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Joe el Misterioso

Joe el Misterioso Nouvelles et commentaires à propos de culture alternative, pour la plupart issus de la presse francophone: cinéma, littérature, politique, informatique, musique, concerts, groupes nouveaux, ainsi que coups de cœur persos. Pour la petite histoire, je viens de Valparaiso au Chili et je vis à Montpellier, dans le sud ensoleillé de la France.

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Bloody concert

Par Joe el Misterioso :: jeudi 10 juillet 2008 à 10:15 :: Musique

My Bloody Valentine, décibels à gogo.


Seize ans après la dernière tournée de My Bloody Valentine, on applique désormais le principe de précaution. A l'entrée du Zénith, à Paris, où se tenait, le 9 juillet, l'unique concert français du quatuor britannique, une paire de bouchons d'oreille est distribué à chaque spectateur. Une façon de déclarer aussi que ce groupe culte du rock bruitiste est de retour tel qu'en lui-même.

Ce come-back inattendu - aucun nouvel album n'est prévu prochainement - n'a rempli que la moitié de la salle parisienne. En Angleterre, MBV vient de jouer cinq soirs à guichets fermés au Roundhouse de Londres.

Inspirés par les expériences des Américains de Sonic Youth et par les mélodies hérissées de larsen des Ecossais de Jesus & Mary Chain, Kevin Shields (guitare, chant), Colm O'Ciosog (batterie), Debbie Googe (basse) et Belinda Butcher (guitare, chant) ont représenté la quintessence d'une "noisy pop" ou "pop bruyante", populaire outre-Manche au croisement des années 1980 et 1990.

Son statut de groupe-clé, MBV ne le doit pas à son répertoire de chansons ni au charisme (inexistant) de ses membres, mais à sa faculté de mettre en son le vacarme. Des années d'inactivité n'ont en rien modifié cette maîtrise de l'impact sonique. Dès les premières secondes du concert, les flots électriques s'enchevêtrent avec la précision d'une partition ciselée dans la lave.

Tout est affaire de contraste entre ambiance lysergique et déflagration frénétique, fragilité brumeuse des voix et violence implacable de l'instrumentation. Kevin Shields avait travaillé les albums Isn't Anything (1988) et surtout le mythique Loveless (1991), avec la minutie maniaque d'un Phil Spector ou d'un Brian Wilson de la distorsion. Au point de basculer ensuite dans un mystérieux mutisme, seulement interrompu par quelques travaux de production, des compositions pour le film Lost in Translation, de Sofia Coppola, et une performance déclamatoire de Patti Smith (le récent double album live, The Coral Sea).

Sur la scène, baignés d'images en phase avec leur quête d'altération des sens, les deux guitaristes demeurent d'une immobilité que les Anglais qualifient de "shoegazing" (celui qui "regarde ses chaussures" en jouant), au contraire de la bassiste et du batteur, véritables moteurs à explosion du groupe.

Kevin Shields se plaint de la puissance limitée de l'amplification imposée en vertu des normes en vigueur dans les salles françaises. On a pourtant l'impression que le lieu n'a jamais autant tremblé sous les décibels. En particulier quand, au moment du You Made Me Realise final, le quatuor façonne un tunnel de bruit blanc, évoquant irrésistiblement les réacteurs d'une fusée au décollage. Devant l'assaut, le son en façade est à plusieurs reprises coupé par les techniciens du Zénith. Ce qui n'a pas empêché les oreilles, même protégées, de siffler sur le chemin du retour.

Stéphane Davet, Le Monde

Faites de la musique

Par Joe el Misterioso :: lundi 23 juin 2008 à 10:41 :: Musique

Fête de la musique : nuit bruyante mais pas trop chaude.


Pour la 29e édition de la Fête de la musique, la police recensait dimanche matin "seulement" 91 interpellations et 80 gardes à vue.

Entre 350.000 et 400.000 Parisiens ont célébré en musique l'arrivée de l'été samedi soir. Plus de 10.000 concerts ont été donnés dans toute la France.

Pour la 29e édition de la Fête de la musique, la nuit parisienne fut douce mais pas trop chaude : seulement 91 interpellations et 80 gardes à vue. Bilan modeste, en tout cas inférieur à celui de l'an passé (143 arrestations), au regard de la foule qui s'est déplacée samedi soir : Entre 350.000 et 400.000 Parisiens ont ainsi longuement flâné en famille ou entre amis s'arrêtant aux terrasses bondées des cafés, où les groupes amateurs se disputaient les faveurs du public avec les écrans retransmettant le quart de finale de l'Euro de football.
 
Au Parc des Princes, quelque 30.000 personnes ont assisté à un concert du groupe Tokio Hotel, qui s'est achevé vers 22 h 30. Environ 100.000 personnes ont assisté par ailleurs à un concert qui s'est terminé à 0 h 30, à l'hippodrome d'Auteuil avec entre autre Calogero, BB Brunes ou encore Duffy, sans incident. A l'Elysée, Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni-Sarkozy ont pris un bain de foule dans la cour d'honneur du palais ouvert au public pour la première fois à cette occasion. Au programme: orchestre de la Garde républicaine, jazz et musique brésilienne.
En Ile-de-France, des transports en commun ont fonctionné tout la nuit de samedi à dimanche et 2.200 policiers étaient déployés à Paris. Selon le ministère de la Culture, plus de 10.000 concerts ont été organisés en France et à travers le monde. Plus de 100 pays et 340 villes l'ont célébrée, souvent grâce au réseau culturel français à l'étranger.

A Lille, des fans de tecktonik, crête de cheveux sur la tête, ont enchaîné les pas de danse devant un magasin de musique techno qui avait sorti ses baffles sur le trottoir. A Bordeaux, où le thermomètre a atteint les 30 degrés, les mélomanes se sont rassemblés au musée national des douanes où, profitant de la fraîcheur bienvenue du lieu, ils ont savouré les voix de l'ensemble professionnel du Madrigal de Bordeaux, cinq solistes chantant cette musique vocale du début de l'ère baroque. Les Lyonnais ont eu l'embarras du choix, avec les "Extra-longues", 4 à 5 grandes scènes qui devaient accueillir chacune des groupes d'un même style musical (électro, pop-rock, musique du monde...) pendant 12 heures non stop.

(D'après agence)

Printemps de Bourges

Par Joe el Misterioso :: vendredi 18 avril 2008 à 07:30 :: Musique

Cali soulève le Printemps de Bourges.

Au moment de passer à l'acte, Cali annonce la couleur : rouge. Poings levés, il y a de la manif dans l'air. Le Phénix, grand chapiteau du Printemps de Bourges, accueille le 17 avril au soir près de  6000 spectateurs, cela fait une bonne base pour commencer les hostilités.

Chemise noire, mèche en bataille, le chanteur de Perpignan attaque par Mille cœurs debout, "Nous serons tous ensemble", etc. Au quart de tour, les gradins se lèvent et voilà le public berruyer embarqué dans une aventure où la guerre d'Espagne sert de terreau à la solidarité avec Baba Traoré, le jeune Malien qui s'est noyé à Joinville-le-Pont le 4 avril en tentant d'échapper à un contrôle de police.

Cali court comme un chat, il sillonne la scène, s'y couche, s'y agenouille, quand il ne la quitte pas pour prendre un bain de foule, départ à pied micro en main, retour à l'aveuglette, porté par des épaules amies, puis allongé, nageant une drôle de brasse sur la marée humaine.

Transposer l'intimité d'un album sur la scène n'est pas un problème pour ce grand brun à la voix en cassure. Tout lui sert, parce qu'il possède une énergie extravagante, et il actualise. Les lycéens sont dans la rue, Cali leur dédie sa chanson L'Espoir, contenue dans le disque du même nom sorti ce printemps.

Il soutient les caissières de Carrefour plutôt que leurs PDG aux parachutes dorés, préfère la compagnie de Ségolène Royal (présente la veille à Paris, pour son concert du Zénith) à celle des membres du gouvernement de Nicolas Sarkozy (Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication en visite au Printemps de Bourges).

Cali est une déferlante. Il embarque une jeune fille du public, l'enlace en chantant Sophie Calle N° 108 – une lettre imaginaire qu'il a ajoutée à Prenez soin de vous, la série de textes sur la rupture amoureuse recensée par l'artiste Sophie Calle pour son exposition, actuellement présentée à la Bibliothèque nationale de France, à Paris. La trompette joue façon Aranjuez, il y a des sons de charrango sud-américain.

Boîte de nuit éphémère La salle déchaînée a repris en cœur le "la la la" d'Elle m'a dit, tube précédent, comme elle criera à tue-tête vers la fin du récital le fameux C'est quand le bonheur. Richard Kolinka, ex-batteur de Téléphone, qui accompagne cette nouvelle tournée de Cali, jette élégamment ses baguettes par-dessus bord tout en appliquant à la hache les règles du rock binaire. Au final, Cali ouvre une boîte de nuit éphémère, dix minutes de Dolorosa en néo-disco, tendance house music. Et il en reste encore qui rechignent à quitter les lieux.

Le public du Phénix vient de passer cinq heures à écouter de la musique sous chapiteau, c'est vertueux. A 19 heures, Moriarty, puis Yael Naïm et ses millions de téléchargement de la chanson New Soul. Et avant Cali, vedette du soir, Thomas Dutronc qui, jusqu'en 2007, était un secret partagé par les amateurs de jazz.

De sa filiation avec Françoise Hardy (maman) et Jacques Dutronc (papa), il était peu question lorsqu'il jouait de la guitare auprès de Romane ou Biréli Lagrène, ou qu'il passait quasi incognito avec le trio AJT au club de jazz Le Houdon. Puis vint un disque, publié sous son nom, Comme un Manouche sans guitare (ULM/Universal Music).

Sur cet album moitié instrumental façon swing manouche et moitié chanson, Thomas assume clairement sa filiation avec Jacques. Voix proche, fantaisie des textes tout aussi proche. Le tout plutôt bien troussé, plaisant.

Mais à la scène, ce jeudi soir à Bourges, toute la finesse est restée en coulisses. Thomas Dutronc en fait trop, dans le mimétisme vocal et gestuel, dans le recours à la dérision lors d'intermèdes inutiles et peu originaux (un coup sur les patrons, un coup sur Carla Bruni), dans une manière frontale d'aborder la musique, à vive allure à la moindre occasion. Le swing en prend un coup.

Reste un moment de grâce, durant une reprise d'airs des Triplettes de Belleville, le film d'animation de Sylvain Chomet. Ça vole, ça virevolte… et malheureusement ça s'enlise dans une variation disco pataude. En espérant qu'il s'agit là d'un accident de parcours, d'un emportement face à une salle imposante, plus que d'une volonté ferme de Thomas Dutronc.

Véronique Mortaigne et Sylvain Siclier, Le Monde

Autechre

Par Joe el Misterioso :: lundi 14 avril 2008 à 10:10 :: Musique
Electro
 
Autechre, l'intelligence techno.

Voilà maintenant une quinzaine d'années et une dizaine d'albums que le duo de Sheffields Autechre, sévit dans les sphères de l'électronica, l'électro expérimentale. Mieux, avec son collègue Aphex Twin, ils tiennent pour les principaux représentants de l'IDM (intelligent dance music) que Thom Yorke cite comme influence. Si leurs deux derniers opus avaient de quoi refroidir le profane tant leurs compositions abstraites et bruitistes étaient peu abordables, Quaristice (Warp / Discograph) est en revanche l'occasion rêvée de découvrir le duo.

Vingt titres concis, où ces explorateurs de son repoussent sans cesse les limites de la créativité. Les compositions, tantôt calmes, minimales et sombres (parfois même sans beat), alternent avec des titres plus énervés d'où surgissent des voix étouffées et des mélodies nostalgiques, oniriques et même entraînantes. Un univers indescriptible à découvrir d'urgence.

Le label Ninja Tune fait aussi dans l'intelligence artistique depuis sa création en 1991. Le triple CD Ninja Cuts : you don't know se veut un roboratif condensé de son épopée et ses orientations électro barrée, hip-hop underground et même ses récentes orientations pop. On y écoute avec plaisir des titres rares ou remixés de monuments tels que Roots Manuva, Amon Tobin, Coldcut, Kentaro, Mr Scruff Herbaliser ou DJ Shadow.

Y. P. Midi Libre

Patti Smith in Paris

Par Joe el Misterioso :: samedi 29 mars 2008 à 08:49 :: Musique

Patti Smith tient salon à Paris.
 
Trois profonds fauteuils de cuir, un ampli et une guitare rock : bienvenue dans le salon de Patti Smith, transporté à Paris où la figure historique du rock new-yorkais invite le public à partager son « monde intérieur » , par la poésie, la photographie et la vidéo. Un monde avant tout convivial : les fauteuils club donnent envie de s'y enfoncer, ils sont là pour çà. « J'ai ramené tout ce que j'estimais nécessaire pour que les gens se sentent à l'aise, pour dessiner, parler, écrire des poésies » , sourit Patti Smith, éternelle adolescente de 61 ans, en jean, ample chemise blanche et gilet noir cintré.
 
Dans la famille Smith, les visiteurs pourront découvrir le fils, Jackson, solide gaillard à la casquette vissée sur la tête, qui jouera de la guitare. Et la fille Jesse, qui accompagnera au piano sa maman lisant les poésies de Virginia Woolf, vendredi soir. La famille musicale de Patti Smith a également fait le déplacement parisien : les membres de son groupe, mais aussi Tom Verlaine, l'autre figure du New York underground de la fin des 70s', Fred Frith, Ted Milton, du groupe Blurt, feront le boeuf un soir ou l'autre.
 
Mais c'est un monde plus silencieux, introverti et austère que l'exposition Land 250, invite à découvrir. Land 250, c'est un modèle d'appareil photo Polaroïd que Patti Smith trimbale depuis 1994. Une année noire pour elle, marquée par la mort de son mari Frederic Smith, l'ancien guitariste de MC5, et de son frère Todd.

« J'étais alors incapable de m'exprimer émotionnellement, et le Polaroïd, parce que c'est simple et immédiat, m'a permis de retrouver confiance en moi en tant qu'artiste dans cette période difficile » , explique Patti Smith, qui a légué à l'histoire du rock des albums cultissimes comme Horses (1975) ou Easter (1978).
 
Les photographies petit format révèlent une Patti Smith fascinée par la statuaire des cimetières, les ciels chargés et les champs battus par le vent, apparaissant comme autant de tentatives de dialogue avec des forces et des présences immatérielles. D'Arthur Rimbaud à Albert Camus, Walt Whitman ou Charlotte Brontë, l'expo est truffée de références littéraires, la vraie passion, peut-être, d'une femme qui avoue avoir atterri sur la scène rock un peu par hasard, et à qui sa mère, issue d'un milieu modeste, lisait Les chants d'innocence de William Blake dès l'âge de huit ans.
 
Land 250, Fondation Cartier pour l'art contemporain, du 28 mars au 22 juin. Tous les jours, sauf lundi. 261, Bd Raspail, Paris 14e.

The Cure

Par Joe el Misterioso :: samedi 22 mars 2008 à 08:52 :: Musique

Tributes à go-go.


Alors que la clique à Robert Smith termine sa tournée, deux albums de Tributes sont annoncés avec une pluie d'artistes alléchants : CocoRosie, Blonde Redhead, Black Francis ou encore Bat for Lashes.

The Cure sont toujours en activité, comme en témoigne leur récent passage à Bercy, mais deux albums "Tribute" (ou "hommage" pour respecter la loi Toubon) sont en cours de préparation. Sorties prévues pour 2009.
 
Comme quoi Robert Smith et ses sbires reviennent à la mode. Après avoir produit un Tribute Neil Young uniquement repris par des femmes, le label American Laundromat Records prépare Just Like Heaven: A Tribute to the Cure. 
 
Au menu : des reprises signées The Raveonettes, Tanya Donelly ou Grand Duchy (soit Black Francis + Violet Clark).

Le second, chapeauté par Manimal Vinyl et intitulé Perfect as Cats: A Tribute to the Cure offre un sous-titre aussi peu imaginatif que le précédent mais un casting encore plus impressionnant : CocoRosie, Jesu, Blonde Redhead, the Dandy Warhols, Bat for Lashes et même notre Lou Doillon nationale.
 
Une partie des bénéfices sera reversée à l'association Invisible Children au profit des enfants d'Ouganda.

http://www.lesinrocks.com/

Silver Mt. Zion news

Par Joe el Misterioso :: mardi 11 mars 2008 à 07:26 :: Musique

Silver Mt. Zion à cordes et à cris.

Postrock.

Le groupe canadien, militant et atypique, sort un cinquième album.
 
Recueilli par SOPHIAN FANEN, Libération : mardi 11 mars 2008
 
Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band. 13 Blues for Thirteen Moons (Constellation/Differ-ant).
 
Fin 2000 à Montréal, Godspeed You ! Black Emperor vient de sortir son manifeste sonore, Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven. Le rock instrumental renoue avec la tension progressive des années 70 en y mêlant des nappes de cordes mélancoliques. Le groupe explose, la musique de la métropole québécoise se retrouve sous les projecteurs mondiaux, et Constellation, le label de Godspeed, vend des centaines de ses disques aux pochettes jusque-là collées à la main. Mais Godspeed attaque déjà son dernier acte, les musiciens sont vite lassés du message politique qu’on veut leur faire porter.
 
Poussés par le guitariste Efrim Menuck, discret meneur perpétuellement caché derrière ses longs cheveux et sa barbe, une partie du groupe se replie vers un projet parallèle : A Silver Mt. Zion. Une respiration pensée sans lendemain, pour faire plaisir à Menuck, qui veut y expérimenter une musique moins cadrée et… parler de la mort de sa chienne. Finalement, parvenu au bout de sa démarche musicale, Godspeed est mis entre parenthèses après un dernier album furieux en 2002, et c’est Silver Mt. Zion qui prend la relève. Instrumental à ses débuts, le groupe se met à chanter et à produire un lent blues folk scandé, prostré devant un mur de son au sens dramatique prononcé. «Plus d’action, moins de larmes» devient le mot d’ordre.
 
Devenu Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band, le collectif sort cette semaine un cinquième album : 13 Blues for Thirteen Moons. Quatre longues pièces chapitrées qui prolongent le durcissement sonore entamé depuis quelque temps et laissent parler les mots, là où les guitares s’exprimaient auparavant. Rencontre avec Efrim Menuck, porte-parole d’un groupe militant et atypique. Thee Silver Mt. Zion a-t-il définitivement pris la place de Godspeed ? Oui, de fait. Godspeed c’était trop de frustration accumulée, un groupe de dix personnes, des concerts complexes. Et puis la réputation du groupe était bien plus grosse qu’il n’était en réalité. Nous étions militants, pas politiques ; au fur et à mesure, il est devenu impossible de modifier l’image que le monde avait de nous. Godspeed n’était pas un porte-drapeau. Nous avions aussi envie d’une musique moins méthodologique, qui laisse davantage de place au hasard et à l’improvisation. Les morceaux de Godspeed étaient très écrits et figés. Silver Mt. Zion est un territoire d’expérimentation permanente. Pour cet album par exemple, nous avons développé les morceaux sur scène avant de les enregistrer. Ce qui a fait naître cette écriture plus directement rock ? Sans doute, mais il y a eu d’autres choses. On a joué avec Patti Smith [en octobre, au festival Pop Montréal, ndlr], puis travaillé avec Vic Chesnutt sur son dernier album et une tournée.
 
Ces expériences nous ont soudé en tant que groupe scénique, alors qu’au départ Silver Mt. Zion était un projet studio. Musicalement, ça change beaucoup de choses. Est-ce ce processus qui, d’album en album, a accentué la place du chant ? Ça, c’est ma partie, et ce disque est plus important que les autres pour moi de ce côté-là. Il est plus dur parce que 2006 et 2007 ont été des années difficiles, pour des raisons personnelles. J’étais très triste et en colère, ce qui ressort forcément. Une impression diffuse traverse les textes, comme une connexion avec le folk et le blues de la dépression américaine des années 1920-1930. C’est une inspiration ? Complètement, il y a du Bessie Smith et du Blind Willie Johnson dans les chansons. Mais aussi quelque chose des premiers albums des Yardbirds, ce blues britannique nerveux, dans le morceau 13 Blues for Thirteen Moons. 1 000 000 Died to Make This Sound est pour sa part directement dédié à tous les musiciens itinérants d’Amérique du Nord, ceux qui expliquaient les problèmes à la population. On essaie de s’inscrire dans cette tradition.
 
C’est votre côté politique ? Ce n’est pas tant de la politique que la vie de tous les jours : la pauvreté, la guerre qu’on ne veut pas, l’aliénation par le travail, les délires bancaires… Ce sont des enjeux sociaux qui ne sont pas assez pris en compte au Canada. J’ai quitté mes parents à 17 ans et pendant trois ans j’avais nulle part où dormir, pas de boulot. La pauvreté est un combat au quotidien.
 
Constellation, label échappé. La maison de disques culte de Montréal continue d’œuvrer à part. S La maison de disques montréalaise Constellation a fêté ses dix ans l’an dernier, avec la discrétion qui la caractérise. Ce qui n’empêche pas de se poser quelques questions sur l’avenir de cette forteresse anachronique, qui, avec ses belles pochettes cartonnées, ses vinyles 180 g (format de luxe) et des albums numériques lâchés à contrecœur, poursuit sa route au milieu du flou intégral qu’est le monde de la musique en 2008.
 
Efrim Menuck : «Constellation n’a pas vraiment changé. Nous sommes toujours une communauté soudée, avec pour seul principe de réinvestir l’argent gagné. Ce qui passe par le financement de notre studio d’enregistrement et la production de groupe locaux.» Une décision a tout de même marqué une réelle rupture ces deux dernières années : Constellation a signé des artistes hors Canada, des Américains. La rockeuse féministe Carla Bozulich, puis le chanteur folk Vic Chesnutt. Et loin du faste des années Godspeed You ! Black Emperor, des noms comme Do Make Say Think (postrock instrumental), Sandro Perri (auteur du beau disque folk Tiny Mirrors en 2007) et Black Ox Orkestar (jazz klezmer) trouvent une visibilité plus large et rompent avec l’enfermement de Constellation dans le rock progressif grandiloquent. La suite ? «On croit au format physique, affirme Efrim Menuck, serein.
 
Ceux qui aiment la musique ne seront jamais heureux avec 3 000 albums dans leur disque dur.»

Jeff Healey

Par Joe el Misterioso :: jeudi 06 mars 2008 à 07:34 :: Musique

Jeff HEALEY nous quitte à 41 ans...

/ paru le 04/03/2008 /

Le guitariste de blues canadien Jeff Healey est décédé dans un hôpital de Toronto des suites d'un cancer oculaire. Son épouse Cristie devra élever seule leur fille Rachel (13 ans) et leur fils Derek (3 ans).

Le prodige de la 6 cordes avait perdu la vue à l'âge d'un an, suite à un cancer de la rétine. A peine âgé de 3 ans, il apprit à jouer de la guitare. Il développa un style particulier dû au fait qu'il était aveugle, il jouait la guitare posée sur les genoux. A 6 ans, il donnait ses premiers concerts.

Il collabora à la Canadian Broadcasting Corporation (radio canadienne) pour un show hebdomadaire, il avait une collection de 25000 disques 78 tours de vintage music.

A 17 ans, il forme les Blue Direction, groupe avec lequel il écume les clubs de Toronto. Très vite, ses qualités furent reconnues par ses pairs, ce qui lui permet de partager la scène avec de grands noms de la blues connection : Albert Collins, B B King, George Harrison (moins blues), Stevie Ray Vaughan,...

Il forme le Jeff Healey Band avec Tom Stephen aux drums et Joe Rockman à la basse. En 1988, ils signent chez Arista. Bingo... l'album "See the Light" connaît un succès énorme, 300.000 copies vendues au Canada ! Le titre "Angel eyes" (toujours les yeux...) atteint le top 5 du Billboard. Le groupe participe au tournage du film "Road House" avec Patrick Swayze.

Le Jeff Healey Band tourne sans répit avant d'enregistrer "Hell to pay", a star-studded project... Mark Knopfler, Jeff Lynne, G Harrison, Bobby Whitlock, ... y apportent leur collaboration. On en vend 2 millions.

Le groupe sortira 8 albums, le dernier "Mess of blues" doit paraître ce mois-ci en Europe. Pour être convaincu de son immense talent, écoutez sa version de "While my guitar gently weeps".

Nous pleurons tous cette perte immense !

Sheryl Crow

Par Joe el Misterioso :: mardi 19 février 2008 à 16:17 :: Musique


Sheryl Crow, digne héritière de Dylan ?

 
Chronique - La chanteuse sort ce mois-ci Détours, son album le plus personnel mais aussi le plus impliqué politiquement.

 Si l'album est incomparable avec les "grands" du genre contestataire, il est incontestablement réussi.
 
Axel CONSTANTINOFF - le 18/02/2008 - 11h16
 
Sheryl Crow veut être la Springsteen, la Dylan de 2008. A quelques mois d'un scrutin crucial pour l'avenir des Etats-Unis, la chanteuse folk livre son neuvième album, Détours, son disque le plus personnel mais aussi le plus engagé depuis le début de sa carrière, il y a déjà 15 ans.

Impossible de comparer ce disque à ses deux illustres prédécesseurs de la chanson contestataire américaine, mais la petite chanteuse du Missouri devenue star aurait pu s'y casser les dents, comme beaucoup d'autres. Mais le disque est  une réussite, si l'on écarte les deux ou trois morceaux sirupeux taillés pour les ondes des radios américaines.

Guitare en bandoulière, Sheryl Crow chante avec une émotion non dissimulée, rarement entendue depuis son troisième album, The Globe Sessions, en 1998. C'est sans détours, contrairement à ce que laisse entendre le titre de l'album, que Sheryl Crow s'aventure dans la chanson politique : elle évoque les génocides sur Out Of Our Heads, le drame de Katrina sur God Bless This Mess, le règne de l'argent et des puissants sur Love Is FreeShine Over Babylon ou Gasoline.

"Des leaders inspirés"

"C'est le disque le plus honnête que j'ai fait", avoue-t-elle. A l'heure où les Etats-Unis sont à la croisée des chemins, impossible en effet de soupçonner la chanteuse d'opportunisme, tant son implication idéologique pour diverses causes (opposition à la guerre en Irak, défense de la nature, des animaux) est connue et reconnue Outre-Atlantique. "Au travers de ce disque, j'appelle les gens, la société à se réveiller", dit-elle. 
 
Pas question cependant de prendre ouvertement position pour un candidat à la présidentielle américaine, même si elle "se réjouit de voir de nouveaux leaders "inspirés" surgir", citant en exemple Barack Obama. Pas question non plus de s'impliquer plus concrètement en politique, en briguant un quelconque mandat. "Je peux servir mon pays bien mieux en poursuivant ma carrière musicale", estime-t-elle. Clairement et sans détours, ce disque en est la preuve.

Neil Young live

Par Joe el Misterioso :: vendredi 15 février 2008 à 16:01 :: Musique

Critique.

Les deux visages de Neil Young.

Difficile d'imaginer que l'homme qui vient d'offrir près de deux heures et demie de musique si intense sur la scène du Grand Rex, jeudi 14 février, a manqué de succomber à une rupture d'anévrisme en 2005. On sort ébloui, groggy, du premier des deux concerts que donne Neil Young dans le théâtre cinéma-parisien, uniques étapes françaises de sa mini-tournée européenne intitulée Continental Tour. Peu d'artistes de cette génération (62 ans en ce qui le concerne) sont capables de prendre autant de risques et de remettre leur titre en jeu devant un public qui se renouvelle à chacun de ses passages.

Au Grand Rex, le Canadien a rassemblé les deux faces de sa personnalité (la voix féminine et fêlée de la prairie canadienne et du Laurey Canyon californien, mais aussi le terroriste sonique dont le mouvement grunge a fait son parrain). Cette dualité quasi schizophrénique (Neil Young seul et paisible, puis accompagné et furieux) ramène exactement à un de ses chefs-d'oeuvre, l'album Rust Never Sleeps, qui, en pleine tornade punk (1978), lui avait permis d'échapper au cimetière des vieux hippies.

RUADES ÉLECTRIQUES

Elle fait aussi écho à l'esthétique d'un dernier album, le très réussi Chrome Dreams II, où Neil Young varie les styles et les humeurs, de la ballade rustique au larsen maîtrisé. Une impression d'inventaire renforcée par l'aspect composite du trio qui l'accompagne : Ben Keith (pedal steel, claviers, guitares) était membre des Stray Gators, qui ont enregistré Harvest (1972) ; le bassiste Rick Rosas a participé à l'héroïque tournée Bluenotes de 1988. Quant au batteur Ralph Molina, il est le seul rescapé du groupe historique de Neil Young, Crazy Horse, avec ses fûts toujours surmontés d'un drapeau pirate.

Place d'abord aux ballades. Sept guitares et un banjo sont disposés en cercle sur une scène qui a envahi toute la profondeur en absorbant les coulisses. Elle tient à la fois du studio de répétition, de l'atelier d'artistes et du joyeux foutoir avec ses lettres de chrome cloutées et sa statue d'Indien en bois brut. Dès From Hank To Hendrix, la voix immaculée, l'harmonica et la guitare affirment leur présence, captivent tous les sens. Et le choix du répertoire contente tout le monde : trois titres d'Harvest, mais aussi des raretés (Ambulance Blues ou Journey Through The Past, jouée sur un piano de bastringue, prétexte à une évocation de sa grand-mère qui travaillait à l'entrée d'une mine de cuivre au Canada et recensait ceux qui n'étaient jamais remontés).

Après l'entracte, la charge est sonnée. Sous des lumières rouges et jaunes, le guitar hero se lance dans des ruades électriques, fait hurler et grésiller sa Gibson, défie le temps qui passe. No Hidden Path, récente chanson, devient un morceau de bravoure de près d'une demi-heure. Le folksinger sensible s'est métamorphosé en cavalier de l'Apocalypse.


Prochain concert : vendredi 15 février au Grand Rex (complet).

Bruno Lesprit, Le Monde

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