Faites de la musique
Fête de la musique : nuit bruyante mais pas trop
chaude.
Pour la 29e édition de la Fête de la musique, la police
recensait dimanche matin "seulement" 91 interpellations et 80 gardes à
vue.
Entre 350.000 et 400.000 Parisiens ont célébré
en musique l'arrivée de l'été samedi soir. Plus de 10.000 concerts ont été
donnés dans toute la France.
Pour la 29e édition de la Fête de la
musique, la nuit parisienne fut douce mais pas trop chaude : seulement 91
interpellations et 80 gardes à vue. Bilan modeste, en tout cas inférieur à celui
de l'an passé (143 arrestations), au regard de la foule qui s'est déplacée
samedi soir : Entre 350.000 et 400.000 Parisiens ont ainsi longuement flâné en
famille ou entre amis s'arrêtant aux terrasses bondées des cafés, où les groupes
amateurs se disputaient les faveurs du public avec les écrans retransmettant le
quart de finale de l'Euro de football.
Au Parc des Princes, quelque
30.000 personnes ont assisté à un concert du groupe Tokio Hotel, qui s'est
achevé vers 22 h 30. Environ 100.000 personnes ont assisté par ailleurs à un
concert qui s'est terminé à 0 h 30, à l'hippodrome d'Auteuil avec entre autre
Calogero, BB Brunes ou encore Duffy, sans incident. A l'Elysée, Nicolas Sarkozy
et son épouse Carla Bruni-Sarkozy ont pris un bain de foule dans la cour
d'honneur du palais ouvert au public pour la première fois à cette occasion. Au
programme: orchestre de la Garde républicaine, jazz et musique brésilienne.
En Ile-de-France, des transports en commun ont fonctionné
tout la nuit de samedi à dimanche et 2.200 policiers étaient déployés à Paris.
Selon le ministère de la Culture, plus de 10.000 concerts ont été organisés en
France et à travers le monde. Plus de 100 pays et 340 villes l'ont célébrée,
souvent grâce au réseau culturel français à l'étranger.
A Lille, des fans de tecktonik, crête de cheveux
sur la tête, ont enchaîné les pas de danse devant un magasin de musique techno
qui avait sorti ses baffles sur le trottoir. A Bordeaux, où le thermomètre a
atteint les 30 degrés, les mélomanes se sont rassemblés au musée national des
douanes où, profitant de la fraîcheur bienvenue du lieu, ils ont savouré les
voix de l'ensemble professionnel du Madrigal de Bordeaux, cinq solistes chantant
cette musique vocale du début de l'ère baroque. Les Lyonnais ont eu l'embarras
du choix, avec les "Extra-longues", 4 à 5 grandes scènes qui devaient accueillir
chacune des groupes d'un même style musical (électro, pop-rock, musique du
monde...) pendant 12 heures non stop.
(D'après agence)
Printemps de Bourges
Cali soulève le Printemps de
Bourges.
Au moment de passer à l'acte, Cali annonce la couleur : rouge.
Poings levés, il y a de la manif dans l'air. Le Phénix, grand chapiteau du
Printemps de Bourges, accueille le 17 avril au soir près de 6000 spectateurs,
cela fait une bonne base pour commencer les hostilités.
Chemise noire,
mèche en bataille, le chanteur de Perpignan attaque par Mille cœurs debout,
"Nous serons tous ensemble", etc. Au quart de tour, les gradins se lèvent et
voilà le public berruyer embarqué dans une aventure où la guerre d'Espagne sert
de terreau à la solidarité avec Baba Traoré, le jeune Malien qui s'est noyé à
Joinville-le-Pont le 4 avril en tentant d'échapper à un contrôle de
police.
Cali court comme un chat, il sillonne la scène, s'y couche, s'y
agenouille, quand il ne la quitte pas pour prendre un bain de foule, départ à
pied micro en main, retour à l'aveuglette, porté par des épaules amies, puis
allongé, nageant une drôle de brasse sur la marée humaine.
Transposer
l'intimité d'un album sur la scène n'est pas un problème pour ce grand brun à la
voix en cassure. Tout lui sert, parce qu'il possède une énergie extravagante, et
il actualise. Les lycéens sont dans la rue, Cali leur dédie sa chanson L'Espoir,
contenue dans le disque du même nom sorti ce printemps.
Il soutient les
caissières de Carrefour plutôt que leurs PDG aux parachutes dorés, préfère la
compagnie de Ségolène Royal (présente la veille à Paris, pour son concert du
Zénith) à celle des membres du gouvernement de Nicolas Sarkozy (Christine
Albanel, ministre de la culture et de la communication en visite au Printemps de
Bourges).
Cali est une déferlante. Il embarque une jeune fille du public,
l'enlace en chantant Sophie Calle N° 108 – une lettre imaginaire qu'il a ajoutée
à Prenez soin de vous, la série de textes sur la rupture amoureuse recensée par
l'artiste Sophie Calle pour son exposition, actuellement présentée à la
Bibliothèque nationale de France, à Paris. La trompette joue façon Aranjuez, il
y a des sons de charrango sud-américain.
Boîte de nuit éphémère La salle
déchaînée a repris en cœur le "la la la" d'Elle m'a dit, tube précédent, comme
elle criera à tue-tête vers la fin du récital le fameux C'est quand le bonheur.
Richard Kolinka, ex-batteur de Téléphone, qui accompagne cette nouvelle tournée
de Cali, jette élégamment ses baguettes par-dessus bord tout en appliquant à la
hache les règles du rock binaire. Au final, Cali ouvre une boîte de nuit
éphémère, dix minutes de Dolorosa en néo-disco, tendance house music. Et il en
reste encore qui rechignent à quitter les lieux.
Le public du Phénix
vient de passer cinq heures à écouter de la musique sous chapiteau, c'est
vertueux. A 19 heures, Moriarty, puis Yael Naïm et ses millions de
téléchargement de la chanson New Soul. Et avant Cali, vedette du soir, Thomas
Dutronc qui, jusqu'en 2007, était un secret partagé par les amateurs de
jazz.
De sa filiation avec Françoise Hardy (maman) et Jacques Dutronc
(papa), il était peu question lorsqu'il jouait de la guitare auprès de Romane ou
Biréli Lagrène, ou qu'il passait quasi incognito avec le trio AJT au club de
jazz Le Houdon. Puis vint un disque, publié sous son nom, Comme un Manouche sans
guitare (ULM/Universal Music).
Sur cet album moitié instrumental façon
swing manouche et moitié chanson, Thomas assume clairement sa filiation avec
Jacques. Voix proche, fantaisie des textes tout aussi proche. Le tout plutôt
bien troussé, plaisant.
Mais à la scène, ce jeudi soir à Bourges, toute
la finesse est restée en coulisses. Thomas Dutronc en fait trop, dans le
mimétisme vocal et gestuel, dans le recours à la dérision lors d'intermèdes
inutiles et peu originaux (un coup sur les patrons, un coup sur Carla Bruni),
dans une manière frontale d'aborder la musique, à vive allure à la moindre
occasion. Le swing en prend un coup.
Reste un moment de grâce, durant une
reprise d'airs des Triplettes de Belleville, le film d'animation de Sylvain
Chomet. Ça vole, ça virevolte… et malheureusement ça s'enlise dans une variation
disco pataude. En espérant qu'il s'agit là d'un accident de parcours, d'un
emportement face à une salle imposante, plus que d'une volonté ferme de Thomas
Dutronc.
Véronique Mortaigne et Sylvain Siclier, Le Monde
Autechre
Electro
Autechre, l'intelligence
techno.
Voilà maintenant une quinzaine d'années et une dizaine
d'albums que le duo de Sheffields Autechre, sévit dans les sphères de
l'électronica, l'électro expérimentale. Mieux, avec son collègue Aphex Twin, ils
tiennent pour les principaux représentants de l'IDM (intelligent dance music)
que Thom Yorke cite comme influence. Si leurs deux derniers opus avaient de quoi
refroidir le profane tant leurs compositions abstraites et bruitistes étaient
peu abordables, Quaristice (Warp / Discograph) est en revanche l'occasion rêvée
de découvrir le duo.
Vingt titres concis, où ces explorateurs de son
repoussent sans cesse les limites de la créativité. Les compositions, tantôt
calmes, minimales et sombres (parfois même sans beat), alternent avec des titres
plus énervés d'où surgissent des voix étouffées et des mélodies nostalgiques,
oniriques et même entraînantes. Un univers indescriptible à découvrir
d'urgence.
Le label Ninja Tune fait aussi dans l'intelligence
artistique depuis sa création en 1991. Le triple CD Ninja Cuts : you don't know
se veut un roboratif condensé de son épopée et ses orientations électro barrée,
hip-hop underground et même ses récentes orientations pop. On y écoute avec
plaisir des titres rares ou remixés de monuments tels que Roots Manuva, Amon
Tobin, Coldcut, Kentaro, Mr Scruff Herbaliser ou DJ Shadow.
Y. P. Midi
Libre
Patti Smith in Paris
Patti Smith tient salon à Paris.
Trois profonds fauteuils de cuir, un ampli et une guitare rock : bienvenue dans le salon de Patti Smith, transporté à Paris où la figure historique du rock new-yorkais invite le public à partager son « monde intérieur » , par la poésie, la photographie et la vidéo. Un monde avant tout convivial : les fauteuils club donnent envie de s'y enfoncer, ils sont là pour çà. « J'ai ramené tout ce que j'estimais nécessaire pour que les gens se sentent à l'aise, pour dessiner, parler, écrire des poésies » , sourit Patti Smith, éternelle adolescente de 61 ans, en jean, ample chemise blanche et gilet noir cintré.
Dans la famille Smith, les visiteurs pourront découvrir le fils, Jackson, solide gaillard à la casquette vissée sur la tête, qui jouera de la guitare. Et la fille Jesse, qui accompagnera au piano sa maman lisant les poésies de Virginia Woolf, vendredi soir. La famille musicale de Patti Smith a également fait le déplacement parisien : les membres de son groupe, mais aussi Tom Verlaine, l'autre figure du New York underground de la fin des 70s', Fred Frith, Ted Milton, du groupe Blurt, feront le boeuf un soir ou l'autre.
Mais c'est un monde plus silencieux, introverti et austère que l'exposition Land 250, invite à découvrir. Land 250, c'est un modèle d'appareil photo Polaroïd que Patti Smith trimbale depuis 1994. Une année noire pour elle, marquée par la mort de son mari Frederic Smith, l'ancien guitariste de MC5, et de son frère Todd.
« J'étais alors incapable de m'exprimer émotionnellement, et le Polaroïd, parce que c'est simple et immédiat, m'a permis de retrouver confiance en moi en tant qu'artiste dans cette période difficile » , explique Patti Smith, qui a légué à l'histoire du rock des albums cultissimes comme Horses (1975) ou Easter (1978).
Les photographies petit format révèlent une Patti Smith fascinée par la statuaire des cimetières, les ciels chargés et les champs battus par le vent, apparaissant comme autant de tentatives de dialogue avec des forces et des présences immatérielles. D'Arthur Rimbaud à Albert Camus, Walt Whitman ou Charlotte Brontë, l'expo est truffée de références littéraires, la vraie passion, peut-être, d'une femme qui avoue avoir atterri sur la scène rock un peu par hasard, et à qui sa mère, issue d'un milieu modeste, lisait Les chants d'innocence de William Blake dès l'âge de huit ans.
Land 250, Fondation Cartier pour l'art contemporain, du 28 mars au 22 juin. Tous les jours, sauf lundi. 261, Bd Raspail, Paris 14e.
The Cure
Tributes à go-go.
Alors que la clique à Robert Smith termine sa
tournée, deux albums de Tributes sont annoncés avec une pluie d'artistes
alléchants : CocoRosie, Blonde Redhead, Black Francis ou encore Bat for
Lashes.
The Cure sont toujours en activité, comme en témoigne leur récent
passage à Bercy, mais deux albums "Tribute" (ou "hommage" pour respecter la loi
Toubon) sont en cours de préparation. Sorties prévues pour 2009.
Comme quoi Robert Smith et ses sbires reviennent
à la mode. Après avoir produit un Tribute Neil Young uniquement repris par des
femmes, le label American Laundromat Records prépare Just Like Heaven: A Tribute
to the Cure.
Au menu : des reprises signées The Raveonettes,
Tanya Donelly ou Grand Duchy (soit Black Francis + Violet
Clark).
Le second, chapeauté par Manimal Vinyl et intitulé
Perfect as Cats: A Tribute to the Cure offre un sous-titre aussi peu imaginatif
que le précédent mais un casting encore plus impressionnant : CocoRosie, Jesu,
Blonde Redhead, the Dandy Warhols, Bat for Lashes et même notre Lou Doillon
nationale.
Une partie des bénéfices sera reversée à l'association
Invisible Children au profit des enfants d'Ouganda.
http://www.lesinrocks.com/
Silver Mt. Zion news
Silver Mt. Zion à cordes et à cris.
Postrock.
Le groupe canadien, militant et atypique, sort
un cinquième album.
Recueilli par SOPHIAN FANEN, Libération : mardi
11 mars 2008
Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra &
Tra-La-La Band. 13 Blues for Thirteen Moons
(Constellation/Differ-ant).
Fin 2000 à Montréal, Godspeed You ! Black
Emperor vient de sortir son manifeste sonore, Lift Your Skinny Fists Like
Antennas to Heaven. Le rock instrumental renoue avec la tension progressive des
années 70 en y mêlant des nappes de cordes mélancoliques. Le groupe explose, la
musique de la métropole québécoise se retrouve sous les projecteurs mondiaux, et
Constellation, le label de Godspeed, vend des centaines de ses disques aux
pochettes jusque-là collées à la main. Mais Godspeed attaque déjà son dernier
acte, les musiciens sont vite lassés du message politique qu’on veut leur faire
porter.
Poussés par le guitariste Efrim Menuck, discret
meneur perpétuellement caché derrière ses longs cheveux et sa barbe, une partie
du groupe se replie vers un projet parallèle : A Silver Mt. Zion. Une
respiration pensée sans lendemain, pour faire plaisir à Menuck, qui veut y
expérimenter une musique moins cadrée et… parler de la mort de sa chienne.
Finalement, parvenu au bout de sa démarche musicale, Godspeed est mis entre
parenthèses après un dernier album furieux en 2002, et c’est Silver Mt. Zion qui
prend la relève. Instrumental à ses débuts, le groupe se met à chanter et à
produire un lent blues folk scandé, prostré devant un mur de son au sens
dramatique prononcé. «Plus d’action, moins de larmes» devient le mot
d’ordre.
Devenu Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra
& Tra-La-La Band, le collectif sort cette semaine un cinquième album : 13
Blues for Thirteen Moons. Quatre longues pièces chapitrées qui prolongent le
durcissement sonore entamé depuis quelque temps et laissent parler les mots, là
où les guitares s’exprimaient auparavant. Rencontre avec Efrim Menuck,
porte-parole d’un groupe militant et atypique. Thee Silver Mt. Zion a-t-il
définitivement pris la place de Godspeed ? Oui, de fait. Godspeed c’était trop
de frustration accumulée, un groupe de dix personnes, des concerts complexes. Et
puis la réputation du groupe était bien plus grosse qu’il n’était en réalité.
Nous étions militants, pas politiques ; au fur et à mesure, il est devenu
impossible de modifier l’image que le monde avait de nous. Godspeed n’était pas
un porte-drapeau. Nous avions aussi envie d’une musique moins méthodologique,
qui laisse davantage de place au hasard et à l’improvisation. Les morceaux de
Godspeed étaient très écrits et figés. Silver Mt. Zion est un territoire
d’expérimentation permanente. Pour cet album par exemple, nous avons développé
les morceaux sur scène avant de les enregistrer. Ce qui a fait naître cette
écriture plus directement rock ? Sans doute, mais il y a eu d’autres choses. On
a joué avec Patti Smith [en octobre, au festival Pop Montréal, ndlr], puis
travaillé avec Vic Chesnutt sur son dernier album et une tournée.
Ces expériences nous ont soudé en tant que
groupe scénique, alors qu’au départ Silver Mt. Zion était un projet studio.
Musicalement, ça change beaucoup de choses. Est-ce ce processus qui, d’album en
album, a accentué la place du chant ? Ça, c’est ma partie, et ce disque est plus
important que les autres pour moi de ce côté-là. Il est plus dur parce que 2006
et 2007 ont été des années difficiles, pour des raisons personnelles. J’étais
très triste et en colère, ce qui ressort forcément. Une impression diffuse
traverse les textes, comme une connexion avec le folk et le blues de la
dépression américaine des années 1920-1930. C’est une inspiration ?
Complètement, il y a du Bessie Smith et du Blind Willie Johnson dans les
chansons. Mais aussi quelque chose des premiers albums des Yardbirds, ce blues
britannique nerveux, dans le morceau 13 Blues for Thirteen Moons. 1 000 000 Died
to Make This Sound est pour sa part directement dédié à tous les musiciens
itinérants d’Amérique du Nord, ceux qui expliquaient les problèmes à la
population. On essaie de s’inscrire dans cette tradition.
C’est votre côté politique ? Ce n’est pas tant
de la politique que la vie de tous les jours : la pauvreté, la guerre qu’on ne
veut pas, l’aliénation par le travail, les délires bancaires… Ce sont des enjeux
sociaux qui ne sont pas assez pris en compte au Canada. J’ai quitté mes parents
à 17 ans et pendant trois ans j’avais nulle part où dormir, pas de boulot. La
pauvreté est un combat au quotidien.
Constellation, label échappé. La maison de
disques culte de Montréal continue d’œuvrer à part. S La maison de disques
montréalaise Constellation a fêté ses dix ans l’an dernier, avec la discrétion
qui la caractérise. Ce qui n’empêche pas de se poser quelques questions sur
l’avenir de cette forteresse anachronique, qui, avec ses belles pochettes
cartonnées, ses vinyles 180 g (format de luxe) et des albums numériques lâchés à
contrecœur, poursuit sa route au milieu du flou intégral qu’est le monde de la
musique en 2008.
Efrim Menuck : «Constellation n’a pas vraiment
changé. Nous sommes toujours une communauté soudée, avec pour seul principe de
réinvestir l’argent gagné. Ce qui passe par le financement de notre studio
d’enregistrement et la production de groupe locaux.» Une décision a tout de même
marqué une réelle rupture ces deux dernières années : Constellation a signé des
artistes hors Canada, des Américains. La rockeuse féministe Carla Bozulich, puis
le chanteur folk Vic Chesnutt. Et loin du faste des années Godspeed You ! Black
Emperor, des noms comme Do Make Say Think (postrock instrumental), Sandro Perri
(auteur du beau disque folk Tiny Mirrors en 2007) et Black Ox Orkestar (jazz
klezmer) trouvent une visibilité plus large et rompent avec l’enfermement de
Constellation dans le rock progressif grandiloquent. La suite ? «On croit au
format physique, affirme Efrim Menuck, serein.
Ceux qui aiment la musique ne seront jamais
heureux avec 3 000 albums dans leur disque dur.»
Jeff Healey
Jeff HEALEY nous quitte à 41 ans...
/ paru le 04/03/2008 /
Le guitariste de blues canadien Jeff Healey est
décédé dans un hôpital de Toronto des suites d'un cancer oculaire. Son épouse
Cristie devra élever seule leur fille Rachel (13 ans) et leur fils Derek (3
ans).
Le prodige de la 6 cordes avait perdu la vue à l'âge d'un an, suite
à un cancer de la rétine. A peine âgé de 3 ans, il apprit à jouer de la guitare.
Il développa un style particulier dû au fait qu'il était aveugle, il jouait la
guitare posée sur les genoux. A 6 ans, il donnait ses premiers
concerts.
Il collabora à la Canadian Broadcasting Corporation (radio
canadienne) pour un show hebdomadaire, il avait une collection de 25000 disques
78 tours de vintage music.
A 17 ans, il forme les Blue Direction, groupe
avec lequel il écume les clubs de Toronto. Très vite, ses qualités furent
reconnues par ses pairs, ce qui lui permet de partager la scène avec de grands
noms de la blues connection : Albert Collins, B B King, George Harrison (moins
blues), Stevie Ray Vaughan,...
Il forme le Jeff Healey Band avec Tom
Stephen aux drums et Joe Rockman à la basse. En 1988, ils signent chez Arista.
Bingo... l'album "See the Light" connaît un succès énorme, 300.000 copies
vendues au Canada ! Le titre "Angel eyes" (toujours les yeux...) atteint le top
5 du Billboard. Le groupe participe au tournage du film "Road House" avec
Patrick Swayze.
Le Jeff Healey Band tourne sans répit avant d'enregistrer
"Hell to pay", a star-studded project... Mark Knopfler, Jeff Lynne, G Harrison,
Bobby Whitlock, ... y apportent leur collaboration. On en vend 2
millions.
Le groupe sortira 8 albums, le dernier "Mess of blues" doit
paraître ce mois-ci en Europe. Pour être convaincu de son immense talent,
écoutez sa version de "While my guitar gently weeps".
Nous pleurons tous cette
perte immense !
Sheryl Crow
Sheryl Crow, digne héritière de Dylan ?
Chronique - La chanteuse sort ce mois-ci Détours, son album le plus personnel mais aussi le plus impliqué politiquement.
Si l'album est incomparable avec les "grands" du genre contestataire, il est incontestablement réussi.
Sheryl Crow veut être la Springsteen, la Dylan de 2008. A quelques mois d'un scrutin crucial pour l'avenir des Etats-Unis, la chanteuse folk livre son neuvième album, Détours, son disque le plus personnel mais aussi le plus engagé depuis le début de sa carrière, il y a déjà 15 ans.
Impossible de comparer ce disque à ses deux illustres prédécesseurs de la chanson contestataire américaine, mais la petite chanteuse du Missouri devenue star aurait pu s'y casser les dents, comme beaucoup d'autres. Mais le disque est une réussite, si l'on écarte les deux ou trois morceaux sirupeux taillés pour les ondes des radios américaines.Guitare en bandoulière, Sheryl Crow chante avec une émotion non dissimulée, rarement entendue depuis son troisième album, The Globe Sessions, en 1998. C'est sans détours, contrairement à ce que laisse entendre le titre de l'album, que Sheryl Crow s'aventure dans la chanson politique : elle évoque les génocides sur Out Of Our Heads, le drame de Katrina sur God Bless This Mess, le règne de l'argent et des puissants sur Love Is Free, Shine Over Babylon ou Gasoline. "Des leaders inspirés"
"C'est le disque le plus honnête que j'ai fait", avoue-t-elle. A l'heure où les Etats-Unis sont à la croisée des chemins, impossible en effet de soupçonner la chanteuse d'opportunisme, tant son implication idéologique pour diverses causes (opposition à la guerre en Irak, défense de la nature, des animaux) est connue et reconnue Outre-Atlantique. "Au travers de ce disque, j'appelle les gens, la société à se réveiller", dit-elle.
Pas question cependant de prendre ouvertement position pour un candidat à la présidentielle américaine, même si elle "se réjouit de voir de nouveaux leaders "inspirés" surgir", citant en exemple Barack Obama. Pas question non plus de s'impliquer plus concrètement en politique, en briguant un quelconque mandat. "Je peux servir mon pays bien mieux en poursuivant ma carrière musicale", estime-t-elle. Clairement et sans détours, ce disque en est la preuve.
-
Détours (A&m) est disponible. 15 euros -
Neil Young live
Critique.
Les deux visages de Neil Young.
Difficile d'imaginer que l'homme qui vient d'offrir près de deux heures et demie de musique si intense sur la scène du Grand Rex, jeudi 14 février, a manqué de succomber à une rupture d'anévrisme en 2005. On sort ébloui, groggy, du premier des deux concerts que donne Neil Young dans le théâtre cinéma-parisien, uniques étapes françaises de sa mini-tournée européenne intitulée Continental Tour. Peu d'artistes de cette génération (62 ans en ce qui le concerne) sont capables de prendre autant de risques et de remettre leur titre en jeu devant un public qui se renouvelle à chacun de ses passages.

Au Grand Rex, le Canadien a rassemblé les deux faces de sa personnalité (la voix féminine et fêlée de la prairie canadienne et du Laurey Canyon californien, mais aussi le terroriste sonique dont le mouvement grunge a fait son parrain). Cette dualité quasi schizophrénique (Neil Young seul et paisible, puis accompagné et furieux) ramène exactement à un de ses chefs-d'oeuvre, l'album Rust Never Sleeps, qui, en pleine tornade punk (1978), lui avait permis d'échapper au cimetière des vieux hippies.
RUADES ÉLECTRIQUES
Elle fait aussi écho à l'esthétique d'un dernier album, le très réussi Chrome Dreams II, où Neil Young varie les styles et les humeurs, de la ballade rustique au larsen maîtrisé. Une impression d'inventaire renforcée par l'aspect composite du trio qui l'accompagne : Ben Keith (pedal steel, claviers, guitares) était membre des Stray Gators, qui ont enregistré Harvest (1972) ; le bassiste Rick Rosas a participé à l'héroïque tournée Bluenotes de 1988. Quant au batteur Ralph Molina, il est le seul rescapé du groupe historique de Neil Young, Crazy Horse, avec ses fûts toujours surmontés d'un drapeau pirate.
Place d'abord aux ballades. Sept guitares et un banjo sont disposés en cercle sur une scène qui a envahi toute la profondeur en absorbant les coulisses. Elle tient à la fois du studio de répétition, de l'atelier d'artistes et du joyeux foutoir avec ses lettres de chrome cloutées et sa statue d'Indien en bois brut. Dès From Hank To Hendrix, la voix immaculée, l'harmonica et la guitare affirment leur présence, captivent tous les sens. Et le choix du répertoire contente tout le monde : trois titres d'Harvest, mais aussi des raretés (Ambulance Blues ou Journey Through The Past, jouée sur un piano de bastringue, prétexte à une évocation de sa grand-mère qui travaillait à l'entrée d'une mine de cuivre au Canada et recensait ceux qui n'étaient jamais remontés).
Après l'entracte, la charge est sonnée. Sous des lumières rouges et jaunes, le guitar hero se lance dans des ruades électriques, fait hurler et grésiller sa Gibson, défie le temps qui passe. No Hidden Path, récente chanson, devient un morceau de bravoure de près d'une demi-heure. Le folksinger sensible s'est métamorphosé en cavalier de l'Apocalypse.
Prochain concert : vendredi 15 février au Grand Rex (complet).
Bruno Lesprit, Le Monde
Baby Dee
Baby Dee, unique en son
genre.
Folk. Sortie de «Safe Inside the
Day», nouvel album de ce protégé de Bonnie Prince Billy, entendu au côté
d’Anthony and The Johnsons.
Ludovic Perrin, Libération
Baby Dee Safe
Inside the Day (Discograph).
Comment un fils de pompier se met-il à la harpe ? La question
ne tarde pas à venir en voyant Baby Dee, tout dernier bébé de l’année 1953 né
entre deux usines chimiques à Cleveland (Ohio) - pour une baignade dans le lac,
enjamber le tas de poissons morts… «Il y avait un piano dans la rue. Mon père
est allé le désosser à coups de barre de fer. Très impressionnant : il ne
restait que les cordes. J’ai touché : un son inouï…»
Terre vierge. On ne
s’attardera pas sur le rapport du père à la musique. Même s’il demeure une
influence majeure («C’est lui qui m’a appris à chanter. Ça ne lui ressemblait
pas du tout. Ça a duré une minute. C’est resté»), on préférera le fils
(devenu fille), original chez les originaux, fan du compositeur Renaissance
Palestrina, qui déroule un air de cabaret sur une terre vierge entre Kurt Weill,
Nino Rota et Robert Wyatt.
On ne comprend pas tout ce
qu’il/elle raconte dans son mysticisme symboliste. Qu’il fut un «ours»
quand il habitait une chambre de bonne rue Saint-Honoré, vers 1975, puis un
«chat» dans ses freak shows donnés partout ensuite sur un
tricycle. «Transgenre» comme ils disent, Baby Dee a dansé en marge de tout, chef
de chœur dans une église du Bronx puis harpiste sur le premier album d’Antony
& the Johnsons ; saltimbanque non moins croyant (lignée de catholiques
irlandais), il n’avait aucun compte à rendre.
Et alors ? Il vient de troquer
cette «liberté merveilleuse» contre quelque chose de différent : un album
- son troisième - produit par le gourou folk Bonnie Prince Billy. «C’est la
première fois que je ne faisais pas tout pour moi. La plupart des gens ont des
enfants et leur vie en dépend. Moi, je ne connais pas cette expérience. Je
pouvais aller partout avec mon tricycle. C’est très inhabituel, un tel degré de
liberté.»
Ça rend seul aussi. Rencontré
durant la tournée de l’album Superwolf, le prolifique Bonnie Prince Billy
(Will Oldham à la ville) a joué ce rôle de producteur dont les artistes pensent
toujours pouvoir se passer. Il a convaincu Baby Dee de s’attarder sur ses
dernières chansons, d’une noirceur qui l’effrayait. «Mon épiphanie
sombre, dit Baby Dee. Will m’a poussé à m’enfoncer tête baissée dans
cette obscurité. L’épiphanie, ce n’est pas qu’une chose jolie. Ça peut être très
étrange, quand la lumière disparaît, ce sentiment de perdre la foi dans un
flash, comme un enfant qui hériterait de l’amertume de ses parents.»
«Douloureux». Si la
chanson est une religion, Baby Dee a eu la foi sur le tard. Il s’y est mis à
45 ans. Premier couplet dans la maison d’Anne Frank à Amsterdam. «Je n’avais
jamais fait le touriste, même pas la tour Eiffel à Paris. Là, l’endroit était si
chargé… Alors, j’ai lu son livre. Ça a eu l’effet d’une vague qui oblitère tout
le reste… Je n’y avais jamais vraiment pensé, mais je ne pouvais plus me borner
à une vie de sketchs. Ç’aurait été comme "les" abandonner dans les camps.
C’était si douloureux que je me sentais enfin en vie. J’ai donc tout arrêté et
suis allé rendre visite à ma mère.»
Pendant quatre ans, Baby Dee est
resté dans l’Ohio, pour écrire. Il n’y avait quasi jamais remis les pieds
pendant trente ans. Il y a repris le fil de son histoire, formulé la difficulté
d’affronter le jour suivant à défaut d’être éternel, fouillé le doute, remué les
souvenirs mauvais. «Je voulais arriver dans un endroit où j’aurais envie de
vivre un autre jour, à nouveau. Je pense que j’y suis arrivé. Mais ça a été un
sacré voyage.»
Voix douce haut perchée, voilà
la ballade du roseau penchant : Safe Inside the Day. Avec une harpe, un
piano, un violoncelle et un peu de barnum autour, c’est beau.