avec
le Centre chorégraphique national, le spectacle de danse Haut cris
(miniature) de Vincent Dupont (joué les 30 et 31 janvier), est lui aussi
novateur. « Il ne comprend pas spécialement de mouvements dansés, avertit
Frédéric Saccard, directeur du théâtre. C'est un spectacle saisissant, qui
s'appuie sur un dispositif sonore et visuel fort avec un texte d'Agrippa
d'Aubigné. » Bien loin effectivement du spectacle linéaire.
Mireille
PICARD
Théâtre La Vignette, bâtiment
H, université Paul-Valéry, Montpellier
La Fonderie
Le rideau tombera en
décembre sur la Fonderie.
Any Mendieta a le regard un peu flou lorsqu'elle avoue : « C'est la
fin d'une histoire... une très belle histoire. Et elle s'arrête au meilleur
moment. Comme le dit une chanson, "Lorsqu'on est heureux, on devrait pouvoir
arrêter le temps", c'est tout à fait ça. La Fonderie allait très
bien, il y avait plein de projets.... »
Mais des réalités plus pragmatiques,
après une épopée judiciaire de quelques années, en ont décidé autrement. En
désaccord avec l'autre copropriétaire, Any Mendieta a dû se résoudre à vendre le
lieu. Et mettre l'association Ciné-Scène, gérant la structure, en sommeil.
Trouver un autre lieu ?
L'idée ne semble guère pertinente : « Les belles histoires ne se revivent pas deux fois de la même façon.
Il y avait une magie, une âme dans ce lieu... vouloir refaire la même chose,
c'est souvent de mauvais goût. »
Any Mendieta s'attelle
donc désormais à « bien finir les choses », comme elle le dit. Et prendre
un peu de recul pour songer à l'avenir. Car ses projets théâtraux vont aussi
être mis en sommeil pour le moment.
« Mais je participe
à une belle expérience : une école équestre et artistique pour les enfants, à
Villeneuve-sur-Lot. » Le rideau tombera en décembre sur la Fonderie. D'ici
là, plusieurs rendez-vous sont maintenus, comme le concert de demain. En
revanche, la traditionnelle fête des soupes, qui ouvrait la saison, n'aura pas
lieu. A la place, un petit cadeau : le groupe Le Chauffeur est dans le
pré, accompagné de musiciens touaregs, en concert gratuit. La preuve aussi
que la situation financière de la Fonderie n'était pas dans le rouge, quoi qu'en
dise la rumeur. La structure était soutenue par nombre d'institutions et
collectivités, qu'Any Mendieta tient d'ailleurs à remercier. « Il y a aussi
les artistes, qui nous ont beaucoup soutenus. Certains appellent pour venir
jouer avant la fermeture mais c'est difficile de tout organiser. Pour la soirée
de clôture, le 9 décembre, il y aura beaucoup d'artistes qui étaient là depuis
le début. »
Car la Fonderie a vu
passer nombre de danseurs, chanteurs, musiciens, comédiens. Au rayon des plus
beaux souvenirs, Any Mendieta évoque les 24 h solos, en juin dernier où les
musiciens s'étaient succédé jour et nuit : « C'était le paroxysme des possibles à la
Fonderie, c'était magique. »
Au chapitre des
regrets, deux emplois, à l'administration et à la régie, sont supprimés. Mais
Any Mendieta promet : « Le rideau tombe mais ce n'est pas triste, ce n'est
pas fini... Je voudrais dire aux gens qui viendront le 9 décembre que
tous les temps se
conjuguent au présent, c'est-à-dire que cela promet de l'avenir... »
Un avenir qui s'écrira
ailleurs qu'au 3, rue Fondère, désormais.
Salima
NEKAA
La Vista Bonita
La Vista, théâtre surprise
sur le fil du rasoir.
Jusqu'au
dernier moment, jeudi, juste avant la présentation de la programmation de la
nouvelle saison, Lise Sinou, la directrice de La Vista, théâtre de la
Méditerranée, remplit encore un dossier de demande de subventions.
Pas question ici d'argent qui coule à flot.
Mais pas question pour elle, non plus, d'abandonner la moindre liquidité que ce
soit pour maintenir son théâtre la tête hors de l'eau. L'embarquement démarre
cet après midi avec "Du sirop dans l'eau", un spectacle jeune public
(lire ci dessous) et envisage un voyage en trente et quelque étapes, tous genres
confondus : musique, chanson, théâtre, cabaret, conte, danse, clown,
marionnettes.
« Je pense que cette
année est la plus particulière des huit passées au théâtre, parce qu'elle est
celle de la maturité dans nos relations avec les compagnies qui se produisent
ici, souligne dans un premier temps Lise Sinou. Cette fidélité avec des
artistes, qui vivent à Montpellier ou en Languedoc-Roussillon et ont aujourd'hui
des vocations nationales, est également récompensée par la présentation ici de
leur nouvelle création. » Pourquoi Pas Les Thélémites, Bruitquicourt, les
compagnies Les Têtes de Bois ou les Boucans... jonglent dans cette catégorie qui
compte dix partenaires pour 2007-2008. Tout comme les plasticiens, circassiens
et musiciens d'Anonima Teatro. Ils se verront, pour leur part, confier une carte
blanche en janvier-février.
Mais une saison de La
Vista ne saurait être complète sans la notion de fil du rasoir. Par l'attente
voire l'impatience, bien sûr, des levers de rideau sur les créations des fidèles
ou l'apparition de nouveaux visages. Elle vaut également par la fragilité de ce
lieu, théâtre inscrit dans un quartier que davantage théâtre de quartier dû à
ses modestes mensurations.
Dans l'intimité de cette salle de poche, treize mille
personnes sont venues, l'an dernier, s'asseoir à tour de rôle sur les gradins
pouvant en contenir quatre vingts maximum par représentation. Un plaisir que de
s'y entasser pour consolider son équilibre.
La Vista, théâtre de la
Méditerranée, 42, rue Adam-de-Craponne. Spectacle jeune public de 4,80 € à 7 €.
En soirée, de 5 € à 12 €. Tél : 04 67 58 90 90.
Un programme éclaboussé par
La Méditerranée.
La Vista s'offre une nouvelle plongée dans la création artistique de la
Grande Bleue.
Avec une double entrée,
soit que l'on observe la sélection de compagnies fleurant bon l'Espagne,
l'Italie et l'Occitanie, soit que l'on apprécie le théâtre flamenco, de Garcia
Lorca, comme la Commedia dell'Arte.L'autre
particularité de La Vista est d'être le berceau de genres artistiques
diversifiés comme émergents. On tentera alors le théâtre d'objets, le cabaret
théâtre présent à côté de petites formes, d'humour décalé ou de soirée chanson.
La saison, en soirée, démarre avec Le Cri des figues noires (du jeudi 18
au dimanche 21 octobre). La Compagnie la Grande Bleue rend ici hommage aux
"mammas" avec un cabaret théâtre à base de recettes loufoques et poétiques
mêlant textes gourmands à grignoter avec de véritables tapas et verres de vin.
S'enchaîne un automne humoristique avec la dernière création de
Bruitquicourt, Le dompteur de sonimaux, un numéro unique au monde de
dompteur de sons d'animaux sauvage (tout public), une quinzaine Laura Hertz,
héritière des Marx Brothers, et, cerise sur le gâteau, le show best of de
Jango Edwards pour ses 25 ans de carrière (le vendredi 9
novembre).
Plus spécialement jeune public, la
compagnie Le Corps en Mouvement présente, dès ce soir, Du sirop dans l'eau,
une fantaisie pour deux danseuses et un poisson rouge (à partir de 3 ans).
Récompensé par le prix du jury au festival Au bonheur des mômes du Grand-Bornand
(74), une référence européenne, ce spectacle est un va-et-vient subtil entre
chorégraphie, manipulation d'objet et projection d'images. L'histoire : dans
leur recherche de Bubulle le poisson rouge, Lili et Lala créent un défilé
d'animaux en fanfare, une danse avec les insectes, une dégustation de thé, un
tour de manège... Les rendez-vous suivants convoqueront l'imaginaire avec la
Rue des contes provencaux, un spectacle musical du chanteur malicieux
Laurent Montagne et du bidouilleur d'images Vincent Farges, puis Topi von De
B. ou les aventures d'un petit ogre cherchant à savoir pourquoi le monde lui
est interdit. Un récit fantastique dans tous les sens du terme inventé par Les
Boucans.
Histoire sans paroles
Le mime Marceau est mort.
Celui qu'on surnommait le "Charlie Chaplin" du mime est décédé samedi à l'âge de 84 ans "entouré de sa famille".
Seule troupe de mime au monde dans les années 50 et 60, la Compagnie Marcel Marceau a joué sur les plus grandes scènes parisiennes et parcouru avec le même succès le reste de la France et le monde.
Le mime français Marcel Marceau, surnommé le "Charlie Chaplin" du mime, est décédé samedi à l'âge de 84 ans "entouré de sa famille", ont annoncé dimanche deux de ses enfants à l'AFP. "Il est mort hier soir et nous nous recueillons auprès de lui, nous communiquerons rapidement la date de ses obsèques au cimetière du Père-Lachaise", a déclaré à l'AFP sa fille, Camille Marceau. Son autre fille, Aurélia Marceau, a précisé que les proches du mime ne souhaitaient pas divulguer pour l'instant les circonstances et le lieu du décès, afin de "prendre du temps avant de communiquer davantage".
Né le 22 mars 1923 à Strasbourg (Bas-Rhin), Marcel Marceau, dit le mime Marceau, avait porté l'art du mime à son plus haut niveau en promenant à travers le monde le personnage de Bip qui l'avait rendu célèbre. D'allure toujours frêle, mais d'une grande vivacité, il a été l'origine d'une renaissance après 1945 de l'art de la pantomime, influencée par la Commedia dell'Arte, après deux décennies d'effacement par le cinéma muet où prévalait le génie de Charlie Chaplin, Buster Keaton ou Laurel et Hardy.
Seule troupe de mime au monde dans les années 50 et 60, la Compagnie Marcel Marceau a joué sur les plus grandes scènes parisiennes et parcouru avec le même succès le reste de la France et le monde. De 1969 à 1971, Marceau avait animé l'Ecole internationale de mime, puis créé l'Ecole internationale de mimodrame de Paris en 1978. Il était très populaire aux Etats Unis, au Japon et en Chine notamment. Il définissait le mime comme "un comédien silencieux".
François Fillon a rendu hommage au mime Marceau, saluant "en lui l'artiste, le maître, le résistant". "Pour toute la grande famille du théâtre, il restera le disciple de Charles Dullin, le complice de Jean-Louis Barrault dans 'Les Enfants du paradis' et le fondateur d'une compagnie seule au monde à perpétuer et renouveler l'art du mouvement et du geste", a affirmé la ministre de la Culture Christine Albanel. Le président Nicolas Sarkozy a quant à lui rendu "un hommage dicté par l'émotion, l'admiration et le respect" au mime Marceau.
(D'après agence)
Folie et Montpellier
Trois
siècles d'histoire de la folie à Montpellier.
Presque trois siècles : de 1714,
date des premières cellules d'isolement pour malades mentaux, à aujourd'hui,
Robert Dumas, pédiatre retraité, plonge dans l'histoire de la psychiatrie. Un
voyage étonnant, au fil d'un livre de 200 pages publié cet été chez Sauramps
médical.Du temps ancien des pavillons à celui, actuel, de la
sectorisation, de la camisole de force d'hier aux médicaments les plus récents,
Dumas reprend minutieusement chaque étape.
A
Montpellier, tout a commencé en... 1713 : suite à un meurtre perpétré par un
déséquilibré, la ville décide de construire des loges pour « enfermer les
fous » à l'Hôtel Dieu Saint-Éloi, le long de l'actuelle rue de la
Providence. « La psychiatrie vient de très loin, non pas du soin mais de la
peur qu'inspirait la maladie (...) les malades mentaux ont été traités comme des
êtres malfaisants qu'on punissait », rappelle en introduction l'actuel
directeur du CHU Alain Manville. L'asile départemental de Font d'Aurelle,
l'ancêtre de la Colombière, n'accueillera pas ses premiers patients avant...
1909. Les travaux avaient été réceptionnés en 1907. Un siècle plus tôt, en 1810,
les malades mentaux sont envoyés au dépôt de mendicité, rue Auguste-Broussonnet,
« destiné à recevoir les inadaptés sociaux, les aliénés, les filles-mères,
les prostituées ». Puis, en 1820, au dépôt de police. De 22 malades en 1827,
on passe à 207 en 1864, 600 en 1893 alors que l'asile a été construit pour
accueillir 200 personnes. La Colombière comptera jusqu'à 1 900 lits dans les
années 50, mais à peine plus de 300 aujourd'hui, alors que l'établissement
achève un plan de restructuration.
L'évolution la plus spectaculaire
touche aux soins. Sans remonter à Hippolyte Rech ou Calixthe Cavalier qui, au
XIXe siècle, troquaient saignées et sangsues par des bains tièdes suivis de
brutales douches froides ou lançaient des études comparatives des urines des
hommes sains et des malades mentaux, Françoise Molénat, devenue une référence
incontournable en matière de pédopsychiatrie, relate son quotidien effrayant
auprès des enfants dans sa thèse d'internat, en 1975. « D'identité, mis à
part le problème de la folie, l'enfant n'en a guère (...) L'enfant n'a rien à
lui (...) C'est la valse des slips flottants, des chemises informes (...) Ils
gèlent l'hiver (...) dînent à demi-nus (...) Il ne reste qu'un moyen d'exister
et de se faire entendre, le symptôme, déchirer ses vêtements, se mutiler,
tapisser sa chambre d'excréments, se balancer sans fin (...) Faire le fou. »
C'était il y a trente ans à peine.
La prise en charge des enfants est
encore balbutiante : il a fallu attendre 1962 pour qu'ouvre un service
spécifique, c'est aussi à cette époque que les malades commencent à sortir des
pavillons, que de nouveaux médicaments et de nouveaux traitements, le
psychodrame, la relaxation, succèdent à la camisole de force, aux chocs au
cardiazol, aux injections d'insuline...
La Colombière aura ses ateliers, sa
salle de cinéma (170 places), son équipe de foot et même un club de supporters
en 1969, deux ans plus tôt, une équipe a été engagée en championnat de France...
Les grandes heures de la psychothérapie "institutionnelle", avant une énième
réorganisation des soins.
Sophie GUIRAUD
Mathilde Monnier et la zik
Avec Mathilde Monnier, « rinôçérôse » entre dans la danse.
Il paraît qu’il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas… Montpellier en a déplacé bien d’autres. Cette fois, la ville tord le coup au proverbe en faisant se mêler la curiosité et les talents de deux de ces plus excitants représentants. Mathilde Monnier, chorégraphe et directrice du CCN, et « rinôçérôse », groupe électro rock, tous deux mondialement connus, se rencontrent pour la première fois au Zénith, samedi 15 septembre, pour un concert dansé. Jeudi soir, Midi Libre organisait une rencontre publique de ces "sommités" et les pressait de s’expliquer. Moments choisis.
Que savez-vous et que pensez- vous les uns des autres ?
« rinôçérôse » : nous avons réellement découvert le travail de Mathilde Monnier en 2003 avec Publique, sa création sur la musique de PJ Harvey qui avait donc avoir avec le rock, y compris dans les mouvements. Dès ce moment, on a cherché à la rencontrer pour faire quelque chose avec elle. Ce qu'on a fini par réussir à faire pour le clip de Cubicle.
Mathilde Monnier : une ou deux fois, nous avions eu l'idée de faire des maquettes sur une chanson, de capter les images pour un DVD. Et puis j'ai adoré un concert au Rockstore, il y a deux ans. C'est là que j'ai vraiment découvert « rinôçerôse », l'univers, la musique et les personnes qui composent le groupe, de très belles personnes.
Quels ont été les éléments ayant permis de déboucher sur cette création commune ?
M. M. : j'avais envie d'une autre énergie dans mes spectacles. Le concert du Rockstore m'avait époustouflée. C'était le premier fois que je voyais un groupe inviter un chanteur différent par chanson, c'était génial. C'est juste une histoire d'étincelle à un moment.
« r » : ce qui nous a vraiment mis la puce à l'oreille, c'est le spectacle avec Katerine, 2008 vallée. Pourquoi avec lui, le Parisien ? Nous, ça faisait un moment que l'on voulait (rires)... En plus, on le connaît Katerine, on a fait des remixes pour lui. Mais le plus fort, c'est que Katerine galérait depuis dix ans et au moment où le gars explose, elle bosse avec lui (rire général)...
Quels sont pour vous, « rinôçérôse », vos rapports avec la danse contemporaine, et vous, Mathilde Monnier, vos rapports avec le rock ?
« r » : il y a dix ans, notre musique était purement instrumentale, pas de chanteur, personne ne se met en avant, seul compte le morceau. Et déjà, à ce moment-là, nous avions l'idée de faire quelque chose avec la danse contemporaine.
M. M. : la rock attitude, c'est quelque chose qu'on a un peu tous dans la danse, enfouie en nous. Je connais plein de danseurs fascinés par la scène rock... Par rock attitude, je veux dire cette manière particulière d'être sur scène que la danse n'offre pas, ce rapport super direct avec le public... Sur le fond, je crois qu'on est un peu en manque de cette énergie. Du coup, cette rencontre avec un groupe rock relève de l'évidence.
Dans "Rinô in Dance", y en a-t-il un qui se met au service de l'autre ?
M. M. : En fait, on utilise la base du concert existant. Mes danseurs et moi allons donc nous intégrer dans une trame déjà construite dans l'idée, au final, d'être tous plus forts ensemble.
« rinôçérôse », qu'allez vous jouer comme répertoire ?
« r » : au fur et à mesure que nous enregistrons des albums, nous gardons les morceaux les plus efficaces pour la scène, ceux qui s'enchaînent le mieux. C'est donc une compilation en quelque sorte.
Dans l'électro, la musique est la seule star. Là, est-ce vous, Mathilde, qui serait la rock star ?
M. M. : oui, j'en rêve (rires)... Non, la star c'est le spectacle, la rencontre avec le public, le fait qu'ainsi, un événement soit créé. Je ne vais pas sur scène pour me montrer. Ce qui me semble intéressant, c'est la curiosité que l'on a pour un monde étranger.
Voir la vidéo : http://www.dailymotion.com/Midiecho/video/4914786
Recueilli par J. BERNÈDE et Ch. GAYRAUD